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Fair-play ou fair-jeu ? Ce que le soir Maroc-France nous dit du sport — et de nous-mêmes

À quelques heures du choc contre la France, une chronique en deux volets : sur la suspicion d'inégalité des chances dans l'arbitrage, et sur ceux qui transforment chaque victoire des Lions en caution pour un pouvoir qu'ils ne questionnent jamais.

Fair-play ou fair-jeu ? Ce que le soir Maroc-France nous dit du sport — et de nous-mêmes

Ce soir, le Maroc affronte la France en quart de finale. Et comme à chaque grand match des Lions depuis 2022, il y a le jeu sur le terrain — et l’autre jeu, plus feutré, qui se joue autour : celui de la confiance dans l’arbitrage.

I. L’arbitrage, miroir du fair-play qu’on réclame

Je vais être honnête : je ne suis pas arbitre, je n’ai pas de sifflet, et je ne prétends détenir aucune preuve d’une décision truquée — ce serait irresponsable de l’affirmer, et malhonnête intellectuellement. Le président de la FIFA lui-même incarne ce doute ambiant : critiqué depuis des années pour sa proximité avec certains chefs d’État peu regardants sur les droits humains, et pour avoir transformé le football mondial en empire commercial — calendrier à rallonge, sponsors partout sauf sur le terrain de l’équité —, difficile dans ce climat de ne pas se demander si l’arbitrage lui-même échappe totalement à ces logiques. Mais il y a un fait que personne ne peut nier : dès qu’une sélection venue d’un pays « périphérique » du football mondial affronte une grande nation, la même question ressurgit dans les cafés, les salons et sur les réseaux — l’arbitrage sera-t-il à la hauteur, ou déjà penché du côté du prestige (et des contrats publicitaires) que représentent certaines équipes ?

Cette suspicion accompagne les Lions de l’Atlas à chaque tournant depuis Doha 2022. Elle mérite d’être nommée plutôt qu’ignorée d’un revers de main. Ce soir, je ne souhaite pas un arbitrage favorable au Maroc — je souhaite un arbitrage qu’on n’a même pas besoin de commenter le lendemain. Parce que le jour où le sport cesse d’être perçu comme équitable, il devient un spectacle commercial de plus, avec pénalty en option. Et ça, les Lions ne le méritent pas : ils n’ont jamais eu besoin qu’on les avantage pour faire trembler qui que ce soit.

II. Le sport, écran de fumée ?

Ce premier point en amène un second, dans la continuité de ma tribune du 5 juillet (« Quand les grands événements deviennent un rideau pour faire passer des décisions empoisonnées »). J’y écrivais que la ferveur populaire autour du Mondial pouvait servir de paravent à des décisions qu’on n’assume pas en temps normal — notamment celles liées au coût, social et budgétaire, de la préparation du Maroc à l’accueil du Mondial 2030.

Un mois plus tard, ce constat s’est aggravé d’un phénomène plus insidieux : la multiplication de comptes, de pseudo-médias et de « chroniqueurs sportifs » du dimanche qui accompagnent le sélectionneur et la fédération non pas pour informer, mais pour applaudir sans recul — quel qu’en soit le prix payé par les citoyens. (Moi aussi je suis chroniqueur, remarquez. La différence, j’espère, c’est que je ne suis payé par personne pour applaudir — même pas par ma propre rédaction.)

Plus grave : comme le relevait récemment Mme B. Afaf, résidente de New York, dans une publication publique sur Facebook, une partie de ces mêmes voix glisse d’une fierté nationale légitime vers un discours hostile envers d’autres peuples — adversaires du soir ou voisins africains et maghrébins. C’est exactement l’inverse de ce que le sport devrait porter. Le football rassemble parce qu’il transcende les frontières ; il ne devrait jamais devenir un prétexte pour dresser les peuples les uns contre les autres.

Jisr — le pont — existe pour l’inverse de ça. Ce soir, je soutiens les Lions de l’Atlas de tout mon cœur, sans réserve. Et je continuerai, dans cette chronique et les suivantes, à défendre un sport qui rassemble sans qu’on lui fasse porter ce qu’il ne devrait jamais porter : ni le silence sur les vrais coûts, ni la haine de l’autre.

ديما مغرب 🦁🇲🇦 — et que gagne, ce soir, le fair-play. Le score, on verra bien.


jisr.media — un pont entre les deux rives · جسر بين الضفتين

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