Chaque mois, des centaines de milliers de familles maghrébines reçoivent des virements de leurs proches établis en France, en Espagne, au Canada ou aux États-Unis. Mis bout à bout, ces transferts atteignent désormais la somme colossale de 12 milliards de dollars américains par an, selon un rapport publié par la Banque mondiale.
Un chiffre en constante hausse
Le rapport, intitulé « Migration et développement en Afrique du Nord 2026 », révèle que les transferts de fonds vers les pays du Maghreb ont augmenté de 34 % en cinq ans. Le Maroc arrive en tête avec 8,1 milliards de dollars reçus en 2025, suivi par la Tunisie (2,3 milliards) et l’Algérie (1,6 milliard).
Ces chiffres représentent respectivement 6,3 %, 5,8 % et 1,2 % du PIB de ces pays — une proportion considérable qui surpasse, dans certains cas, les investissements directs étrangers.
La diaspora nord-américaine, un acteur croissant
Si l’Europe reste la principale source de ces transferts, la diaspora nord-américaine monte en puissance. Les communautés établies au Canada et aux États-Unis envoient désormais 2,1 milliards de dollars par an vers le Maghreb, soit une augmentation de 58 % depuis 2020.
« La diaspora nord-américaine est économiquement plus intégrée et gagne en moyenne des salaires plus élevés que ses homologues européens », explique Karim Tazi, économiste spécialisé en migrations à l’Université de Montréal. « Elle a donc une capacité d’épargne et de transfert plus importante. »
Les coûts, un frein persistant
Malgré la montée en puissance des fintechs comme Wise, Remitly ou Wave, le coût moyen d’un transfert vers le Maghreb reste élevé : 6,2 % du montant envoyé, contre un objectif de 3 % fixé par les Objectifs de développement durable de l’ONU.
Les banques traditionnelles pratiquent des tarifs encore plus prohibitifs — entre 8 et 12 % — décourageant une partie de la diaspora qui se tourne vers des canaux informels, parfois risqués.
L’argent de la diaspora, moteur de développement
Au-delà des transferts familiaux, la diaspora maghrébine investit de plus en plus dans des projets entrepreneuriaux. Immobilier, agriculture, tech — des milliers de projets se développent chaque année, financés depuis l’étranger.
Le rapport de la Banque mondiale recommande aux gouvernements marocain, algérien et tunisien de créer des guichets dédiés à la diaspora pour faciliter ces investissements, à l’image du programme « MDM Invest » qui a montré son efficacité au Maroc.
La question de la reconnaissance
Au-delà des chiffres, les experts soulèvent une question de fond : comment valoriser la contribution économique de la diaspora sans en faire un simple « robinet à devises » ? La réponse passe, selon eux, par des politiques de double nationalité renforcées, des droits de vote pour les non-résidents et une représentation institutionnelle au sein des parlements nationaux.