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📚 Dossier : Loi de finances 2027

Projet de loi de finances 2027 : le Conseil des ministres fixe cinq priorités et 25 milliards de dirhams pour les territoires

Le Roi Mohammed VI a présidé ce samedi 17 octobre un Conseil des ministres consacré aux orientations du projet de loi de finances 2027, présenté par Fouzi Lekjaa. Pouvoir d'achat, jeunes, régions, souveraineté, investissement : voici le communiqué du Cabinet royal, et ce que Jisr.media suivra de près, en particulier pour les Marocains du monde.

🕒 Mise à jour : 17 octobre 2026, 18h
Projet de loi de finances 2027 : le Conseil des ministres fixe cinq priorités et 25 milliards de dirhams pour les territoires

Fouzi Lekjaa, ministre de l'Économie, des Finances et de la Performance publique. Photo : Amsttu, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 · Montage Jisr.media

Le Roi Mohammed VI a présidé ce samedi 17 octobre 2026, au Palais royal de Rabat, un Conseil des ministres consacré aux orientations générales du projet de loi de finances (PLF) pour 2027. C’est le premier budget du gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri, nommé il y a quelques jours, et c’est Fouzi Lekjaa, nouveau ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, qui l’a présenté.

Voici ce qu’il faut en retenir, le communiqué intégral du Cabinet royal, et la façon dont Jisr.media va suivre ce dossier.

Projet de loi de finances 2027 : 4,7 % de croissance attendue fin 2026, 0,7 % d’inflation, 3 % de déficit, 25 milliards de dirhams pour le développement territorial

L'ESSENTIEL EN CHIFFRES
4,7 %
croissance attendue à la fin de 2026
0,7 %
inflation contenue
3 %
déficit budgétaire visé, en part du PIB
25 Mds DH
pour la nouvelle génération de programmes de développement territorial

Cinq priorités, une pour chaque grand chantier

  1. Le pouvoir d’achat et l’État social : une réforme « structurelle » des marchés et des prix à partir de 2027, la hausse de l’aide sociale directe, la généralisation de la couverture santé, la mise à niveau de l’école et de l’hôpital publics, et l’aide directe au logement.
  2. Les jeunes : un programme national intégré pour 2027-2031, de la formation à l’emploi, avec un accès facilité au financement et aux garanties.
  3. Les régions : accélérer la régionalisation avancée, revoir les compétences des régions, et appliquer pleinement la charte de la déconcentration administrative.
  4. La souveraineté dans l’eau, l’énergie, l’alimentation et le numérique : énergies renouvelables, hydrogène vert, feuille de route des infrastructures gazières.
  5. Une économie capable de financer ces ambitions, avec la stabilité des grands équilibres et de nouvelles filières industrielles « souveraines ».

Le communiqué insiste sur deux points. L’investissement privé, avec la charte de l’investissement, la réforme des centres régionaux d’investissement (CRI) et les très petites, petites et moyennes entreprises. Les jeunes, avec un constat franc : les programmes sectoriels dispersés « ont montré leurs limites », et il faut passer à une politique nationale qui suive les jeunes de l’école jusqu’à l’emploi et au logement. Ce sont les mêmes mots que ceux du discours royal d’ouverture du Parlement.

« Passer de la multiplicité des programmes sectoriels dispersés, qui ont montré leurs limites, à une politique nationale intégrée. »

0,7 % d’inflation : un chiffre réaliste ?

Pour 2026, le chiffre tient la route sur le papier. Bank Al-Maghrib, dans le communiqué de son Conseil du 22 septembre, prévoit exactement 0,7 % pour l’ensemble de l’année. L’inflation n’a été que de 0,3 % en moyenne sur les huit premiers mois.

Mais pourquoi est-elle si basse, alors que le baril de pétrole Brent passe, selon la banque centrale, de 68,2 dollars en moyenne en 2025 à 87,2 dollars en 2026 ? Bank Al-Maghrib donne trois raisons :

  • la baisse des prix de certains produits alimentaires, notamment l’huile d’olive, après une bonne récolte ;
  • les subventions versées aux professionnels du transport routier ;
  • le maintien des prix du gaz butane et de l’électricité.

Autrement dit, ce 0,7 % n’est pas un signe que les prix se sont calmés tout seuls. C’est une moyenne tirée vers le bas par l’alimentation, et tenue par l’argent public. Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) le montre déjà : en août 2026, les prix ont augmenté de 0,8 % en un seul mois, sous l’effet de l’alimentation et des produits non alimentaires, carburants en tête. Pour les ménages qui font le plein ou prennent le transport, la « vie chère » ne se lit pas dans la moyenne.

Un chiffre bas, tiré par l'huile d'olive et tenu par les subventions : la vraie question, c'est 2027.

Pour 2027, les signaux vont dans l’autre sens. Bank Al-Maghrib prévoit une remontée à 1,5 %, et l’inflation dite « sous-jacente » (hors produits les plus volatils) passerait de -0,2 % en 2026 à 2,2 % en 2027. Les experts du secteur financier interrogés par la banque centrale tablent sur 2,1 % en moyenne sur les deux prochaines années. Or le projet de loi de finances annonce une « réforme structurelle des marchés et des prix » dès 2027. Si elle touche aux prix aujourd’hui soutenus, comme le gaz butane, l’inflation pourrait monter plus vite que prévu.

Et la croissance, et le déficit ? Les écarts existent aussi :

Communiqué du Conseil des ministresBank Al-Maghrib (22 septembre)
Croissance 20264,7 %4,4 %
Croissance 2027non précisée2,9 %
Inflation 20260,7 %0,7 %
Inflation 2027non précisée1,5 %
Déficit budgétaireramené à 3 % du PIB3,4 % en 2026, 3,5 % en 2027 (hors privatisations)

La banque centrale voit donc une croissance plus faible, qui ralentirait nettement en 2027 avec une récolte céréalière moyenne, et un déficit plus élevé que l’objectif de 3 %. Ce ne sont pas des contradictions : chacun fait ses hypothèses. Mais elles devront être expliquées quand le projet détaillé sera déposé au Parlement. Nos questions au ministère des Finances : quelle inflation le PLF retient-il pour 2027, quels prix la « réforme structurelle » va-t-elle toucher, et combien coûteront les subventions qui tiennent aujourd’hui les prix ?

Le communiqué intégral du Cabinet royal

Traduction de la rédaction. Le texte original, en arabe, est publié dans la version arabe de cet article.

Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a présidé ce samedi 17 octobre 2026, correspondant au 5 Joumada Al Oula 1448 de l’Hégire, au Palais royal de Rabat, un Conseil des ministres consacré à la délibération et à l’adoption des orientations générales du projet de loi de finances au titre de l’année 2027.

Au début des travaux du Conseil, et conformément aux dispositions de l’article 49 de la Constitution, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique a présenté devant Sa Majesté le Roi un exposé sur les grandes lignes du projet de loi de finances pour l’année 2027.

Le ministre a souligné que ce projet intervient dans un contexte mondial perturbé, marqué par le coût croissant des conflits géostratégiques, l’extension des tendances protectionnistes et une concurrence accrue autour de l’énergie, de la technologie et des financements.

Face à ces mutations, notre pays continue, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi, que Dieu L’assiste, de consolider les fondements de sa résilience et de renforcer la dynamique de son économie : l’économie nationale devrait enregistrer une croissance de l’ordre de 4,7 % à la fin de cette année, avec une inflation contenue autour de 0,7 %, et un déficit budgétaire attendu en baisse à 3 % du produit intérieur brut.

Le projet de loi de finances pour l’exercice 2027 s’articule autour des cinq priorités suivantes :

  • Premièrement : restaurer le pouvoir d’achat et consolider les fondements d’un État social durable. À partir de 2027, une réforme structurelle des marchés et des prix sera engagée, avec un ensemble de mesures visant à soutenir le pouvoir d’achat des citoyens, poursuivre la généralisation de la couverture médicale et garantir la pérennité de ses régimes, et relever le montant de l’aide sociale directe, en plus de redoubler d’efforts pour la mise à niveau des systèmes publics de santé et d’éducation et de renforcer l’accès à un logement décent, à travers la mise en œuvre du programme d’aide directe au logement.
  • Deuxièmement : intégrer les jeunes dans l’éducation, la formation et l’emploi décent. Le gouvernement lancera un programme national intégré pour les jeunes 2027-2031, fondé sur leur orientation vers un ensemble de programmes de formation, d’accompagnement professionnel et de facilitation de l’accès au financement, à la garantie et aux marchés.
  • Troisièmement : accélérer la mise en œuvre de la régionalisation avancée et de la nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré, en application des Hautes orientations royales relatives à la refonte des compétences de la région selon une logique de clarté et d’efficacité, et au renforcement des mécanismes de coordination et de contractualisation entre l’État et les régions, parallèlement à la pleine activation de la charte de la déconcentration administrative.
  • Quatrièmement : renforcer la souveraineté stratégique hydrique, énergétique, alimentaire et numérique, de manière à garantir la sécurité stratégique en eau, accélérer le programme de développement des énergies renouvelables, poursuivre la mise en œuvre de l’Offre Maroc pour l’hydrogène vert et la mise en œuvre progressive de la feuille de route des infrastructures gazières, parallèlement à un ensemble de mesures pour garantir la sécurité alimentaire et renforcer la souveraineté numérique nationale.
  • Cinquièmement : bâtir une économie forte, capable de financer l’ambition sociale et souveraine, tout en accélérant les réformes institutionnelles et en garantissant la stabilité des équilibres macroéconomiques et financiers, afin d’assurer le financement nécessaire à l’accélération des chantiers, des grands projets de développement et des stratégies sectorielles dans les différents domaines, et de développer de nouveaux écosystèmes industriels souverains.

Le projet de loi de finances pour l’année 2027 accorde une attention particulière au renforcement de l’investissement privé, à travers la consolidation des mécanismes de soutien prévus par la charte de l’investissement et la poursuite de la réforme des centres régionaux d’investissement, en mettant l’accent sur l’appui aux très petites, petites et moyennes entreprises.

Le projet de loi de finances pour l’année 2027 accorde également une importance particulière aux préoccupations des jeunes, qui constituent les questions les plus importantes et les plus urgentes de l’étape actuelle. Cela impose de passer de la multiplicité des programmes sectoriels dispersés, qui ont montré leurs limites, à une politique nationale intégrée de suivi du parcours des jeunes, de l’éducation et la formation jusqu’à l’emploi et au logement, qui leur garantisse la stabilité économique et sociale.

En application des Hautes orientations royales, la mise en œuvre de la nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré sera accélérée, avec l’affectation de crédits estimés à 25 milliards de dirhams.

Et maintenant ? Le calendrier

Après ce Conseil des ministres, le projet de loi de finances doit être déposé au Parlement, à la Chambre des représentants, au plus tard le 20 octobre, comme le prévoit la loi organique relative à la loi de finances. Commenceront alors les débats en commission, puis les votes des deux Chambres. C’est à ce moment que les chiffres détaillés seront connus : les montants par ministère, les mesures fiscales, les dépenses fiscales (les exonérations), et l’endettement prévu.

Ce que nous allons suivre, surtout pour les Marocains du monde

Le communiqué ne mentionne pas les Marocains du monde. Pourtant, ils pèsent lourd dans les comptes du pays : leurs transferts dépassent les 115 milliards de dirhams par an, et seule une petite part, de l’ordre de 10 %, va à l’investissement. Nous l’avons documenté dans notre décryptage sur les transferts et la fiscalité, et dans l’épisode consacré aux transferts de notre série sur le budget 2027.

Jisr.media suivra ce dossier de près, avec ces questions :

  • L’investissement des Marocains du monde : la charte de l’investissement et la réforme des CRI prévoient-elles enfin des mesures concrètes pour la diaspora, et quel sort pour la plateforme d’investissement qui leur avait été annoncée ?
  • Le logement : l’aide directe au logement, ouverte aussi aux Marocains résidant à l’étranger, sera-t-elle reconduite en 2027, et avec quel budget ?
  • La fiscalité : quelles nouvelles exonérations, et pour qui ? Nous avons montré que ces dépenses fiscales dépassent le budget de la Santé et que 39 d’entre elles n’ont jamais été chiffrées.
  • Les jeunes de la diaspora : le programme national 2027-2031 s’adressera-t-il aussi aux jeunes qui veulent revenir travailler ou entreprendre au Maroc ?
  • Les régions d’origine : les 25 milliards de dirhams de développement territorial toucheront-ils les régions dont viennent beaucoup de Marocains du monde, l’Oriental, le Souss, le Rif ?
  • La santé et les retraites : la « pérennité des régimes » de couverture médicale, alors que l’assurance maladie finance surtout le privé, et que le trou des retraites reste sans réponse.

Notre conclusion : du concret, pas des chiffres de façade

Un taux d’inflation de 0,7 %, une croissance de 4,7 %, un déficit ramené à 3 % : sur le papier, le tableau est flatteur. Mais les Marocains ne vivent pas dans une moyenne. Ils vivent au prix du plein d’essence, du panier au marché, du loyer, du médecin, de l’école des enfants. Ce qu’ils attendent de ce budget, ce n’est pas un chiffre bien présenté, c’est un changement qu’ils peuvent vérifier dans leur quotidien. Les Marocains du monde, eux, attendent des mesures précises, pas une mention de plus dans un discours.

Jisr.media jugera donc ce projet de loi de finances sur pièces : aux montants réellement inscrits, aux prix réellement payés, et aux promesses réellement tenues.

Vous êtes Marocain du monde et vous avez une question sur ce budget ? Écrivez-nous à [email protected] : nous la poserons, et nous publierons les réponses. Nos pages restent ouvertes, y compris au ministère des Finances.

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