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Législatives du 23 septembre 2026 : l'ancien se renouvelle et le nouveau lutte pour naître !

38,02 % de participation, et seulement 22,9 % des Marocains en âge de voter : le chercheur en sociologie Mohamed Mbarki décrypte les législatives du 23 septembre 2026, du « spectacle programmatique » au « mercato électoral », jusqu'à la percée de l'Alliance de la gauche et au retour du PJD.

Mohamed Mbarki
Mohamed Mbarki
chercheur en sociologie
Législatives du 23 septembre 2026 : l'ancien se renouvelle et le nouveau lutte pour naître !

Infographie Jisr.media — chiffres de participation cités par l'auteur

Législatives du 23 septembre 2026 : l’ancien se renouvelle et le nouveau lutte pour naître !

Traduit de l’arabe par la rédaction de Jisr.media. Lire la version originale en arabe.

En attendant la diffusion d’informations détaillées sur les législatives du 23 septembre 2026, qui permettront de proposer une lecture des dimensions et des significations de cet événement du point de vue de la sociologie électorale, notamment les données sur le bilan électoral des partis politiques selon le nombre de voix et de sièges, selon les circonscriptions urbaines et rurales, les taux d’inscription et de vote dans leurs dimensions micro-territoriales, puis le poids des femmes et des jeunes, il faut relever que la régularité du calendrier électoral n’empêche pas de formuler les observations suivantes :

« PAM contre RNI » : une scène bipolaire en vitrine

Premièrement : la promotion d’une scène politique bipolaire, à travers la focalisation des médias audiovisuels et numériques sur « l’échange de tirs entre le PAM et le RNI ». Certes, cette rivalité peut exister, mais elle ne sort pas de la logique de reproduction de la même scène, et de l’exacerbation de la concurrence autour des projets et des marchés de l’après-2023, par la gestion du pouvoir exécutif et le profit tiré de l’argent public, et par la reproduction des conflits d’intérêts et du capital de rente improductif.

Une campagne de foules et de séduction

Deuxièmement : le lancement précoce de la campagne électorale sur la base d’une stratégie « concurrentielle » qui combine forte mobilisation et moyens de séduction envers les victimes de la pauvreté et de l’exclusion, afin qu’elles remplissent les salles et les stades. On promeut ainsi, dans la réalité comme sur le numérique, une image tribale parlante, porteuse d’un message : « Je suis le plus fort, je suis capable de mobiliser la plus grande foule électorale possible ! »

Deux forces, et le reste en appendice

Ce qui mérite aussi d’être relevé, c’est d’abord la réduction de la scène électorale à deux forces partisanes concurrentes et à rien d’autre, le reste n’étant que des appendices. Dès lors, ces deux « forces » se disputent un double capital : attirer les élites du privilège et de l’influence, et obtenir la « légitimité » de diriger l’alliance du pouvoir et de l’argent. La machine médiatique travaille puissamment à promouvoir cette image et à en faire le principal aliment de l’humeur générale.

Le « programme-spectacle » et le « mercato électoral »

Ensuite, la nouveauté qu’apportent les élections du 23 septembre 2026 réside dans l’absence de compétition programmatique sur les grandes questions du pays, intérieures comme extérieures. À l’exception de quelques partis qui ont tenu des rencontres et des conférences de presse pour présenter leurs programmes chiffrés, nous avons constaté que ce qui a dominé, c’est ce que l’on pourrait appeler le « spectacle programmatique » ou le « programme-spectacle ». Il a commencé par la danse, le chant et l’identification au folklore populaire, puis se sont succédé les échanges d’accusations par enregistrements audio, puis la prolifération du phénomène du « mercato électoral » : la transhumance partisane et le recyclage des élites locales et des notables, y compris des « nouveaux » notables, qui ne voient dans le parti qu’un canal de passage vers des intérêts et des positions matérielles et symboliques dans la scène de l’après-23 septembre.

« Le passage des partis de l’idée et de l’engagement collectif aux partis de la “hamza” » — Mohamed Mbarki, reprenant l’expression du sociologue Mohamed Guessous

Autrement dit, il s’agit d’une lutte et d’un conflit d’intérêts et de marchés plus que d’une compétition d’idées et de programmes ; le « parti-entreprise », incarné par des listes régionales et locales où la logique de « l’entrepreneur politique » l’a emporté sur le sacrifice du « militant » ! Ou encore le passage des partis de l’idée et de l’engagement collectif aux partis de la « hamza » (la bonne affaire), selon l’expression du regretté Mohamed Guessous.

38,02 % de participation, mais 22,9 % des adultes

Troisièmement : la faiblesse de la participation, qui a atteint environ 38,02 % au niveau national. De plus, la part des votants dans le corps électoral inscrit n’a pas dépassé 40 %, sachant que sur l’ensemble de la population en âge de voter, estimée à 26,27 millions de personnes, la participation n’a atteint que 22,9 %. Sans compter le vote blanc, c’est-à-dire les bulletins nuls, qui ont constitué un phénomène frappant dans de nombreux bureaux de vote, en attendant la publication de données détaillées à ce sujet.

Deux jeunes femmes dans un café : présents partout, sauf au bureau de vote

Que disent ces données statistiques ?

Si ces données statistiques expriment la perte de confiance dans les institutions et dans l’action partisane, et le doute sur l’utilité d’un processus électoral devenu sans véritable enjeu pour le citoyen marocain, puisqu’il produit les mêmes visages et les mêmes politiques publiques, sans effet sur le quotidien des classes sociales opprimées, les élections sont en revanche perçues comme un instrument d’ascension sociale. Une partie de la jeunesse instruite mise ainsi de plus en plus sur les élections pour réaliser des aspirations individuelles, en quête d’une mobilité sociale ascendante, dans un contexte dominé par un système complexe d’échange d’intérêts et de services. L’ascenseur social est même en panne, du fait de l’inégalité des chances et de l’avancée de la culture de la rente et de la corruption, dans l’État comme dans la société, face à la faiblesse de la résistance…

Les jeunes : du 20 février à la Génération Z, jusqu’à l’exode vers Sebta

Ces données sur la faible participation des jeunes ne sont d’ailleurs pas nouvelles. Depuis le Mouvement du 20 février, et même avant, la jeunesse marocaine a choisi d’exprimer son aspiration à une pratique politique démocratique et à une citoyenneté fondée sur le droit à la participation et à la reconnaissance. Cette aspiration a continué de s’exprimer dans la mobilisation, à travers la « Génération Z », puis sur le plan socio-territorial, avec la transformation de l’émigration en destin individuel et collectif, comme l’a montré la douloureuse réalité de l’exode massif vers la ville occupée de Sebta en juillet dernier.

Le monde rural, réservoir des partis dits administratifs

Quatrièmement : la persistance du pouvoir du monde rural à faire pencher la balance en faveur des partis dits administratifs, qui recourent à tous les mécanismes traditionnels, familiaux et clientélistes pour séduire l’électeur rural, face à la faiblesse des partis de gauche, incapables de dépasser leur présence marginale dans cet espace et de résister aux méthodes d’encerclement et d’exclusion. Nous pensons que les élections des conseils ruraux constituent une porte d’entrée importante pour déconstruire l’équation socio-électorale des campagnes marocaines, qui ont historiquement produit et reproduit des élites locales alliées de l’État.

L’Alliance de la gauche : une visibilité remarquable

Cinquièmement : la capacité de l’Alliance de la gauche, formée de la Fédération de la gauche démocratique et du Parti socialiste unifié, à créer une visibilité médiatique remarquable, dans la réalité comme en ligne, et à promouvoir des figures charismatiques montantes, alliant clarté du langage, courage des positions et forte présence sur le terrain. Elle l’a fait par une campagne intelligente, surtout sur le numérique, en attirant des élites intellectuelles et médiatiques de poids, ainsi que des créateurs de contenus symboliques et des influenceurs. Et autant nous observons un désintérêt général des jeunes pour le processus électoral, autant il existe en parallèle une représentation respectable des jeunes et des femmes dans le corps électoral de l’Alliance de la gauche, qu’il s’agisse des candidatures ou de la conduite des campagnes de communication, notamment numériques. Par exemple, de nombreux observateurs ont noté que l’Alliance de la gauche et le Parti du progrès et du socialisme ont enregistré une présence féminine importante, avec environ 25 % de candidates. Mais ces données, indépendamment des listes régionales, des programmes électoraux et des questions d’équité et d’égalité, peuvent cacher certaines réalités et questions : combien de femmes ont conduit des listes locales ? Combien d’entre elles ont réussi à décrocher un siège parlementaire ? etc.

La politique, grande perdante

Si le grand perdant de cette arène « électorale » est la politique dans son sens noble, productrice d’idées et d’alternatives, et l’affaiblissement du pouvoir et de la force du « vote » pour influencer, sanctionner et changer, nous nous retrouvons face à des élections sans véritables enjeux, qui devraient pourtant tirer leur architecture d’une conscience réelle des défis du pays sur les questions liées à la dignité du citoyen et à l’avenir de la nation : l’autonomie, la normalisation, l’emploi, la santé, l’éducation, l’émigration, les libertés publiques…

Vers une scène plus dynamique face au gouvernement du PAM

Nous ne prendrons pas de risque en supposant que, malgré l’inégalité des règles du combat électoral, due à l’alliance de l’argent politique et des notables, et au manque de maîtrise du métier, c’est-à-dire le métier des élections dans son sens scientifique et éthique, pour l’Alliance de la gauche, le retour de loin du Parti de la justice et du développement et son positionnement précoce dans le camp de l’opposition, puis l’amélioration de la position parlementaire de l’Alliance de la gauche, nous placeront sans doute devant une scène politique dynamique. Ce sera un véritable laboratoire de la capacité à construire des alliances influentes, par l’union créative de la voix de l’institution et de la voix de la rue, en particulier pour l’Alliance de la gauche, restée proche des différents mouvements sociaux qu’a connus la société marocaine. Ces mouvements ne manqueront pas de s’intensifier face à des indicateurs socio-économiques inquiétants : chômage des jeunes, vie chère et faiblesse du pouvoir d’achat, sous un gouvernement dirigé par une expression partisane qui tire la légitimité de son existence de l’alliance de l’argent et du pouvoir.

Toutes ces données donneront d’autres sens au terrain de la lutte sociale, surtout à la lumière de la composition gouvernementale attendue, qui sera dirigée par le Parti Authenticité et Modernité, poursuivi par le complexe de sa naissance et de sa genèse, par le mélange de l’argent politique et des conflits d’intérêts, par sa proximité avec le pouvoir et par sa logique d’absorption.

Mohamed Mbarki Chercheur en sociologie


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Questions fréquentes

Quel est le taux de participation aux législatives du 23 septembre 2026 au Maroc ? La participation a atteint 38,02 % des inscrits. Mais sur les 26,27 millions de Marocains en âge de voter, selon l’auteur, seuls 22,9 % ont voté.

Pourquoi les jeunes Marocains boudent-ils les urnes ? Pour le sociologue Mohamed Mbarki, les élections reproduisent les mêmes visages et les mêmes politiques, sans effet sur le quotidien. Les jeunes s’expriment ailleurs : Mouvement du 20 février, Génération Z, et jusqu’à l’émigration.

Qu’est-ce que le « mercato électoral » ? C’est l’expression de l’auteur pour désigner la transhumance partisane et le recyclage des notables et des élites locales d’un parti à l’autre, à la recherche d’intérêts et de positions après le 23 septembre.

Quel bilan pour l’Alliance de la gauche ? L’Alliance de la FGD d’Abdeslam El Aziz et du PSU de Jamal El Asri a obtenu 8 sièges. Selon l’auteur, elle a réussi une visibilité remarquable, surtout en ligne, avec une place importante pour les jeunes et les femmes.

Sujets :🗳️ Élections et gouvernement au Maroc
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