Québec 2026 : la course se resserre — et une annonce sur l’immigration qui tourne à la controverse
Troisième jour de campagne, et deux dynamiques se précisent : une course électorale toujours aussi indécise entre les deux partis de tête, et un débat sur l’immigration qui prend un tour plus dur — et plus controversé — que ce que documentaient nos deux premiers volets.
Une élection qui reste grande ouverte
Les sondages les plus récents confirment que rien n’est joué. Selon Léger (21-24 août), le PQ demeure en tête à 30%, la CAQ grimpe à 23% et rejoint le PLQ au deuxième rang, le PCQ atteint 16%, tandis que Québec solidaire chute à 7%. Le sondage Synopsis-La Presse (24-26 août) va plus loin : il place la CAQ et le PQ à égalité statistique. Signe que les électeurs commencent à arrêter leur choix : la solidité du vote progresse, avec 53% des électeurs décidés qui disent leur choix définitif — une hausse de 5 points depuis le 11 août.
La carte régionale illustre bien la fragmentation du vote : le PLQ domine largement l’île de Montréal (40%), mais s’effondre ailleurs — 23% dans les couronnes, seulement 14% dans le reste du Québec. Dans la région de la Capitale-Nationale, le PQ (30%) devance de justesse le PCQ (29%) et la CAQ (21%) ; autour de Québec et en Chaudière-Appalaches, c’est le PCQ qui prend les devants, à 35% et 36% respectivement.
Le PQ hausse le ton sur l’immigration
C’est sur ce fond de course serrée que Paul St-Pierre Plamondon a choisi, le 29 août, de frapper plus fort que ce que documentait notre premier volet. Le chef péquiste promet désormais de couper l’immigration temporaire de moitié, avec une réduction visée entre 200 000 et 250 000 personnes — tout en préservant certains secteurs jugés essentiels : agriculture, manufacturier, certains secteurs régionaux, et les services directs à la population, notamment la santé. Il accuse Christine Fréchette d’avoir provoqué, durant son passage à l’Immigration, une perte de contrôle qu’il qualifie de « totale », et promet de « remettre de l’ordre ».
Une controverse de méthode qui confirme les craintes du premier volet
C’est le lieu choisi pour cette annonce qui a mis le feu aux poudres : Paul St-Pierre Plamondon l’a faite devant l’école secondaire Roger-Comtois, dans la circonscription de Chauveau, où des classes modulaires ont été installées pour absorber l’augmentation du nombre de nouveaux arrivants — liant explicitement l’immigration à l’engorgement des écoles et à la crise du logement. Le chef libéral Charles Milliard a immédiatement dénoncé un manque de classe, se disant mal à l’aise d’entendre un appel à réduire l’immigration prononcé devant une école secondaire, et posant la question directement : « Essaie-t-on d’instrumentaliser de jeunes immigrants ? »
Cette controverse illustre exactement la tension documentée dans notre premier volet : au moment où le Québec cherche à présenter un front uni face à la guerre commerciale de Trump, le registre choisi par le PQ pour parler d’immigration — jusqu’à mettre en scène des enfants d’immigrants dans le décor d’une annonce — est de nature à raviver plutôt qu’apaiser les tensions internes que nous évoquions.
L’environnement et la santé s’invitent aussi dans le débat
Deux autres fronts ont bougé cette semaine, moins spectaculaires mais révélateurs. Sur l’environnement, Québec solidaire a annoncé revoir à la baisse sa propre cible : le parti visait, depuis 2022, une réduction de 55% des GES par rapport à 1990 d’ici 2030 ; ses délégués ont voté en mai pour un objectif ramené à 37,5% (idéalement 45%), tout en maintenant la carboneutralité visée pour 2050 — un recul assumé, que la co-porte-parole Ruba Ghazal justifie par les « dégâts » et retards environnementaux accumulés sous la CAQ. Le PQ, de son côté, mise sur la carboneutralité 2050 avec une cible intermédiaire réhaussée, 85% de ventes de véhicules zéro émission d’ici 2034, et une « Passe mobilité » pour le transport collectif — pendant que le PCQ promet d’abolir le Fonds pour l’électrification et les changements climatiques.
En santé, le PLQ frappe fort en promettant d’abolir Santé Québec, l’agence créée par la CAQ en 2023 dans le cadre de sa réforme du système de santé — une remise en cause directe du bilan caquiste sur ce dossier.
Ce qu’on continue de suivre
La course reste ouverte, le ton se durcit, et le premier débat des chefs (TVA, 15 septembre) approche. Jisr.media continuera de suivre, volet après volet, comment cette campagne concilie — ou non — la solidarité qu’elle réclame face à Washington et les lignes de fracture qu’elle ouvre à l’intérieur.
Sources : La Presse — sondage Synopsis, Léger 360, La Presse — annonce immigration PQ, La Presse — controverse Milliard, Le Devoir — PSPP et écoles, Le Devoir — Québec solidaire environnement.
Abdesselam Mejlaoui

