La littérature de la diaspora maghrébine n’a jamais été aussi riche, aussi diverse, aussi lue. Une nouvelle génération d’écrivains — souvent nés en France, au Canada ou en Belgique de parents immigrés — porte une voix singulière qui bouscule les catégories établies.
Au-delà du roman de l’immigration
Longtemps cantonnée au « roman de l’immigration » — récits d’intégration difficile, conflits générationnels, choc des cultures — la littérature maghrébine francophone s’affranchit désormais de ces cases réductrices.
Leïla Slimani, avec son exploration de la violence sociale et du corps féminin, a ouvert une brèche. Son Prix Goncourt en 2016 a légitimé une approche littéraire qui refuse l’exotisme et l’assignation identitaire.
Dans son sillage, des voix comme Kaoutar Harchi, Zahia Rahmani ou encore la Québécoise Akira Kerouanton explorent des territoires inédits : la mémoire coloniale, le désir, la langue comme espace de résistance.
Akira Kerouanton et la voix montréalaise
Née à Montréal de parents kabyles et québécois, Akira Kerouanton est l’une des figures montantes de la littérature canadienne-française. Son dernier roman, « Les nuits de l’Atlas » (2025, Boréal), a été finaliste du Prix des libraires du Québec.
« Je n’écris pas pour représenter ma communauté. J’écris pour explorer ce que c’est d’être plusieurs à la fois — kabyle, québécoise, canadienne, francophone — sans que ces identités s’annulent mutuellement », dit-elle lors d’un entretien à Montréal.
La question de la langue
Un fil commun traverse ces œuvres : la relation intime, complexe, parfois douloureuse à la langue française. Langue héritée de la colonisation, langue de l’école et du succès, langue dans laquelle on pense mais qui ne dit pas tout.
Zahia Rahmani, dans ses essais, parle de « faire la langue » — s’en emparer, la tordre, y inscrire ce qu’elle n’a pas prévu de dire. Une démarche qui résonne profondément dans les communautés de la diaspora, où le français côtoie l’arabe, le berbère et l’anglais dans le quotidien.
Une littérature qui voyage
Ces textes trouvent de plus en plus leur public au-delà de la francophonie. Des traductions en anglais, en arabe, en espagnol permettent à ces œuvres de circuler dans des espaces où la diaspora maghrébine existe aussi — aux États-Unis, en Australie, au Moyen-Orient.
La littérature de la diaspora maghrébine n’est plus une littérature du entre-deux. Elle est devenue, pleinement, une littérature du monde.