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📚 Dossier : Décryptage du budget 2027

Décryptage du budget 2027 (3/8) : réforme fiscale, qui a vraiment payé la hausse des recettes ?

Le rapport présente la hausse des recettes fiscales comme un succès obtenu sans alourdir la pression fiscale. Mais entre baisse de l'IS pour les grandes entreprises et hausse de la TVA sur des produits courants, l'économiste Najib Akesbi y voit un transfert de charge vers les ménages et les petites structures.

Décryptage du budget 2027 (3/8) : réforme fiscale, qui a vraiment payé la hausse des recettes ?

Ce que dit le rapport

Le rapport ministériel présente la réforme fiscale comme l’un des grands succès du mandat : les recettes fiscales ont progressé de 12,4% par an en moyenne entre 2021 et 2025, contre 6,4% entre 2016 et 2019, portant leur poids à 24,4% du PIB — un gain de plus de 4 points en quatre ans. Le FMI cite même le Maroc comme référence régionale en matière de réforme fiscale. Le message implicite : cette hausse de recettes s’est faite “sans alourdir la pression fiscale”, grâce à un élargissement de l’assiette et une meilleure efficacité de l’administration.

Ce qu’en dit le Pr Akesbi

Le Pr Najib Akesbi conteste précisément ce point : pour lui, l’augmentation des recettes fiscales de ces dernières années n’est pas le fruit d’une réforme équitable, mais la “consécration de l’injustice fiscale”. Deux mesures concrètes illustrent son propos.

D’abord la réforme de l’impôt sur les sociétés, engagée depuis 2023 : sous couvert d’“harmonisation des taux”, le gouvernement a abaissé la charge fiscale des grandes entreprises (celles réalisant entre 1 et 100 millions de dirhams de bénéfices, passées de 31% à 20%), tout en relevant celle des plus petites structures. Pour le Pr Akesbi, le vrai problème de l’impôt sur les sociétés — des règles d’assiette si laxistes qu’elles permettent une évasion fiscale déguisée — n’a lui, en revanche, jamais été traité.

Ensuite la réforme de la TVA, qui converge vers deux taux uniques de 10% et 20%. Or la TVA, rappelle l’économiste, est un “impôt aveugle” : elle ne tient aucun compte de la capacité contributive du contribuable et ne distingue donc pas le riche du pauvre. Concrètement, cette convergence s’est traduite par des hausses sur des produits de consommation courante — l’électricité passée à 18%, le sucre raffiné à 9% — pendant que les grandes entreprises voyaient leur imposition directe s’alléger. Le Pr Akesbi y voit un déséquilibre structurel entre fiscalité directe (sur le revenu et le capital) et fiscalité indirecte (payée par tous, quel que soit le revenu), qu’une vraie réforme devrait au contraire corriger.

Le contraste régional : une base fiscale élargie, mais concentrée

Des pièces de monnaie empilées, symbole des recettes fiscales accumulées

Le discours officiel sur “l’élargissement de l’assiette fiscale” cache une réalité géographique nette. Le statut d’auto-entrepreneur, créé en 2015 pour formaliser une partie de l’économie informelle et donc élargir cette même assiette, reste concentré à 38% dans l’axe Casablanca-Settat, 18% à Rabat-Salé-Kénitra et 11% à Marrakech-Safi — contre seulement 7% dans la région Fès-Meknès et 10% à Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Autrement dit, la réforme fiscale progresse là où l’activité économique était déjà formalisée et concentrée, et touche à peine les régions où l’informel reste la norme faute d’opportunités de formalisation.

Dans le même temps, des représentants de très petites entreprises (TPE) alertent sur le fait que la hausse de leur charge fiscale — pendant que les grandes entreprises voient la leur baisser — les pousse à répercuter ces coûts sur leurs prix, ou à retourner vers l’informel plutôt que de s’y conformer. Ce sont précisément les petits commerces et artisans des villes moyennes et des zones rurales, souvent hors du radar des grandes régies fiscales, qui absorbent le plus directement le décalage entre discours d’équité et réalité de la répartition de l’effort.

Pourquoi cela compte

À l’approche des élections du 23 septembre, présenter une hausse de recettes fiscales comme la preuve d’une réforme réussie évite une question plus embarrassante : qui, précisément, a payé cette hausse ? Si l’essentiel du gain provient d’une TVA plus lourde sur les produits de consommation courante et d’une fiscalité alourdie sur les petites structures, la “réforme” ressemble moins à une modernisation équitable qu’à un transfert de charge vers les ménages et les petites entreprises — un message nettement moins vendeur en période électorale.

Et vous ?

Vous êtes commerçant, artisan ou auto-entrepreneur et avez ressenti l’effet de ces réformes fiscales sur votre activité ou vos prix ? Vous avez des données ou des témoignages sur la fiscalité locale dans votre région ? Partagez-les en commentaire ou écrivez-nous : cette série se construit aussi avec vos contributions.

Sujets :💰 Loi de finances 2027📈 Économie et budget
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