Mise à jour du 13 octobre 2026 : NAZA sort en salles dans une cinquantaine de pays les 12 et 13 octobre. Lire : la riposte israélienne contre ses réalisateurs.
Documentaire sur Gaza primé à Venise : deux cinéastes israéliens menacés de perdre leur nationalité
Le 10 septembre, le documentaire NAZA est présenté à la Mostra de Venise. Ses réalisateurs, Yuval Abraham et Rachel Szor, sont israéliens. Leur film donne la parole à 24 militaires et officiers du renseignement de Tsahal qui accusent leur propre armée d’avoir tué en masse des civils à Gaza, notamment via des systèmes de ciblage assistés par IA.
L’accueil est spectaculaire : une ovation debout d’environ 25 minutes, un record dans l’histoire du festival, devant même les 22 minutes reçues l’an dernier par The Voice of Hind Rajab, de la Tunisienne Kaouther Ben Hania. NAZA repart avec le prix spécial du jury.
La réplique politique, elle, ne se fait pas attendre. Le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, annonce avoir demandé au ministère de l’Intérieur d’examiner la déchéance de nationalité des deux cinéastes, déclarant vouloir « agir immédiatement pour révoquer la citoyenneté israélienne de ces réalisateurs méprisables pour trahison envers l’État » — il aurait également saisi le Shin Bet pour enquêter sur eux. En Israël, une révocation de nationalité ne peut toutefois pas être décidée par un seul ministre : elle suppose une demande du ministère de l’Intérieur, l’aval du ministère de la Justice, puis la validation de juges, selon une jurisprudence de la Cour suprême de 2022. La déclaration de Zohar reste donc, à ce stade, une menace et une démarche engagée, pas une mesure appliquée.
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, renchérit sur X : « Vous êtes une honte et un embarras pour tout le peuple d’Israël. Partez ! », ajoutant que leurs « amis, c’est-à-dire nos ennemis du Hamas à Gaza », les accueilleraient « à bras ouverts ». Le premier ministre Benjamin Netanyahou s’associe lui aussi aux critiques contre le film.
Des cinéastes juifs, israéliens, menacés d’apatridie pour avoir documenté leur propre pays. Difficile de trouver exemple plus net d’un pouvoir qui préfère faire taire le messager plutôt que d’affronter le message.
Le précédent qui devrait inquiéter
Ce scénario n’est pas nouveau. Yuval Abraham et Rachel Szor avaient déjà coréalisé No Other Land, documentaire sur l’expulsion de communautés palestiniennes à Massafer Yatta, en Cisjordanie, avec les cinéastes palestiniens Basel Adra et Hamdan Ballal. Le film remporte l’Oscar du meilleur documentaire en mars 2025.
Quelques semaines après cette victoire, Hamdan Ballal est agressé par des colons devant son domicile, puis arrêté par l’armée israélienne alors qu’il recevait des soins. Son avocate, Lea Tsemel, rapporte qu’il a passé la nuit au sol dans une base militaire, avec des soins minimes pour ses blessures, avant d’être relâché environ 24 heures plus tard.
D’un côté, la reconnaissance internationale la plus haute qui soit dans le cinéma. De l’autre, des coups et une nuit de détention. Le message est clair : primer un film ne protège pas ceux qui l’ont fait.
Une solidarité qui ignore les frontières
Deux cinéastes israéliens, un collectif israélo-palestinien, une réalisatrice tunisienne : chacun a choisi, à sa façon, de montrer ce que vivent les civils de Gaza et de Cisjordanie. L’art, ici, ne suit pas les lignes de la nationalité ou de la religion. Il suit une conscience. Et c’est peut-être ça qui dérange le plus les pouvoirs en place — qu’on ne puisse pas réduire cette parole à « l’ennemi qui parle ».
Primer ne protège pas
Reste à savoir combien de films comme NAZA ou No Other Land il faudra encore avant qu’un documentaire cesse de coûter une nationalité — ou une nuit dans une base militaire.
Sources : Haaretz, Variety, Times of Israel, Al Jazeera, The National, Euronews (septembre 2026)




