Il y a dix ans encore, un film tourné en tamazight aurait eu du mal à trouver une salle en dehors du Maroc ou de l’Algérie. Aujourd’hui, plusieurs productions amazighes font le tour des festivals internationaux, récoltant prix et ovations.
Une renaissance culturelle
Le mouvement a commencé doucement dans les années 2010, porté par une génération de cinéastes qui refusaient de sacrifier leur langue maternelle sur l’autel de la reconnaissance internationale. Larbi Benchiha, Mohamed Mernich, Fatima Ouzri — des noms qui commencent à résonner bien au-delà des frontières.
Le déclic est venu du documentaire « Timeless Ridges » (2022) du réalisateur marocain Aziz Oulad Mohand, qui a remporté le Grand Prix du documentaire au Festival de Sundance. Pour la première fois, le monde entendait le tamazight depuis une grande scène américaine.
Toronto comme tremplin
Le Festival international du film de Toronto (TIFF) a joué un rôle crucial dans cette visibilité nouvelle. Depuis 2023, une section dédiée aux cinématographies berbères et amazighes y est programmée chaque année, grâce au travail de la diaspora nord-africaine dans l’industrie cinématographique canadienne.
« La diaspora amazighe du Canada — très active à Montréal et Toronto — a créé un réseau de soutien et de distribution que nous n’avions pas avant », explique Fatima Ouzri, dont le film « Tafsut » (Printemps) a été présenté au TIFF 2025.
Le défi de la distribution
Malgré ces succès, les obstacles restent nombreux. La distribution commerciale de films en tamazight demeure difficile, faute de circuits établis et de sous-titrage systématique. Les plateformes de streaming tardent à intégrer ces productions, même si Netflix a récemment acquis les droits de deux films amazighs pour son catalogue mondial.
Côté diaspora
Pour les Maghrébins d’Amérique du Nord, ces films représentent bien plus que du divertissement. Ils sont un lien avec une identité souvent mise de côté dans les parcours d’intégration, un moyen de transmettre la langue et la culture aux enfants nés ici.
« Quand mon fils de douze ans a vu ‘Tafsut’, il a pleuré. Et il ne parle pas tamazight couramment. Mais il a compris quelque chose d’essentiel sur ses racines », raconte Malika Oufkirou, militante culturelle amazighe à Montréal.
Le cinéma amazigh ne réclame plus sa place. Il la prend.