Le communiqué du Cabinet royal sur le projet de loi de finances (PLF) 2027, publié ce samedi 17 octobre, ne mentionne pas une seule fois les Marocains du monde. Ni dans le contexte économique, ni dans les cinq priorités, ni dans les mesures sur l’investissement ou sur les jeunes. C’est la première chose qui frappe à la lecture : nous avons publié le texte intégral hier, chacun peut le vérifier.
Ce n’est qu’une annonce des grandes orientations : le texte détaillé doit être déposé au Parlement au plus tard le 20 octobre, et des mesures peuvent encore y figurer. Mais un communiqué de cette importance dit ce qu’un gouvernement met en avant. Et cette fois, la diaspora n’y est pas.
Un levier économique majeur, et pas une ligne
Les chiffres sont connus. Selon l’Office des changes, les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont dépassé 122 milliards de dirhams en 2025, contre près de 119 milliards en 2024. C’est près de cinq fois les 25 milliards prévus pour tout le développement territorial. Ces transferts font vivre des familles, soutiennent la consommation, financent des logements et compensent une large part du déficit commercial, comme nous l’avons montré dans notre série sur le budget 2027.
Et pourtant, seule une petite part de cet argent va à l’investissement productif, autour de 10 % selon notre décryptage sur la fiscalité. C’est précisément là qu’une loi de finances peut agir : incitations, accompagnement, guichets simplifiés. Le communiqué parle longuement de la charte de l’investissement, des centres régionaux d’investissement et des petites entreprises… sans jamais dire si les Marocains du monde sont concernés.
Plus de 122 milliards de dirhams transférés en 2025, et pas une ligne dans les cinq priorités du budget.
Un silence qui s’ajoute à d’autres
Ce silence n’arrive pas seul. Lors des législatives du 23 septembre, les Marocains du monde ont pu voter par procuration, mais ils sont restés quasi absents comme candidats, sans circonscription ni siège qui leur soit réservé. Des associations de la diaspora ont dénoncé une « exclusion » des Marocains du monde, et même la presse étrangère qui couvrait le scrutin a relevé ce « grand absent ». Notre lecture du discours d’ouverture du Parlement relevait déjà que la diaspora n’y était pas évoquée.
Il y a pourtant un chantier ouvert au plus haut niveau. Dans son discours du 6 novembre 2024, le Roi a annoncé la réforme du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) et la création d’une Fondation Mohammedia des Marocains résidant à l’étranger, chargée de coordonner la politique publique en leur faveur, avec notamment un dispositif national de mobilisation des compétences de la diaspora. Près de deux ans plus tard, nous n’avons trouvé aucun texte officiel attestant la création de cette fondation ni l’adoption de la nouvelle loi sur le CCME. Le PLF 2027 dira-t-il avec quels moyens ce chantier sera enfin financé ?
Nos cinq questions au gouvernement
Ces questions s’adressent à Fouzi Lekjaa, ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, et à Nasser Bourita, dont le ministère des Affaires étrangères a aussi la charge des Marocains résidant à l’étranger :
- Quelle part du PLF 2027 est consacrée spécifiquement aux Marocains du monde ? Un montant, une ligne budgétaire, pas une formule générale.
- Quels nouveaux services seront financés dans les consulats ? Rendez-vous, délais, numérisation, présence dans les villes éloignées : ce sont les premiers contacts des Marocains du monde avec leur administration.
- Quelles mesures faciliteront l’investissement des Marocains du monde ? La charte de l’investissement et la réforme des CRI prévoient-elles un volet pour la diaspora, et qu’en est-il de la plateforme d’investissement qui leur a été annoncée ?
- Quels objectifs chiffrés pour attirer les compétences marocaines à l’étranger ? Combien de médecins, d’ingénieurs, de chercheurs, d’entrepreneurs, et avec quel budget pour le dispositif annoncé en 2024 ?
- Pourquoi aucun axe spécifique aux Marocains du monde parmi les cinq priorités ? Est-ce un oubli de communication, ou un choix ?
Le vrai test : le texte détaillé
Le message politique est clair. Après la mise à l’écart des Marocains du monde lors des élections, ce premier budget du gouvernement El Mansouri était l’occasion de leur montrer qu’ils comptent autrement que par leurs transferts. Le communiqué ne le fait pas. Le texte détaillé, et les débats au Parlement, diront si ce silence était un oubli ou un choix.
Jisr.media lira ce texte ligne par ligne et posera ces questions aux groupes parlementaires, de la majorité comme de l’opposition. Nos pages restent ouvertes au ministère de l’Économie et des Finances comme au ministère des Affaires étrangères pour y répondre.
Vous êtes Marocain du monde ? Dites-nous ce que vous attendez de ce budget : consulats, investissement, retour, retraite, fiscalité. Écrivez-nous à [email protected]. Vos réponses nourriront nos prochains articles.
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