Récits de la mémoire (5/7) — La campagne d’El Malki, et le bac à Montpellier
Chaque jour cette semaine, jisr.media publie un nouvel épisode de « Récits de la mémoire », la série de Charaf Rifai. Docteur en chimie formé à l’université de Toulouse, resté engagé des deux côtés de la Méditerranée, il a été élu adjoint au maire en France pendant douze ans et milite aujourd’hui au sein de la Fédération de la Gauche Démocratique. Dans cette série, il revient sur les moments qui ont façonné sa trajectoire — entre le Maroc de son enfance et la France où il a construit sa vie.
Récit 5
En 1977, j’ai obtenu le baccalauréat, filière sciences expérimentales arabisée, et j’ai décidé, avec quelques amis, de tenter l’aventure des études en France. La langue française représentait un obstacle, du fait de notre formation arabophone ; nous devions donc nous inscrire dans une faculté de lettres en France afin de maîtriser le français et d’obtenir le diplôme d’aptitude nécessaire pour poursuivre des études supérieures. J’ai obtenu ce diplôme à l’université Paul-Valéry de Montpellier.
Cette même année se tenaient les élections législatives. Par mes contacts avec des militants unionistes, comme je l’ai raconté, j’avais tranché : j’avais rejoint la Jeunesse unioniste plutôt que le mouvement du 23 Mars.
Le candidat de l’Union socialiste des forces populaires dans la circonscription de Oued Zem/Boujaad était Habib El Malki. J’ai mené avec les jeunes une campagne électorale historique : nous visitions tous les douars, y compris le douar Oulad Kaouach, berceau de la famille El Malki, dont les habitants nous expliquaient que la famille El Malki accaparait tous les biens de la tribu, que ses membres avaient été caïds de père en fils, et qu’ils avaient été des traîtres, des agents du colonialisme. Nous leur expliquions que ce candidat voulait remettre les choses en ordre — mais, à notre grand regret, il nous a déçus.
Mon père, que Dieu ait son âme, était un istiqlalien pur et dur, résistant au colonialisme français, également « naïb hisbi » (représentant légal désigné par la justice religieuse) et curateur religieux, fonctionnaire au ministère des Habous et des Affaires islamiques, et hafiz du Coran. Pendant cette même campagne électorale législative, il faisait, lui, campagne pour le candidat du parti de l’Istiqlal, tandis que je faisais campagne pour le candidat de l’Union socialiste.
Il était, que Dieu lui fasse miséricorde, un homme ouvert et tolérant ; il m’a confié un jour que, s’il n’avait pas juré sur le Coran, il aurait quitté le parti de l’Istiqlal.
Mon arrivée à Montpellier, le 2 octobre 1977, fut une autre aventure.
— À suivre demain : le sixième récit.
Charaf Rifai





