Ce que dit la loi
L’article 19 de la Moudawana fixe la capacité matrimoniale à 18 ans révolus, pour les filles comme pour les garçons. Mais l’article 20 ouvre une brèche : un juge des affaires familiales peut autoriser une union avant cet âge, par décision motivée, après une enquête sociale et un examen médical. Introduite en 2004 comme une exception censée rester marginale, cette dérogation est devenue, dans les faits, une voie largement empruntée.
Capture d’écran, émission « مثير للجدل », Medi1TV, 25 juillet 2026.
Des chiffres qui posent question
- 320 000 demandes de mariage de mineurs, en grande majorité des filles, ont été acceptées par les juges entre 2009 et 2018.
- Le taux d’acceptation judiciaire reste élevé : environ 70% des demandes sont validées, y compris lorsque le parquet lui-même recommandait un refus.
- La tendance est toutefois à la baisse : le nombre de mariages de mineurs est passé de 12 450 cas en 2023 à 8 959 en 2024, selon le ministère de la Justice — même si ce chiffre ne comprend pas les mariages coutumiers non enregistrés, encore nombreux selon les associations.
Deux camps, deux lectures
Pour l’abrogation totale : la militante féministe Najat Ikhich (Fondation Yetto) et l’avocate Ghizlane Mamouni (présidente de l’association Kif Mama Kif Baba) plaident pour la suppression pure et simple de l’article 20, jugeant que l’exception est devenue la norme. Mamouni pointe un paradoxe : au Maroc, il faut 18 ans pour voter ou signer un contrat, mais une dérogation judiciaire permet de marier une mineure plus tôt.
Pour le maintien d’une dérogation : le PJD, à travers des voix comme la députée Amina Maelainine, défend la possibilité de marier dès 16 ans plutôt qu’un seuil ferme sans exception. Sur le plateau de « مثير للجدل », Maryem Redouane a repris un argument démographique de plus en plus présent chez les défenseurs du statu quo — le Maroc étant passé sous le seuil de renouvellement des générations (1,97 enfant par femme en 2024), le mariage précoce serait un facteur d’équilibre. Mais les données du Haut-Commissariat au Plan nuancent cet argument : l’âge moyen des femmes au premier mariage a en réalité reculé (24,6 ans en 2024, contre 26,3 ans en 2004), et la baisse de la fécondité est surtout attribuée à la contraception, pas à un mariage plus tardif.
Où en est la réforme
Le projet de révision de la Moudawana, entré en phase parlementaire en 2025, prévoit de ramener le seuil dérogatoire de 15 à 17 ans — une avancée jugée insuffisante par les associations féministes, qui redoutent que l’exception ne devienne, une fois de plus, la règle. Le calendrier électoral de 2026 pourrait encore peser sur le rythme d’adoption du texte.
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