Au marché de Derb Sultan à Casablanca comme dans les rayons des épiceries de Montréal, de New York ou de Bruxelles, la même phrase revient dans la bouche des Marocains : « tout a augmenté ». Selon le dernier rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP), l’inflation générale s’est stabilisée autour de 2,4 % sur un an, mais l’indice des prix alimentaires grimpe de 6,8 % — porté par les légumes frais, l’huile et les produits laitiers.
Des salaires qui ne suivent pas
Le HCP estime que le pouvoir d’achat réel des ménages marocains a reculé de près de 3 % depuis 2023, malgré les revalorisations successives du SMIG : les hausses salariales, quand elles existent, sont rapidement absorbées par le renchérissement du coût de la vie. Le logement aggrave le tableau — dans les grandes villes (Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger), les loyers ont bondi de 15 à 20 % en trois ans, portés par la spéculation immobilière et une demande soutenue en partie par les investissements de la diaspora elle-même.
La rue se mobilise
Cette érosion du pouvoir d’achat alimente une contestation sociale grandissante. Ces dernières semaines, des syndicats comme la CDT et l’UMT ont organisé plusieurs rassemblements à Rabat et à Casablanca pour dénoncer la hausse du coût de la vie et l’absence de mesures sociales à la hauteur, tandis que des collectifs de la société civile réclament l’indexation des salaires sur l’inflation et un encadrement des prix des produits de première nécessité.
L’effet boomerang sur les MRE
Pour les Marocains du monde, cette érosion a un effet direct : l’argent envoyé au pays vaut de moins en moins sur place. Plusieurs MRE qui transfèrent régulièrement des fonds à leurs familles constatent que certains produits de consommation courante coûtent désormais plus cher à Casablanca qu’à Montréal. Le phénomène complique aussi les projets de retour à la retraite, le coût de la vie dans les grandes villes marocaines se rapprochant de celui de certaines villes moyennes européennes — sans que les salaires ou les services publics suivent le même rythme.
Les associations de la diaspora réclament davantage de transparence sur l’évolution réelle du coût de la vie, région par région — une question de confiance autant qu’une question économique.