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📚 Dossier : Indépendance de la presse marocaine

Maroc : qui paie la presse qui vous informe ?

Entre un marché des créateurs de contenu qui sort de l'ombre fiscale, deux nouvelles lois sur le journalisme et le droit d'auteur, et un différend ouvert entre éditeurs et ministère sur l'aide publique à la presse : qui finance qui au Maroc, et avec quelles conséquences sur l'indépendance de l'information, à deux mois des législatives ?

Maroc : qui paie la presse qui vous informe ?

Au Maroc, le paysage médiatique numérique bouge vite. D’un côté, un marché des créateurs de contenu qui n’a jamais été aussi actif. De l’autre, une presse électronique indépendante qui peine, elle, à trouver un modèle économique stable. Entre les deux, une question simple mais essentielle, surtout à l’approche d’échéances électorales : qui finance qui, et avec quelles conséquences sur l’indépendance de l’information ?

Un marché des créateurs qui sort de l’ombre

Pendant des années, les revenus des influenceurs et créateurs de contenu marocains ont échappé à tout cadre fiscal clair, notamment parce que l’argent arrivait souvent de l’étranger, via des plateformes internationales. C’est fini : la Direction générale des impôts (DGI) les considère désormais comme des travailleurs indépendants à part entière, revenus professionnels imposables, avec une surveillance accrue des flux financiers transitant par les banques et les circuits de paiement numériques. Une centaine de créateurs ont déjà reçu des courriers de régularisation ; la DGI privilégie pour l’instant l’incitation à la mise en conformité volontaire plutôt que la sanction immédiate. Un signe que ce secteur, longtemps informel, pèse aujourd’hui suffisamment lourd pour intéresser le fisc.

Deux lois qui redessinent le métier de journaliste

Le 6 juillet 2026, la Chambre des représentants a adopté deux textes (85 voix pour, 35 contre) qui vont façonner l’avenir de la presse marocaine : la loi 27.25 modifiant le statut des journalistes professionnels, pensée pour clarifier et élargir la reconnaissance des différentes catégories de journalistes (presse écrite, électronique, audiovisuelle, agences) et renforcer la crédibilité de la carte de presse professionnelle ; et la loi 013.26 sur les droits d’auteur et droits voisins — celle-là même qui, ailleurs dans le monde, sert de base pour faire payer les plateformes et les IA qui réutilisent le travail des médias.

L’aide publique, un sujet qui fâche

C’est là que les choses se compliquent. L’État marocain soutient financièrement la presse depuis les années 1980, une aide étendue plus récemment à la presse électronique — un budget qui serait passé de 60 à 240 millions de dirhams, selon des déclarations du ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication Mehdi Bensaid au sujet du nouveau décret régissant ce soutien. Mais la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ) accuse aujourd’hui le ministère de tutelle d’avoir changé, sans base juridique claire par rapport au décret du 5 novembre 2024, les conditions d’accès à ce soutien — notamment une nouvelle exigence d’au moins cinq cartes de presse professionnelles en plus de celle du directeur de publication, jugée disqualifiante pour les petites entreprises de presse électronique et régionale. La FMEJ dénonce une gestion au bénéfice, selon elle, de ce qu’elle appelle des “lobbies rentiers”. Une querelle qui, en creux, pose la vraie question : qui décide quel média mérite d’être aidé, et selon quels critères ?

Des thèses, pas encore des preuves

Certains opposants et observateurs vont plus loin : ils estiment qu’une partie de la presse électronique dite “indépendante” bénéficierait en réalité de soutiens discrets des pouvoirs publics, ce qui expliquerait pourquoi certains titres, malgré un secteur globalement en difficulté financière, ne semblent jamais menacés. Il s’agit là d’une thèse portée par des voix critiques, pas d’un fait établi : nous n’avons pas, à ce stade, d’éléments concrets permettant de l’affirmer. Ce que l’on peut en revanche documenter, ce sont des signaux : la dépendance historique de la presse marocaine à la publicité et aux aides d’État, ou encore des différends publics comme celui qui oppose la FMEJ au ministère sur les règles du jeu.

Un enjeu qui prend tout son sens avant les élections

Cette question du financement n’est jamais neutre, mais elle devient cruciale à l’approche d’un scrutin. Une presse perçue comme dépendante, d’un côté comme de l’autre, perd sa capacité à informer sereinement les citoyens sur les enjeux du vote. À l’inverse, une presse réellement indépendante — y compris les médias portés par les Marocains du Monde — a un rôle à jouer pour offrir un espace d’information libre, loin des logiques de clientélisme ou de propagande. C’est un fil que nous continuerons à suivre.

Et vous ?

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Sujets :📰 Presse et libertés
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