Les scénarios possibles de la prochaine coalition gouvernementale
Traduit de l’arabe par la rédaction de Jisr.media. Lire la version originale en arabe.
En application de l’article 47 de la Constitution, le Roi devrait nommer le chef du gouvernement au sein du Parti Authenticité et Modernité (PAM), arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants. Il relève des prérogatives constitutionnelles du Roi de nommer qui il veut parmi les membres de ce parti, selon son pouvoir d’appréciation souverain. C’est une compétence exclusive du Roi, son domaine propre.
Une fois le chef du gouvernement nommé, selon la procédure constitutionnelle et la méthode démocratique prévues par l’article 47, le chef du gouvernement désigné entamera une série de négociations et de consultations avec les partis représentés au Parlement pour former le gouvernement.
Bien entendu, associer des partis politiques à la formation du gouvernement n’est pas une simple affaire de sièges suffisants pour garantir une majorité. C’est plus large et plus profond que cela. Il faut tenir compte du principe de cohérence entre les composantes du gouvernement, de la proximité des thèses politiques, indépendamment des orientations idéologiques, et d’un accord sur la répartition des portefeuilles ministériels. Enfin, le chef du gouvernement désigné propose au Roi les membres du gouvernement, en vue de sa nomination.
Quels scénarios possibles ?
D’emblée, nous excluons la participation du Rassemblement national des indépendants (RNI) au futur gouvernement, pour des raisons politiques et prospectives. L’image du parti est sombre dans l’esprit et l’imaginaire des citoyennes et des citoyens, en raison d’un bilan gouvernemental antisocial : il a appauvri les pauvres, enrichi les riches, et creusé les inégalités sociales comme jamais dans l’histoire du Maroc, avec l’échec avéré du Plan Maroc Vert et du Plan Halieutis, les ratés de la généralisation de la couverture médicale, le recul de l’enseignement et l’aggravation du chômage des jeunes.
Certes, le bilan du gouvernement engage l’ensemble de la coalition, au nom du principe de la reddition des comptes. Mais pendant la campagne des législatives du 23 septembre 2026, le PAM a imputé les échecs du gouvernement au parti de la colombe, alors que l’action gouvernementale est régie par le principe de solidarité. Je m’attends donc à ce que le RNI ne soit pas associé au futur gouvernement. L’éviction du chef du gouvernement Aziz Akhannouch équivaut d’ailleurs à un limogeage de la présidence du RNI, et porte de nombreux messages qui ont pesé sur les résultats des législatives du 23 septembre 2026 : le parti est passé de la première place en 2021 à la deuxième aujourd’hui.
Par ailleurs, le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD) a annoncé que la place naturelle de son parti est l’opposition, et non la participation au gouvernement. Le Conseil national du parti, instance habilitée, a tranché en ce sens le samedi 26 septembre 2026. Mais toutes les hypothèses restent ouvertes : le parti pourrait s’orienter vers une participation sous conditions s’il recevait des signaux du pouvoir. Le PJD fait preuve de machiavélisme et de pragmatisme quand il s’agit de sa participation au gouvernement, d’autant qu’Abdelilah Benkirane partage avec le PAM le rejet d’un régime de monarchie parlementaire. Leurs divergences portent donc sur des détails qui peuvent être surmontés.
À la lumière de ce qui précède, voici les hypothèses possibles d’alliances pour former le gouvernement.
Hypothèse 1 : le PAM avec le PJD
Un gouvernement formé du PAM (97 sièges), de l’Istiqlal (65 sièges), du PJD (54 sièges) et du PPS (19 sièges), soit 235 sièges. C’est un nombre suffisant et confortable pour garantir une majorité, la Chambre des représentants comptant 395 membres et la majorité étant de 198.
Le lecteur se demandera s’il est possible que le PJD participe au gouvernement, alors que son Conseil national a choisi l’opposition.
À notre avis, l’expérience accumulée par le PJD en deux mandats à la tête du gouvernement, ses liens étroits avec le Parti du progrès et du socialisme (PPS) et l’affection qu’il porte à l’Istiqlal pourraient ouvrir la voie à une ouverture du PJD vers le PAM et à son acceptation de participer au prochain gouvernement.
Certes, le PJD a une position hostile au PAM, qu’il accuse de corruption et d’être le « parti de l’État ». Mais le pragmatisme de sa direction pourrait l’amener à revoir sa décision pour des raisons stratégiques, d’autant qu’Abdelilah Benkirane a répété à maintes reprises que le Roi est celui qui gouverne et le garant de la stabilité du Maroc. C’est pourquoi les intérêts du PJD rejoignent ceux du parti du tracteur, qui partage la même thèse.
Hypothèse 2 : sans le PJD, avec le Mouvement populaire et le PPS
Si le Conseil national du PJD maintient son refus de participer, le PAM construira une coalition sans lui. Le gouvernement pourrait alors être formé du PAM (97 sièges), de l’Istiqlal (65 sièges), du Mouvement populaire (29 sièges) et du PPS (19 sièges), soit 210 sièges.
Cette alliance est plus proche de la réalité, car il n’existe aucun conflit politique entre ces partis, si ce n’est la doctrine socialiste et progressiste propre au PPS. Mais celle-ci ne l’empêche pas de participer au gouvernement, le parti ne croyant pas à la politique de la chaise vide.
Hypothèse 3 : avec l’USFP
Le gouvernement pourrait aussi naître d’une alliance entre le PAM (97 sièges), l’Istiqlal (65 sièges), le Mouvement populaire (29 sièges) et l’Union socialiste des forces populaires (USFP, 26 sièges), soit 217 sièges, une marge confortable au-delà du seuil constitutionnel de la majorité.
Pourquoi inclure l’USFP ? Parce que, sous le gouvernement d’Aziz Akhannouch, le parti a mené une politique faite de positions qui n’étaient ni vraiment d’opposition, ni ouvertement de soutien au gouvernement, mais d’une ambiguïté manifeste. L’objectif de son premier secrétaire est de participer au gouvernement, sans conditions préalables. Aujourd’hui, Driss Lachgar serait très heureux que son parti soit associé au prochain gouvernement.
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