Fatima Zahra El Mansouri : au-delà du symbole
Tribune d'un lecteur, publiée dans le cadre de l'appel « Lisez-nous, écrivez-nous ».
« La politique est l’art du possible », disait l’ancien homme d’État allemand Bismarck. Une formule qui prend une résonance particulière à la suite de la nomination de Fatima Zahra El Mansouri à la tête du gouvernement marocain.
L’événement est historique. Pour la première fois, une femme accède à la tête de l’exécutif marocain. Le symbole est fort. Il mérite d’être regardé comme tel. Mais derrière le symbole se cache toujours une idée et, au-delà de l’idée, une pensée. « Le symbole donne à penser », écrivait Paul Ricœur.
À l’heure où la politique semble parfois céder le pas à l’image, à la communication et à la représentation, le risque serait précisément de réduire cette nomination à sa seule dimension symbolique et, ce faisant, d’occulter ses autres dimensions.
1- Une continuité constitutionnelle
D’emblée, cette nomination pourrait être perçue comme un symbole. Pourtant, elle consacre surtout la consécration du passage du law in books au law in action, du droit inscrit dans les textes au droit qui prend corps dans la réalité.
La possibilité pour une femme d’exercer des responsabilités gouvernementales s’inscrivait déjà dans le cadre juridique de l’époque. Dès les Constitutions antérieures, notamment celle de 1972, le principe de l’égalité des droits politiques entre l’homme et la femme était affirmé. Feu Sa Majesté le Roi Hassan II le rappelait déjà lors d’un entretien accordé à Anne Sinclair, en 1993, dans l’émission 7 sur 7, en affirmant que rien n’empêchait une femme d’accéder à la fonction de ministre.
Ensuite, la Constitution de 2011 approfondit cette évolution en affirmant, dans son article 30, que la loi doit favoriser « l’égal accès des femmes et des hommes aux fonctions électives ».
Aujourd’hui, sa nomination en tant que cheffe du gouvernement donne une réalité politique à cette possibilité déjà inscrite dans le droit. Elle s’inscrit dans le respect de la Constitution, notamment de son article 47, mais aussi dans cette continuité constitutionnelle : celle d’une vie politique ouverte à toutes les sensibilités et à toutes les composantes de la société marocaine, à condition que l’accès aux responsabilités repose avant tout sur le mérite.
2- Le symbole ne suffit pas
La nomination de Fatima Zahra El Mansouri est un symbole, certes, mais le symbole ne suffit pas, surtout en politique. Il faut le confronter à la compétence et au mérite. Or, la compétence n’a pas de sexe. Elle se mesure à la capacité d’agir, à la force de caractère et, surtout, aux résultats.
Homme ou femme, l’esprit collectif s’intéresse davantage à la compétence qu’au symbole, comme le résume le philologue et traducteur André Dacier :
« Bien dire fait rire, bien faire fait taire. »
Cette nomination ne désigne donc pas seulement une femme à la tête de l’exécutif ; elle consacre aussi un parcours politique.
Avocate de formation, maire de Marrakech, parlementaire et ministre, Fatima Zahra El Mansouri est une femme de terrain. Elle a vécu la politique du quotidien, la vraie politique de terrain, celle qui ne se réfugie pas derrière les discours généraux et qui entre en contact permanent avec les citoyens.
La commune est une école. Une véritable « école de la vie publique », pour reprendre l’expression de l’ancien maire de Paris Jacques Chirac. Fatima Zahra El Mansouri s’en est bien servie pour affûter son expérience politique et gravir les échelons de la responsabilité publique.
De la commune à la représentation parlementaire, puis au gouvernement, elle a traversé les tractations partisanes, la gestion du quotidien au niveau local, les crises et les débats du Parlement. Elle a ainsi connu les différentes facettes de la vie politique.
Sauf que cette expérience politique n’est pas une garantie. La politique n’est pas une science exacte. Plusieurs paramètres entrent en jeu qui dessinent les contours du paysage politique.
C’est là que réside le vrai défi de la nouvelle cheffe du gouvernement. C’est dans cette capacité de transformer cette expérience politique, dans un champ politique en recomposition, dans l’épreuve de l’exercice gouvernemental.
3- L’épreuve de l’action
Derrière le symbole, il y a un parcours. Et derrière le parcours, il y a désormais une responsabilité. La responsabilité de Fatima Zahra El Mansouri est grande, compte tenu des défis qui l’attendent.
La nouvelle cheffe du gouvernement doit former sa majorité gouvernementale avec les équilibres issus des dernières élections et la nouvelle configuration de la scène politique.
Les attentes sont grandes. Le prochain gouvernement de Fatima Zahra El Mansouri doit être un gouvernement fait pour gouverner et capable de mériter l’adhésion de tout un pays. Une responsabilité qui prend tout son sens face aux défis qui attendent le nouveau gouvernement : l’emploi, les échéances de 2030 et les attentes d’une jeunesse qui ne se contente plus de promesses, mais attend des actes.
Vous l’aurez compris : derrière cette lourde responsabilité, il y aura nécessairement des actes à juger. « L’homme politique s’exprime d’abord par ses actes », disait l’ancien président français François Mitterrand. C’est donc désormais sur le terrain des actes que cette nomination sera véritablement éprouvée.
Fatima Zahra El Mansouri est la première par le symbole. Le temps dira ce que cette première deviendra. À elle de transformer désormais cette avancée constitutionnelle en avancée politique, sociale et économique, et de mettre son expérience et sa compétence au service de ses citoyens.
Être une femme n’est plus à démontrer. C’est dans l’épreuve de l’action que ce symbole prendra toute sa portée.
Aymane Semmid
L'AUTEUR — Aymane Semmid est enseignant de français et écrivain marocain. Passionné de littérature, de culture et de réflexion politique, il s'intéresse particulièrement aux questions de société, aux transformations de la vie publique marocaine et aux enjeux qui concernent la jeunesse.
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