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Sur toutes les rives : l'automne électoral qui teste les Marocains du monde

Législatives marocaines le 23 septembre, élection générale au Québec le 5 octobre, midterms américaines le 3 novembre, présidentielle française au printemps 2027 : en quelques mois, les Marocains du monde vont vivre quatre rendez-vous électoraux très différents — l'un où ils réclament encore un droit, les autres où ce droit existe déjà, à condition de l'exercer.

Sur toutes les rives : l'automne électoral qui teste les Marocains du monde

Le calendrier ne doit rien au hasard. En l’espace de six semaines, entre le 23 septembre et le 3 novembre 2026, les Marocains du monde vont traverser trois scrutins qui n’ont presque rien en commun — sinon de leur poser, chacun à sa façon, la même question : leur citoyenneté se traduit-elle par un bulletin de vote ? Une quatrième échéance, la présidentielle française, viendra clore la séquence au printemps 2027.

Au Maroc : un droit constitutionnel toujours en jachère

Côté marocain, le paradoxe est connu et il dure depuis quinze ans. L’article 17 de la Constitution de 2011 garantit aux Marocains résidant à l’étranger la pleine citoyenneté, y compris le droit de vote et d’éligibilité. Dans les faits, aucun mécanisme n’a jamais permis à ces six millions de citoyens de voter depuis leur pays de résidence : la proposition de loi portée par l’Istiqlal en mars 2021 fut rejetée au Parlement, à quelques mois du scrutin du 8 septembre de la même année.

Mais quelque chose a bougé à l’approche de 2026. Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a adressé au ministère de l’Intérieur une note détaillée plaidant pour le vote et la candidature depuis les pays de résidence, l’ouverture de bureaux de vote à l’étranger, la création de circonscriptions dédiées aux Marocains du monde et une révision du code électoral. Le PJD, opposé au vote direct en 2021, a opéré un revirement et le soutient désormais, rejoignant le PPS et l’Istiqlal, promoteur historique de la mesure. Au Parlement, une députée du PAM a par ailleurs interpellé le ministre de l’Intérieur sur les dispositifs concrets envisagés. Les discours royaux de 2022 et de la Marche verte en novembre 2024 ont, eux aussi, appelé à renforcer le rôle institutionnel des Marocains du monde.

À sept semaines du 23 septembre, l’échéance arrive donc à l’heure de vérité : soit les législatives de 2026 concrétisent enfin le principe constitutionnel, soit la diaspora restera, une élection de plus, en marge de la vie politique marocaine.

Au Québec, douze jours plus tard : un droit qui existe, reste-t-il à l’exercer

Douze jours après le scrutin marocain, le 5 octobre, les Québécois éliront leur nouveau gouvernement — la première élection générale depuis le départ de François Legault. Christine Fréchette, ex-ministre de l’Immigration devenue cheffe de la CAQ puis 33ᵉ première ministre du Québec en avril, part loin derrière dans les sondages ; plusieurs analystes anticipent une victoire du Parti québécois, ce qui replacerait la question souverainiste au centre du jeu.

Pour la communauté marocaine — environ 5,7 % de la population immigrée du Québec, quatrième groupe en importance, concentré dans le Grand Montréal — l’ironie est frappante : la loi 21 sur la laïcité de l’État, actuellement devant la Cour suprême du Canada, la reconnaissance des diplômes étrangers et les délais de regroupement familial pèsent directement sur son quotidien, et son bulletin de vote, lui, est pleinement valide. Contrairement au scrutin marocain, ici la question n’est pas le droit mais la mobilisation.

Aux États-Unis, un mois plus tard : des midterms à enjeu direct pour la communauté

Le 3 novembre, les Américains renouvellent l’intégralité de la Chambre des représentants, 35 sièges au Sénat et 39 postes de gouverneur — un scrutin décrit comme l’un des plus disputés depuis des années, les Républicains défendant des majorités très étroites dans les deux chambres du Congrès.

La communauté marocaine-américaine reste modeste en nombre (environ 130 000 à 150 000 personnes selon le recensement, concentrées en Virginie, au Massachusetts et dans le New Jersey), mais elle aborde ce scrutin avec un enjeu concret et récent : depuis le 21 janvier 2026, le département d’État américain a suspendu le traitement des visas d’immigrant pour les ressortissants de 75 pays — dont le Maroc — au nom du risque de dépendance à l’aide sociale. Cette pause touche notamment le regroupement familial : conjoints et enfants de citoyens américains d’origine marocaine résidant encore au Maroc voient leur dossier gelé, sans affecter en revanche les visas de tourisme ni le statut des personnes déjà installées aux États-Unis. Dans ce contexte, des organisations comme CAIR ont lancé des initiatives de mobilisation électorale ciblant spécifiquement les musulmans américains (« Muslims.Vote ») en vue des midterms, tandis que dans des bassins comme le Michigan, les électeurs arabo-américains font savoir que l’immigration et l’application des lois pèseront sur leur vote.

En France, au printemps 2027 : un électorat que plus personne ne peut ignorer

Dernière étape de la séquence, la présidentielle française s’annonce comme un scrutin où les questions d’immigration, de binationalité et de rapport au Maghreb occuperont, une fois encore, une place centrale du débat public. Le droit de vote existe pleinement pour les centaines de milliers de Franco-Marocains — c’est leur poids politique qui reste sous-exploité. Ils seront à la fois objets de ce débat et, s’ils se mobilisent, acteurs de son issue.

Cette aspiration à la pleine citoyenneté n’est pas nouvelle : elle traverse depuis des années les initiatives de la société civile de la diaspora, comme le Forum Attawassol des Marocains du monde, dont l’édition 2024 à Casablanca — sous le thème « Ambitions Maroc 2030 » — plaçait déjà cette revendication en tête, dans le droit fil du discours royal du 20 août 2022.

Un recul démocratique mondial, jusque dans les démocraties historiques

Ce calendrier électoral ne se déroule pas dans une bulle. Selon le rapport 2026 de l’institut V-Dem, seuls 7 % de la population mondiale vivait fin 2025 dans une démocratie libérale — contre 17 % en 2005. Depuis 2000, 85 pays ont connu au moins un épisode d’autocratisation, soit près de la moitié des États du monde. Sept pays membres de l’Union européenne sont eux-mêmes touchés par ce recul, porté notamment par la montée de partis d’extrême droite en Hongrie, en Pologne, en Italie ou en Suède — polarisation, atteintes aux droits humains, affaiblissement de l’État de droit, y compris dans des démocraties considérées de longue date comme consolidées.

Dans ce contexte, la situation marocaine prend un relief particulier. Le rapport 2026 d’Amnesty International pointe une répression accrue de la liberté d’expression et de la dissidence pacifique : journalistes, défenseurs des droits humains et voix critiques du gouvernement ont fait l’objet de poursuites judiciaires, d’intimidations et de surveillance numérique ; des manifestations dénonçant la crise économique et l’état des services publics ont été réprimées par un recours excessif à la force, des arrestations arbitraires et des procès jugés iniques.

Ce constat éclaire autrement le blocage du droit de vote des Marocains du monde : ce n’est pas un dossier isolé, mais un exemple parmi d’autres de réformes réclamées par l’opposition et qui restent lettre morte — quinze ans après leur inscription dans la Constitution pour le vote des MRE, le PJD réclame lui-même, à l’approche de 2026, de corriger les « distorsions » du scrutin de 2021, sans qu’aucune de ces demandes n’ait, à ce jour, abouti.

Une citoyenneté, plusieurs rives

Au fond, ce que cet automne électoral révèle tient en une phrase : la même diaspora qui se bat pour un simple bulletin de vote au Maroc le détient déjà, intégralement, au Québec comme aux États-Unis — et y affronte, à peu de choses près, les mêmes dossiers ailleurs qu’on lui refuse de trancher chez elle : immigration, reconnaissance, appartenance. On ne peut pas non plus, au Maroc, célébrer les 122 milliards de dirhams de transferts enregistrés en 2025, saluer la « 13ᵉ région » du Royaume à chaque discours officiel, et lui refuser encore une voix aux urnes.

Entre le 23 septembre 2026 et le printemps 2027, les Marocains du monde ont sept mois pour démontrer, sur quatre terrains différents, qu’ils ne sont plus seulement un pont économique entre les rives — mais un acteur politique sur chacune d’elles.


Sources : Constitution marocaine de 2011 (art. 17), CCME, Hespress, Le360, Jeune Afrique, SNRT News, Office des changes, Radio-Canada, Élections Québec, Recensement 2020 des États-Unis, Département d’État américain, CAIR, Bridge Michigan, rapport V-Dem 2026, rapport annuel Amnesty International 2026.

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