« Free Palestine » sur scène : le mot qui a coûté sa tournée à Macklemore
Le 4 septembre, le rappeur américain Macklemore assure la première partie d’Ed Sheeran au MetLife Stadium, dans le New Jersey. Devant des dizaines de milliers de spectateurs, il lance « Free Palestine », puis interprète « Hind’s Hall », sa chanson hommage à une fillette palestinienne tuée à Gaza. Des images du territoire dévasté défilent sur les écrans géants du stade.
La réaction ne tarde pas. Le Israeli-American Council lance une pétition pour exiger son retrait de la tournée, jugeant la prestation déplacée pour « un concert d’Ed Sheeran, pas un rassemblement politique ». Une semaine plus tard, le promoteur Messina Touring Group annonce que Macklemore ne se produira plus sur les dates restantes : sept salles au total — dont Gillette Stadium, Lincoln Financial Field, Mercedes-Benz Stadium, Lucas Oil Stadium, Bank of America Stadium, AT&T Stadium et Raymond James Stadium — ont prévenu qu’elles n’accueilleraient pas de concert avec lui à l’affiche. Plusieurs autres artistes de la première partie, dont Finneas, quittent la tournée par solidarité.
Robert Kraft, propriétaire du Gillette Stadium, justifie la décision en évoquant « les récentes actions de Macklemore, le contenu diffusé depuis la scène lors des concerts d’Ed Sheeran au New Jersey, et une histoire plus large de rhétorique et d’imagerie antisémites que nous jugeons profondément blessantes pour la communauté juive ». Macklemore, lui, avait pourtant pris soin de distinguer les deux : « À mes frères et sœurs juifs : critiquer Israël, critiquer l’apartheid, être contre le génocide n’est en aucun cas une critique envers vous », avait-il déclaré, ajoutant que son message était « un message de paix ; que tous les êtres humains soient traités avec dignité, respect et égalité ».
Qui a vraiment tranché ?
Ce qui frappe, dans cette affaire, ce n’est pas le débat — il a eu lieu, en ligne, dans les médias, sur les réseaux. C’est qui, au final, a eu le dernier mot. Ni un tribunal, ni une instance culturelle, ni même le public dans son ensemble : un promoteur de tournée et des propriétaires de stades.
C’est exactement le mécanisme que jisr.media décrivait dans son article Qui détient le vrai pouvoir ? : le pouvoir économique agit de plus en plus comme arbitre du débat public, y compris culturel. Pas besoin de censure d’État quand quelques décideurs privés peuvent, d’un trait, effacer une voix de la scène publique.
Deux poids, deux mesures ?
Reste une question qui fâche : pourquoi le soutien à l’Ukraine sur une scène de concert passe-t-il pour un geste moral incontestable, alors que le soutien à la Palestine coûte une tournée entière ? Aucun artiste n’a jamais perdu un contrat pour avoir brandi un drapeau ukrainien.
La « cancel culture » frappe rarement vers le haut
Une chose se vérifie encore une fois : la « cancel culture » s’abat presque toujours sur les mêmes — ceux qui n’ont ni stade ni fortune à perdre sans conséquence. Les puissants, eux, s’en sortent généralement avec un communiqué de presse. Reste à savoir combien de « Hind’s Hall » il faudra encore avant qu’une chanson cesse de coûter une carrière.
Sources : Variety, Times of Israel, Hollywood Reporter, Boston Globe, ESPN, Newsweek (septembre 2026)




