NAZA sort en salles. Le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, prix spécial du jury à Venise après 25 minutes d’ovation, arrive dans les cinémas d’une cinquantaine de pays les 12 et 13 octobre 2026, dont la France. Il sera ensuite visible gratuitement sur le site du Guardian, en novembre. En Israël, aucune salle n’a accepté de le projeter, selon L’Économiste maghrébin.
Ce que montre le film
Le film dure 80 minutes. Il réunit les témoignages de 24 militaires et membres du renseignement israéliens, filmés de nuit sur des toits de Tel-Aviv, les visages cachés. Ils décrivent la façon dont les cibles étaient identifiées et dont les pertes civiles étaient estimées avant une frappe à Gaza. « Naza » est le sigle militaire israélien de ces estimations de dommages collatéraux. Selon les médias qui l’ont vu, le film s’intéresse aussi à l’intégration de l’intelligence artificielle dans le ciblage.
L’armée israélienne rejette ces accusations, questionne la crédibilité de sources anonymes et affirme faire de grands efforts pour protéger les civils.
La riposte : de la « trahison » à l’« incitation antisémite »
- La nationalité. Le ministre de la Culture, Miki Zohar, a demandé de déchoir les deux réalisateurs de leur nationalité israélienne pour « trahison ». Il a aussi menacé de couper les fonds de toute salle qui projetterait le film. Les réalisateurs disent avoir reçu des menaces de mort, ainsi que leurs proches, et affirment que ces menaces ne les arrêteront pas.
- Le Premier ministre. Benyamin Netanyahou a comparé le film à des « dizaines de missiles » tirés sur Israël. Selon plusieurs médias, il a qualifié l’accueil du film à Venise de « choquant » et l’a rattaché à une « incitation antisémite mondiale ». Il a demandé des enquêtes et des poursuites contre les soldats qui ont témoigné, pour fuite d’informations sensibles et diffamation.
- La contre-offensive. Un contre-documentaire, « NAZA : The Real Story », a été produit par des cinéastes israéliens. Selon L’Économiste maghrébin, une campagne de désinformation a aussi fait circuler un faux documentaire « Naza » sur les réseaux sociaux. Aux États-Unis, une organisation, l’Israeli American Council, a mené des manifestations contre le film.
Notre lecture : critiquer un gouvernement n’est pas haïr un peuple
Les deux réalisateurs sont israéliens. Les voix qu’on entend dans le film sont celles de militaires israéliens. Le film pose des questions sur des pratiques de l’armée et sur des décisions de l’État, et il appelle une réponse sur les faits : qui a décidé, avec quelles règles, quelles pertes civiles étaient jugées acceptables. Répondre par la menace de retirer une nationalité, ou par l’accusation d’antisémitisme, déplace le débat de ce que montre le film vers ceux qui l’ont fait. Critiquer un gouvernement n’est pas haïr un peuple : c’est un droit, et c’est aussi la base de toute enquête sérieuse.
Jisr.media n’a pas vérifié de façon indépendante les témoignages du film. Nous rapportons ce qu’il dit, ce qu’on en dit, et ce que répond l’armée. Nos pages restent ouvertes à toute réponse des parties concernées.
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