Le 5 octobre, le Québec a élu un gouvernement minoritaire du Parti québécois. Dans la même soirée, trois députés d’origine marocaine ont gagné leur siège à l’Assemblée nationale. Tous trois sont libéraux. Tous trois siégeront donc dans l’opposition officielle, celle du PLQ de Charles Milliard (40 sièges), face au PQ de Paul St-Pierre Plamondon (59 sièges).
Un vétéran, une nouvelle venue très médiatisée, une juriste reconnue : trois parcours très différents. Voici qui ils sont, et ce que la diaspora marocaine attend d’eux.
3
élus d'origine marocaine
3e
mandat pour Monsef Derraji
309
voix d'avance pour Nada Boumeftah
54 %
pour Valérie Assouline
Monsef Derraji, le vétéran né à Marrakech
Né à Marrakech en août 1976, issu du milieu des affaires, Monsef Derraji est entré à l’Assemblée nationale en 2018 dans Nelligan, dans l’ouest de l’île de Montréal, avec 65 % des voix. Réélu en 2022 avec 52 %, il entame aujourd’hui un troisième mandat.
En huit ans, il s’est imposé comme l’une des voix les plus présentes de l’opposition libérale. Il a notamment été porte-parole en matière de transports et de mobilité durable, d’institutions démocratiques et d’éthique, et il a présidé la Commission de l’administration publique, celle qui examine la gestion des ministères et des organismes publics.
Dans un Parlement minoritaire, son expérience des règles de l’Assemblée sera précieuse. C’est aussi le seul des trois qui connaît déjà de l’intérieur la mécanique des commissions, des votes et des négociations entre partis.
Nada Boumeftah, la révélation de Maurice-Richard
Née au Maroc, Nada Boumeftah est arrivée au Québec enfant. Ses parents étaient ingénieurs. À l’arrivée, sa mère a dû choisir entre rester à la maison pour élever les enfants et retourner aux études ; son père, lui, a repris ses études et travaillé sans relâche. Une histoire que des milliers de familles marocaines du Québec connaissent par cœur.
Avocate en droit criminel, en droit pénal et en protection de la jeunesse, elle a travaillé plus de cinq ans dans le Grand Nord québécois, notamment à Kuujjuaq, auprès d’enfants et de parents autochtones. Ceinture noire de karaté, elle dit avoir connu l’intimidation et la discrimination à l’adolescence, ce qui l’a poussée à défendre les autres.
Le grand public l’a découverte au printemps 2026, finaliste de la troisième saison de l’émission Les Traîtres. Le 5 octobre, elle a arraché Maurice-Richard avec 309 voix d’avance sur la candidate de Québec solidaire, Anne Latendresse. Son entrevue de victoire, débordante d’enthousiasme et truffée d’images de hockey, a fait le tour des réseaux sociaux.
LE MOT DE LA RÉDACTION
Nous saluons la victoire de Nada Boumeftah, et son énergie. Mais la soirée électorale est terminée. Les vidéos virales ont aidé la candidate à se faire connaître ; elles ne feront pas la députée.
Elle n'est plus une personnalité de télévision ni une influenceuse : elle est désormais députée, et elle représente tous les citoyens de Maurice-Richard, y compris celles et ceux qui n'ont pas voté pour elle. Ses collègues du caucus libéral doivent pouvoir compter sur ses prises de parole sans craindre la prochaine réaction médiatique.
Avec 309 voix d'avance, chaque intervention comptera. La diaspora qui l'a applaudie attend d'elle du sérieux, de la rigueur et des résultats. C'est ainsi qu'elle fera honneur à son parcours, et à ceux qui l'ont portée.
Valérie Assouline, l’ancienne bâtonnière de Montréal
Avocate depuis près de trente ans, diplômée en droit de l’Université de Montréal, avec un parcours en sociologie et en gestion à HEC Montréal, Valérie Assouline a grandi à Saint-Laurent, où elle a fondé en 2007 le cabinet SOS Avocats, consacré surtout à la défense des familles et des enfants. Elle s’est fait connaître comme une voix publique sur les droits des enfants et la violence conjugale.
De mai 2025 à mai 2026, elle a été la 160e bâtonnière de Montréal, la dixième femme à occuper cette fonction. Elle siège aussi depuis 2017 au conseil municipal de Dollard-des-Ormeaux, où elle a été réélue en 2021 et en 2025.
Le 5 octobre, elle a remporté Saint-Laurent avec plus de 54 % des voix. Elle y succède à la libérale Marwah Rizqy, elle aussi d’origine marocaine. La circonscription reste ainsi entre les mains d’une élue issue de la communauté.
UN DÉFI : RENOUER AVEC LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE
Sa campagne a été marquée par une polémique. À la mi-septembre, d'anciennes publications de Valérie Assouline sur les réseaux sociaux ont refait surface, rapporte La Presse : elle s'y étonnait de voir des visiteurs musulmans prier dans une aire de pique-nique du Parc Safari, parlant de « mosquée itinérante », et associait l'ancien premier ministre Justin Trudeau à une idéologie « pro-islamiste ». Des électeurs musulmans de Saint-Laurent s'en sont dits choqués. La candidate a présenté des excuses, regrettant que certains propos aient pu blesser, tout en jugeant injuste qu'on la définisse par quelques vieilles déclarations.
Les électeurs l'ont tout de même élue largement. Mais des excuses de campagne ne suffisent pas. Députée d'une circonscription où vivent de nombreuses familles musulmanes, dont beaucoup d'origine maghrébine, Valérie Assouline doit maintenant rétablir la confiance : aller à leur rencontre, dans les mosquées, les associations et les écoles, et montrer par ses actes qu'elle est la députée de tous. Juriste qui a fait de la compassion le fil de son bâtonnat, elle a tout pour y parvenir.
Dans l’opposition, quel poids ?
Être dans l’opposition ne veut pas dire être sans pouvoir, surtout face à un gouvernement minoritaire. Avec 59 sièges sur 127, le PQ n’a pas la majorité : il devra trouver des appuis pour faire adopter ses projets de loi et son budget. Chaque vote compte, chaque commission parlementaire aussi.
Nos trois élus pourront interroger les ministres, amender les projets de loi en commission et porter les dossiers de leurs citoyens. Et si l’opposition décide un jour de faire tomber le gouvernement, dans les dix-huit mois à venir ou plus tard, ils seront de nouveau en campagne. Le temps de faire leurs preuves est compté.
Ce que la diaspora attend d’eux
Ils sont les députés de tous les citoyens de Nelligan, de Maurice-Richard et de Saint-Laurent, pas les représentants d’une communauté. Mais la diaspora marocaine du Québec suivra de près leur travail sur les dossiers qui la touchent directement.
LES DOSSIERS À SURVEILLER
1. Les seuils d'immigration. Le PQ a promis de ramener l'immigration permanente à 35 000 personnes par an, de couper de moitié l'immigration temporaire et de ne plus sélectionner que des personnes déjà présentes au Québec. Pour les familles, les étudiants et les travailleurs venus du Maroc, l'enjeu est concret : réunifications familiales, permis d'études, Programme de l'expérience québécoise (PEQ), rouvert pour deux ans depuis juillet 2026.
2. La reconnaissance des diplômes. Ingénieurs, médecins, infirmières, enseignants : trop de diplômés marocains restent bloqués aux portes des ordres professionnels. L'histoire des parents de Nada Boumeftah est celle de milliers de familles.
3. La laïcité et la discrimination. La loi sur la laïcité touche directement les femmes qui portent le foulard, notamment dans l'enseignement. Et les menaces contre des écoles musulmanes, cet automne, ont rappelé que la sécurité des familles n'est pas acquise.
4. Francisation, logement, garderies. Les nouveaux arrivants ont besoin de places en francisation, de logements abordables et de places en garderie pour travailler. Ce sont des dossiers du quotidien, où une question bien posée en commission peut changer des choses.
Nos trois élus ne pourront pas tout porter seuls, et ils ne siègent pas au gouvernement. Mais ils ont une voix, un micro et un siège dans les commissions. La diaspora attend d’eux qu’ils s’en servent.
Et vous, qu'attendez-vous de vos élus ? Écrivez-nous : vos réponses nourriront nos prochains articles.
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Questions fréquentes
Combien de députés d’origine marocaine ont été élus au Québec le 5 octobre 2026 ? Trois, tous du Parti libéral du Québec : Monsef Derraji dans Nelligan, Nada Boumeftah dans Maurice-Richard et Valérie Assouline dans Saint-Laurent.
Qui est Monsef Derraji ? Né à Marrakech en 1976, issu du milieu des affaires, il est député libéral de Nelligan depuis 2018. Il vient d’être réélu pour un troisième mandat.
Qui est Nada Boumeftah ? Née au Maroc et arrivée au Québec enfant, elle est avocate en droit criminel et en protection de la jeunesse. Elle a travaillé plus de cinq ans dans le Grand Nord québécois. Elle a été élue dans Maurice-Richard avec 309 voix d’avance.
Qui est Valérie Assouline ? Avocate depuis près de trente ans, fondatrice de SOS Avocats en 2007, elle a été la 160e bâtonnière de Montréal (2025-2026) et conseillère municipale de Dollard-des-Ormeaux. Elle succède à Marwah Rizqy dans Saint-Laurent.







