Mise à jour : le Roi a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement le 29 septembre (lire). Le Parlement s’est ouvert le 9 octobre (lire notre décryptage). Côté gauche, l’Alliance a confié la coordination de son regroupement parlementaire à Nabila Jalal (lire).
Maroc 2026 : les mêmes partis au pouvoir, une opposition à reconstruire, et huit députés de gauche sous la loupe
Mise à jour du 29 septembre 2026 : le Roi a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement. Lire l’annonce.
Cinq jours après le scrutin, le Roi n’a pas encore nommé le chef du gouvernement. Mais dans les coulisses, les tractations vont bon train. Et une chose se dessine déjà : les mêmes partis s’apprêtent à gouverner, avec le même programme. Pendant ce temps, l’opposition se cherche. Et huit nouveaux députés de gauche vont devoir prouver qu’ils sont autre chose qu’un feu de paille.
Qui va où : les tractations en cours
Le PAM arrive premier avec 97 sièges, mais il se divise. Selon Le360, trois noms s’y opposent pour la primature : Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale, Fouzi Lekjaa, ministre délégué au Budget, qu’elle soutiendrait, et Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice. Nous avons décrypté ce choix dans notre article sur la primature.
Le RNI de Mohamed Chaouki (66 sièges) et l’Istiqlal de Nizar Baraka (65) veulent rester au gouvernement et négocient déjà des ministères. À trois, ils totalisent 228 sièges, bien au-dessus de la majorité de 198.
Autour, chacun se positionne. L’Union constitutionnelle de Mohamed Joudar et le Mouvement démocratique et social forment un groupe commun de 25 députés, pour peser dans les négociations. Le Mouvement populaire de Mohamed Ouzzine (29 sièges) attend. L’USFP de Driss Lachgar, qui visait la première place, recule à 26 sièges et se dit « surpris ». Le PPS de Nabil Benabdallah (19 sièges) « prend le temps » avant de choisir son camp.
Les résultats complets sont dans notre article sur les résultats.
Quinze ans au pouvoir, et des milliards hors contrôle
Il faut le rappeler : les quatre premiers partis ont tous gouverné ces quinze dernières années. Le PJD a dirigé le gouvernement de 2011 à 2021. Le RNI y siège depuis 2013 et l’a dirigé depuis 2021. L’Istiqlal a gouverné en 2011-2013, puis depuis 2021. Le PAM, lui, est au gouvernement depuis 2021.
Leur bilan commun, nous l’avons documenté dans notre série sur les trois coalitions :
- 31,49 milliards de dirhams d’exonérations fiscales en 2024, dont 38 mesures sur 39 jamais évaluées (notre enquête) ;
- un trou de 115 milliards dans les caisses de retraite, sans que personne n’ait eu à s’expliquer (notre enquête) ;
- des fonds hors budget qui échappent au contrôle du Parlement (Qui gouverne au Maroc ?) ;
- des élus condamnés, dont d’anciens responsables du PAM dans l’affaire du « Malien » (notre dossier sur la corruption).
Alors une question s’impose : comment ces partis ont-ils obtenu une majorité, après cinq années de manifestations, de la génération Z aux enseignants et aux diplômés chômeurs, et après les scandales de plusieurs députés ? Une partie de la réponse tient dans un chiffre : à peine un adulte sur cinq a voté (notre analyse).
Même attelage, même programme : difficile d’y voir un changement.
La continuité, sans surprise
Les trois partis en tête seront, selon toute vraisemblance, reconduits. Le programme sera celui de la continuité : chantiers du Mondial 2030, généralisation de la protection sociale, grands projets. Le cocher changera peut-être, mais l’attelage restera le même. Difficile, dans ces conditions, d’attendre un changement de cap.
Le PJD de Benkirane : l’opposant le mieux placé, malgré son passé
Le PJD d’Abdelilah Benkirane revient en force, de 13 à 54 sièges. Il refuse de gouverner avec le PAM et se pose en principal opposant. Le parti voudrait se refaire une virginité, mais les Marocains le connaissent : dix ans à la tête du gouvernement, la réforme des retraites, la décompensation des carburants. Il reste pourtant, par son poids, le facteur d’opposition le plus solide de la nouvelle Chambre.
Les partis moyens luttent pour leur survie
À droite comme à gauche, les partis moyens ont perdu de leur lustre. Tous ont participé aux affaires publiques : l’USFP de Driss Lachgar, du gouvernement d’alternance à celui de Saadeddine El Othmani ; le PPS de Nabil Benabdallah, au gouvernement de 2011 à 2019 ; le Mouvement populaire de Mohamed Ouzzine et l’Union constitutionnelle de Mohamed Joudar, présents dans de nombreux gouvernements. Aujourd’hui, ils négocient surtout leur place et leur survie, avec en ligne de mire les communales de 2027.
L’Alliance de la gauche : huit députés sous la loupe
Cette fois, l’attention se tourne vers l’Alliance de la gauche, qui passe de 2 à 8 sièges. Ses huit élus :
| Élu(e) | Circonscription |
|---|---|
| Nabila Mounib | Anfa, Casablanca |
| Omar Mahmoud Bendjelloun | Rabat-Océan |
| Rachid Mchich | Béni Mellal |
| Nabila Jalal | Casablanca-Settat (régionale) |
| Souad Frikech | Rabat-Salé-Kénitra (régionale) |
| Mounia Rachachi | Fès-Meknès (régionale) |
| Fatima-Zahra Abdoun | Marrakech-Safi (régionale) |
| Sanaa Fawzi | Souss-Massa (régionale) |
Les questions sont nombreuses, et elles seront posées dès les premiers jours :
- L’alliance tiendra-t-elle ? Les sceptiques n’ont pas oublié 2021, quand le PSU de Nabila Mounib a rompu avec ses partenaires de la FGD.
- Quel groupe au Parlement ? Avec 8 élus, l’Alliance peut former un « groupement » (4 députés minimum), mais pas un groupe (20 minimum). Un groupe commun de 27 députés avec le PPS est à l’étude : Jamal El Asri, secrétaire général du PSU, le juge « possible », Nabil Benabdallah dit l’étudier. Mais un groupe permanent avec le PPS de Nabil Benabdallah ne va pas de soi. Le PPS a gouverné de 2011 à 2019 et n’a jamais fermé la porte à un retour au gouvernement si on le lui propose. Surtout, avec 19 élus, il ne lui manque qu’un seul siège pour former seul un groupe de 20, un siège qu’il pourrait trouver ailleurs. La voie la plus réaliste pour les deux gauches, l’ancienne et la nouvelle, reste peut-être une coordination ponctuelle, dossier par dossier.
- Qui mènera le peloton ? Parmi les huit élus, plusieurs sont déjà très connus. Le vrai défi sera de jouer collectif : faire primer le travail d’équipe et l’intelligence collective sur les ambitions individuelles, et écarter toute source de désaccord, subjective comme objective. Le respect de la charte interne de l’Alliance et la discipline commune seront scrutés dès les premiers jours.
- Qui tiendra la barre ? Les deux secrétaires généraux, Abdeslam El Aziz (FGD) et Jamal El Asri (PSU), ne sont pas députés. La coordination entre la direction et le groupe parlementaire sera donc décisive.
Le défi est de taille pour cette jeune équipe : être efficace, et rester à l’abri de tout écart éthique ou réglementaire. La moindre faute serait exploitée. Parmi ces huit élus, Souad Frikech porte aussi les attentes des Marocains du monde (notre entretien avec elle). Abdeslam El Aziz a déjà annoncé la couleur : « notre place est dans l’opposition » (sa déclaration à Jisr.media).
Huit députés, et l’espoir d’une gauche forte, unie et fidèle à ses principes.
Face à un Maroc à deux vitesses
Ces huit députés représentent un espoir face à un Maroc à deux vitesses. D’un côté, selon le cabinet Henley & Partners, le pays compte environ 7 500 millionnaires en dollars, dont 35 possèdent plus de 100 millions de dollars, et 4 milliardaires. Forbes en classe trois pour 2026 : Othman Benjelloun (1,7 milliard de dollars), Aziz Akhannouch (1,6 milliard) et Anas Sefrioui (1,3 milliard). De l’autre, 6,8 % de la population vit en pauvreté multidimensionnelle selon le recensement du HCP de 2024, soit environ 2,5 millions de personnes, sans compter les millions de ménages vulnérables qui vivent à la limite.
C’est sur cette fracture que la nouvelle opposition sera jugée.
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FAQ
Le chef du gouvernement a-t-il été nommé au Maroc ? Pas encore au 28 septembre 2026. Selon l’article 47 de la Constitution, le Roi doit le choisir au sein du PAM, arrivé en tête avec 97 sièges. Les noms de Fatima Ezzahra El Mansouri, Fouzi Lekjaa et Abdellatif Ouahbi circulent.
Quelle coalition peut gouverner ? La reconduction de la majorité sortante, PAM, RNI et Istiqlal, totaliserait 228 sièges, au-dessus de la majorité de 198. Le RNI de Mohamed Chaouki et l’Istiqlal de Nizar Baraka veulent rester au gouvernement.
L’Alliance de la gauche peut-elle former un groupe parlementaire ? Il faut 20 députés pour former un groupe. Avec 8 élus, l’Alliance peut former un « groupement » (4 députés minimum) ou un groupe commun avec le PPS de Nabil Benabdallah (19 sièges), soit 27 députés. Les deux partis étudient cette option.
Combien de millionnaires compte le Maroc ? Selon le cabinet Henley & Partners, environ 7 500 millionnaires en dollars, dont 35 possèdent plus de 100 millions de dollars, et 4 milliardaires. En face, 6,8 % des Marocains vivent en pauvreté multidimensionnelle selon le recensement du HCP de 2024.
Sources : Le360, Hespress (UC-MDS), Hespress (PPS), Journal24, Hespress (USFP), Règlement intérieur de la Chambre des représentants, Hespress (Henley & Partners), Le Brief (Forbes 2026).







