Troisième article de notre lecture du projet de loi de finances 2027. Après les 25 milliards des territoires et ce que le Parlement ne vote pas vraiment, voici l’argent des entreprises publiques. Nos sources : le texte du projet de loi n° 60.26 et sa note de présentation (243 pages), déposés le 20 octobre à la Chambre des représentants.
On les appelle les « EEP » : établissements et entreprises publics. L’OCP, Royal Air Maroc, l’ONCF, l’ONEE, Bank Al-Maghrib, la Conservation foncière, Barid Al-Maghrib, Autoroutes du Maroc… Ils sont 274 à la fin de septembre 2026, selon la note de présentation du PLF.
Combien pèsent-ils ?
421,6 Mds
Chiffre d'affaires 2025
+16 % sur un an
124,4 Mds
Investissements 2025
+22 %
28,5 Mds
Résultat net 2025
+23 %
20,6 Mds
Versés au budget de l'État en 2025
plus du double de 2020
Pour 2027, le gouvernement prévoit 251 milliards de dirhams d’investissements des entreprises publiques (Fonds Mohammed VI pour l’investissement compris), sur un effort public total de 400 milliards. Autrement dit, plus de six dirhams sur dix de l’investissement public passent par elles, et non par le budget des ministères que les députés examinent ligne par ligne.
Qui remplit les caisses de l’État ?
Le PLF attend 28 milliards de dirhams de ce qu’il appelle les « monopoles, exploitations et participations financières de l’État ». Le détail figure dans le tableau des recettes :
7,2 Mds
Conservation foncière (ANCFCC)
premier contributeur
6,4 Mds
Groupe OCP
dividendes
5,1 Mds
Bank Al-Maghrib
résultat versé à l'État
400 M
Autoroutes du Maroc
350 M
Barid Al-Maghrib
« pour mémoire »
Royal Air Maroc
terme du PLF : ligne ouverte, aucun montant prévu
Premier constat : le premier contributeur n’est pas l’OCP, mais l’Agence nationale de la conservation foncière. Son argent vient des droits payés par les citoyens quand ils immatriculent un terrain, achètent un logement ou inscrivent une hypothèque. Y compris les Marocains du monde qui achètent au pays.
L’OCP : 6,4 milliards, et une question
Le groupe OCP versera 6,4 milliards de dirhams de dividendes à l’État en 2027, selon le PLF. C’est beaucoup. Mais c’est aussi le groupe qui a doté l’Université Mohammed VI Polytechnique d’un capital d’environ 38 milliards de dirhams en un peu plus de dix ans, sans que l’université publie ses comptes, comme nous l’avons documenté dans notre enquête. La comparaison n’est pas une accusation : elle donne un ordre de grandeur. Le Parlement vote le dividende de l’OCP ; il ne voit pas ce que le groupe décide de financer ailleurs.
Royal Air Maroc : rien à recevoir, de l’argent à donner
Dans le tableau des recettes, la ligne « bénéfices provenant de la Compagnie nationale Royal Air Maroc » existe, mais elle est inscrite « pour mémoire » : aucun dividende attendu en 2027.
Dans l’autre sens, l’argent circule bien. Le décret 2.26.395 du 20 mai 2026, que l’article 20 du PLF demande au Parlement de ratifier (voir notre deuxième article), a ouvert 20 milliards de crédits supplémentaires. Selon la note de présentation, 4 milliards étaient destinés à renforcer le capital d’entreprises publiques, en particulier l’ONCF (prolongement de la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech) et Royal Air Maroc (contrat-programme 2023-2037, renforcement de la flotte). La répartition entre les deux n’est pas donnée.
Royal Air Maroc n’a toujours pas répondu aux questions de notre enquête, dont le délai de réponse expirait le 23 octobre.
6 milliards de privatisations… lesquelles ?
Le PLF inscrit 6 milliards de dirhams au titre de la « cession de participations de l’État ». Ni le texte de loi ni la note de présentation ne disent quelles entreprises, ou quelles parts, seront vendues. Les députés vont donc voter une recette de 6 milliards sans savoir d’où elle viendra.
Une réforme en chantier
La note de présentation détaille la réforme lancée par la loi-cadre 50.21 de 2021 :
- Transformations en sociétés anonymes déjà faites (ONHYM et Office national des ports) et annoncées pour 2027 : ONCF, ONEE, Office national des pêches, entre autres.
- Douze sociétés régionales multiservices pour l’eau et l’électricité, en activité depuis 2025.
- Un projet de loi sur le contrôle financier de l’État et un autre créant un organisme central de liquidation des entreprises publiques dissoutes.
- Un délai moyen de paiement des fournisseurs ramené à 35,6 jours.
Transformer un office en société anonyme peut améliorer sa gestion. Cela peut aussi l’éloigner un peu plus du regard du Parlement : une société anonyme rend des comptes à son conseil d’administration, pas aux députés.
Ce lundi 26 octobre au Parlement : l'enseignement supérieur face aux questions
Pendant que les députés examinent le PLF, la séance des questions orales de ce 26 octobre porte sur l'enseignement supérieur, la recherche scientifique et l'innovation. Le ministre Azzeddine El Midaoui, reconduit le 16 octobre dans le gouvernement El Mansouri, y est attendu. Le PLF 2027 accorde à son ministère 1 920 postes budgétaires, sur les 33 954 répartis entre les ministères. Voici les cinq questions que les étudiants et les familles attendent, de l'encadrement (≈ 63 étudiants par enseignant permanent) à la recherche (0,66 % du PIB).

La question finale : après cinq ans de réformes depuis 2021, le ministre peut-il citer trois indicateurs qui se sont améliorés pour les étudiants, et trois pour les enseignants-chercheurs, avec des chiffres précis et vérifiables ? Nos pages restent ouvertes à ses réponses.
Les questions que les députés peuvent poser
- Quelles participations de l'État seront vendues pour atteindre 6 milliards ?
- Combien, sur les 4 milliards de mai 2026, sont allés à Royal Air Maroc, et à quelles conditions ?
- Pourquoi aucun dividende de RAM n'est-il prévu, alors que la compagnie annonçait un bénéfice en 2024 ?
- Comment le Parlement suivra-t-il les 251 milliards d'investissements des entreprises publiques ?
Nos pages restent ouvertes aux entreprises citées, aux députés et à nos lecteurs : [email protected].
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Questions fréquentes
Combien les entreprises publiques rapportent-elles à l’État ?
Selon la note de présentation du PLF 2027, les 274 établissements et entreprises publics ont versé 20,6 milliards de dirhams au budget général en 2025. Pour 2027, l’État attend 28 milliards de ses « monopoles, exploitations et participations financières », et 6 milliards de cessions de participations.
Combien l’OCP verse-t-il à l’État en 2027 ?
Le projet de loi de finances inscrit 6,4 milliards de dirhams de dividendes du groupe OCP pour 2027. La Conservation foncière (ANCFCC) est le premier contributeur, avec 7,2 milliards.
Que signifie « pour mémoire » pour Royal Air Maroc ?
La ligne « bénéfices de Royal Air Maroc » existe dans le tableau des recettes, mais sans montant : l’État n’attend aucun dividende de la compagnie en 2027. Un décret de mai 2026 a au contraire prévu 4 milliards de dirhams pour renforcer le capital de l’ONCF et de RAM.
Quelles entreprises seront privatisées ?
Le PLF 2027 prévoit 6 milliards de dirhams de recettes tirées de la cession de participations de l’État, mais ni le texte ni la note de présentation ne nomment les entreprises concernées.







