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📚 Dossier : Élections Québec 2026

Québec 2026 : ce que proposent les chefs depuis le jour 1 — et le pari risqué du PQ sur l'immigration

La campagne électorale québécoise est lancée, et deux fronts dominent déjà : le pouvoir d'achat, sur lequel chaque parti a une proposition à défendre, et l'immigration, où le virage du PQ inquiète une partie des communautés culturelles — au moment même où la guerre commerciale de Trump exige, plus que jamais, une union sans faille.

Québec 2026 : ce que proposent les chefs depuis le jour 1 — et le pari risqué du PQ sur l'immigration

Québec 2026 : ce que proposent les chefs depuis le jour 1 — et le pari risqué du PQ sur l’immigration

La campagne électorale québécoise est officiellement lancée depuis jeudi dernier, en vue du scrutin du 5 octobre. Dès la première journée, deux lignes de force se sont dessinées : la guerre commerciale imposée par Donald Trump, qui s’est imposée comme la vraie « question de l’urne » selon la cheffe caquiste, et le pouvoir d’achat, sur lequel chaque parti défend sa propre recette. Une troisième annonce, celle du Parti québécois sur l’immigration, est venue ajouter une tension que jisr.media juge nécessaire de documenter — sans la déformer.

Le fil rouge du jour 1 : Trump avant tout

Christine Fréchette, qui a succédé à François Legault à la tête de la Coalition avenir Québec en avril dernier et dirige donc le gouvernement sortant, a ouvert sa campagne en désignant Donald Trump comme son « véritable adversaire », présentant la CAQ comme un vecteur de stabilité : elle demande, dit-elle, « un mandat pour avancer dans la tempête ». Les droits de douane américains ont d’ailleurs figuré, sans exception, dans le discours de lancement de chacun des cinq chefs — y compris Paul St-Pierre Plamondon (PQ), qui en a fait l’un des enjeux centraux de sa propre campagne. Québec solidaire, de son côté, a présenté un plan de consolidation économique face à la menace tarifaire, résumé par un slogan en trois mots : « soutenir, riposter, bâtir ».

Le pouvoir d’achat, deuxième front de la campagne

Les promesses sur le coût de la vie ont dominé la deuxième journée de campagne. Chaque parti y va de sa proposition :

  • CAQ : rupture avec son propre bilan — Christine Fréchette a annoncé qu’elle ne s’engagerait pas sur de nouvelles baisses d’impôt, contrairement à son prédécesseur. La CAQ mise plutôt sur une baisse de la taxe sur les produits d’épicerie, une aide aux acheteurs d’une première propriété et des allègements fiscaux pour les PME.
  • PLQ : Charles Milliard promet de mettre fin au principe du plus bas soumissionnaire dans les appels d’offres publics, et concentre plusieurs propositions sur l’économie et le logement.
  • Québec solidaire : neuf engagements pour les 100 premiers jours, dont un salaire minimum porté à 20$ et un plafonnement des hausses de loyer au niveau de l’inflation.
  • PCQ : Éric Duhaime lance le slogan « Ose pour vrai » et promet des baisses d’impôt qualifiées d’« historiques ».
  • PQ : son projet-phare reste l’indépendance, avec la promesse d’un référendum dès un premier mandat — la question du pouvoir d’achat y est surtout traitée à travers le prisme de la crise du logement, invoquée pour justifier son virage en immigration.

Le dossier qui inquiète : le virage du PQ sur l’immigration

C’est justement là que la campagne prend un tour plus délicat. Sous le slogan « Le choix de la confiance », Paul St-Pierre Plamondon a dévoilé un plan qui propose de ramener le seuil d’immigration permanente à 35 000 personnes par an — le niveau des années 2000-2010 — alors que le gouvernement sortant a fixé sa cible à 45 000 pour 2026-2029. Le PQ propose aussi de réduire le nombre de travailleurs étrangers temporaires établis au Québec, actuellement autour de 270 000, à 40 000, et de prioriser à l’admission les étudiants et travailleurs ayant un niveau intermédiaire de français. La justification avancée par le chef péquiste est la crise du logement.

Le paradoxe n’a pas échappé aux observateurs : au même moment, Paul St-Pierre Plamondon multiplie les rencontres avec les communautés culturelles montréalaises — vietnamienne, juive, arménienne — pour leur présenter un discours d’inclusion autour du projet indépendantiste. Certains commentateurs y voient une contradiction difficile à concilier avec un plan qui, dans les faits, resserre sensiblement les portes d’entrée. D’autres, plus critiques encore, parlent d’une dérive droitière du PQ sur ce dossier.

Pourquoi cette annonce inquiète, concrètement

Pour une partie des familles issues de l’immigration — dont beaucoup de familles marocaines installées au Québec depuis plusieurs années sous statut temporaire, ou dont un proche étudie ou travaille encore sous ce statut — ce n’est pas un débat abstrait. Un resserrement aussi marqué des seuils temporaires touche directement des parcours d’intégration déjà entamés, souvent après des années de démarches. C’est ce climat d’incertitude, plus que le débat sur les chiffres eux-mêmes, qui nourrit l’inquiétude dans plusieurs communautés ethnoculturelles à l’approche du 5 octobre.

Une précision nécessaire

Il serait toutefois malhonnête de plaquer sur ce débat québécois les grilles de lecture de la montée de l’extrême droite en Europe, où la crispation migratoire s’accompagne d’une hausse mesurable du racisme et de la violence identitaire. Le contexte n’est pas le même, les acteurs non plus, et jisr.media n’a pas l’intention d’importer ce raccourci pour qualifier une proposition électorale québécoise. L’inquiétude reste légitime sur ses propres termes — elle n’a pas besoin d’un épouvantail européen pour être prise au sérieux.

Une union qu’on ne peut pas se permettre de fissurer

Reste une évidence qui traverse toute cette campagne : au moment où le Québec se présente, par la voix de sa première ministre elle-même, comme une société qui doit « avancer dans la tempête » face à un adversaire commercial extérieur, une fracture interne sur l’immigration est le genre de division que peu de sociétés peuvent se permettre. La solidarité qu’exige un rapport de force avec Washington ne se limite pas à un front économique commun — elle suppose aussi de ne pas fragiliser, à l’intérieur, la cohésion entre communautés qui composent le Québec d’aujourd’hui.

La campagne se poursuit jusqu’au 5 octobre. Jisr.media continuera à suivre, des deux côtés de l’Atlantique et du Saint-Laurent, ce que ces annonces signifient concrètement pour les Marocains du monde.


Sources : Radio-Canada, Le Devoir, La Presse, Noovo Info.

Sujets :⚜️ Québec : élections et gouvernement🍁 Canada et immigration
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