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Sebta et Mellilia : les voix qui refusent le silence

Deux voix marocaines et un communiqué du CDH éclairent la crise migratoire de Sebta et Mellilia, au-delà des chiffres et des récits complotistes.

Sebta et Mellilia : les voix qui refusent le silence

Depuis fin juillet 2026, l’afflux massif de migrants vers les villes de Sebta et Mellilia a fait au moins 72 morts, selon le dernier bilan communiqué par les autorités espagnoles le 2 août 2026, et bouleversé la région. Au-delà des chiffres, deux voix marocaines et une organisation de défense des droits humains apportent un éclairage qui dépasse le fait divers.

Photo : la barrière frontalière entre le Maroc et Sebta (Mario Sánchez Bueno / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0).

Pour l’acteur associatif Youssef Moubtahil, le réflexe complotiste qui a dominé une partie du débat public est avant tout un écran de fumée. Dans une tribune publiée le 1er août, il dénonce ce qu’il appelle un mécanisme idéologique destiné à détourner l’attention de l’échec du modèle de développement : « ce ne sont pas des instructions venues de l’étranger qui ont poussé ces personnes à partir, mais l’oppression quotidienne, le chômage chronique et le sentiment d’exclusion dans leur propre pays. » Pour lui, voir dans ces départs massifs autre chose qu’un cri de détresse collectif revient à disculper les véritables responsables : les choix de politiques publiques qui ont privilégié les équilibres macroéconomiques au détriment de la dignité humaine.

Fatna Afid, responsable au sein du Réseau syndical Migration, adopte un ton plus interrogatif mais tout aussi exigeant. Elle pointe d’abord le silence des autorités marocaines dans les premières heures de la crise — un vide qui, selon elle, a laissé le champ libre aux rumeurs et aux chiffres contradictoires. Elle interroge aussi ouvertement les modalités de cet afflux soudain : appel viral sur les réseaux sociaux, ou réseaux organisés de passeurs ? « Ces questions ne signifient pas qu’on adopte telle ou telle hypothèse, mais elles reflètent le besoin d’une enquête transparente qui présente les faits tels qu’ils sont, loin des surenchères politiques. » Elle rappelle enfin que la tragédie a aussi été instrumentalisée par la droite européenne pour attaquer le gouvernement espagnol — un usage politique qui, dit-elle, ne doit pas faire oublier que « les victimes ne sont pas des chiffres dans un débat électoral, mais des êtres humains poussés par le désespoir à risquer leur vie. »

Sur le terrain des droits humains, le Centre des Droits Humains en Amérique du Nord (CDH) a publié le 1er août un communiqué exprimant son « profond choc » face aux événements. L’organisation y dénonce notamment les mesures d’interdiction de transport vers le nord du Maroc, qui ont piégé des Marocains résidant à l’étranger rentrant de vacances dans des « situations de détresse inacceptables », et appelle les autorités marocaines et espagnoles à garantir « la transparence des enquêtes » et à faire en sorte que « tout usage excessif de la force fasse l’objet d’enquêtes indépendantes ».

Le point de la rédaction

Ce qui frappe, à lire ces trois voix, c’est leur convergence sur un point : le refus de réduire cette crise à un fait divers sécuritaire ou à un instrument de polémique politique. Que l’accent soit mis sur les failles du modèle économique, sur le silence institutionnel, ou sur le respect du droit international, la même exigence revient — celle de la vérité et de la dignité pour des personnes qui restent, avant tout, des êtres humains en situation de détresse extrême.

Sujets :🌊 Maroc-Espagne : Ceuta et Melilla🍁 Canada et immigration
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