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Récits de la mémoire
📚 Dossier : Récits de la mémoire

Récits de la mémoire (1) — Le retour impossible

Premier épisode de « Récits de la mémoire », la série de Charaf Rifai. Docteur en chimie formé à Toulouse, il raconte son retour manqué au Maroc en 1989, et comment il a fini par construire sa vie en France — sans jamais renier son pays.

Récits de la mémoire (1) — Le retour impossible

Récits de la mémoire (1) — Le retour impossible

Chaque jour cette semaine, jisr.media publie un nouvel épisode de « Récits de la mémoire », la série de Charaf Rifai. Docteur en chimie formé à l’université de Toulouse, resté engagé des deux côtés de la Méditerranée, il a été élu adjoint au maire en France pendant douze ans et milite aujourd’hui au sein de la Fédération de la Gauche Démocratique. Dans cette série, il revient sur les moments qui ont façonné sa trajectoire — entre le Maroc de son enfance et la France où il a construit sa vie.


Récit 1

Quand j’ai obtenu mon doctorat en chimie à l’université de Toulouse, j’ai décidé de rentrer au Maroc pour contribuer au développement de mon pays et le servir. J’ai fait ce qu’il fallait : j’ai envoyé des candidatures à différentes facultés des sciences du Royaume, sans réponse. Certains entretiens relevaient du pur opportunisme : on m’accordait un rendez-vous, on me demandait une copie de ma thèse « pour garnir leurs archives », puis plus rien.

J’ai fini par rencontrer un ami cher, qui avait étudié avec moi et obtenu un diplôme d’ingénieur d’application ; il m’a arrangé un rendez-vous avec le directeur des ressources humaines. Le jour venu, j’ai attendu de longues heures, pendant lesquelles défilaient les « fils à papa ». Après cette longue attente, la personne qui m’a reçu a été honnête avec moi : tous ceux qui étaient passés avant moi venaient pour la même chose, et tous les postes étaient déjà attribués. Son conseil : si c’était possible, retourner en France pour y construire ma carrière.

C’était en 1989, à l’époque où les barques de la mort traversaient la Méditerranée vers l’autre rive. Moi, j’avais choisi de rentrer dans mon pays — et je le referais. Même si j’ai depuis régularisé ma situation en France, obtenu la nationalité française, exercé l’enseignement, et été élu adjoint au maire pendant douze ans, je n’ai jamais gardé rancune envers mon pays. Je suis resté, et je resterai toujours, un militant au sein de la Fédération de la Gauche Démocratique en France, où j’assume des responsabilités au sein du secrétariat régional du parti. Mais je n’ai jamais et ne garderai jamais rancune envers mon pays.

— À suivre demain : le deuxième récit.

Sujets :🌍 Marocains du monde et diaspora📖 Mémoire et histoire
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