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📚 Dossier : Élections Québec 2026

Québec 2026 : la laïcité renforcée entre en vigueur — et creuse déjà l'écart entre les partis

Depuis le 1er septembre, la pratique religieuse est interdite dans les lieux sous autorité municipale au Québec — dernier volet d'une loi qui a déjà fermé les salles de prière des cégeps et mis fin aux prières dans les locaux de la STM. Pendant que la Cour suprême délibère sans se presser, les cinq partis en campagne affichent des positions de plus en plus éloignées les unes des autres — de la CAQ qui verrouille la loi jusqu'en 2031 au PQ qui veut aller plus loin encore.

Québec 2026 : la laïcité renforcée entre en vigueur — et creuse déjà l'écart entre les partis

Hôtel du Parlement, Québec — photo Marc-Lautenbacher, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Québec 2026 : la laïcité renforcée entre en vigueur — et creuse déjà l’écart entre les partis

Le 1er septembre, en pleine campagne électorale, une nouvelle frontière s’est tracée entre religion et institutions publiques au Québec. Ce n’est pas un hasard de calendrier ni un non-événement : c’est un dossier qui touche directement les communautés que ce journal représente, et qui divise désormais les cinq partis en lice de façon plus nette qu’à aucun autre moment depuis l’adoption de la loi 21 originale, en 2019.

Ce qui change concrètement depuis le 1er septembre

La disposition qui prend effet ce jour-là découle du projet de loi n°9, la « Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec », adoptée le 2 avril 2026 par 77 voix contre 27. La plupart de ses dispositions étaient déjà en vigueur au moment de la sanction ; celle du 1er septembre porte spécifiquement sur les lieux sous autorité municipale : la pratique religieuse — définie largement, au-delà du seul port d’un signe, pour inclure la prière, le sermon, le prêche ou la cérémonie — n’y est plus autorisée, sauf autorisation exceptionnelle au cas par cas par une municipalité (résolution du conseil ou permis). Si un service de restauration municipal propose un menu fondé sur un précepte religieux, un menu neutre équivalent doit aussi être offert.

Le reste du projet de loi, déjà appliqué, va plus loin que le débat de 2019 sur les seuls signes religieux : fin des prières de rue, fermeture des salles de prière dans les établissements d’enseignement — des garderies aux universités, y compris le privé subventionné — et resserrement des règles pour le personnel enseignant. Le port d’un signe religieux, lui, demeure permis pour la population en général ; les pratiques culturelles et spirituelles des Premières Nations et des Inuits sont explicitement exemptées de certaines dispositions.

Les premiers échos, très concrets

Les effets se font déjà sentir sur le terrain. Les salles de prière ont fermé dans des établissements comme le Collège Dawson et le Collège Vanier, à Montréal. La Société de transport de Montréal (STM) a de son côté averti ses employés, la semaine précédant l’entrée en vigueur, que les prières ne seraient plus permises dans ses installations à compter du 1er (puis confirmé le 2 septembre). Ce ne sont pas des cas isolés ou symboliques : ce sont des lieux de travail et d’études fréquentés quotidiennement par des dizaines de milliers de personnes, dont une partie significative de la diaspora marocaine et maghrébine de Montréal.

La Cour suprême délibère, sans échéance avant le vote

La contestation de la loi devant la Cour suprême du Canada a été entendue sur quatre jours, en mars 2026, portant notamment sur le recours préventif du gouvernement à la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés — l’outil juridique qui soustrait la loi à l’essentiel des contestations constitutionnelles. L’affaire est désormais en délibéré devant les sept juges. Aucune décision n’est attendue avant le scrutin du 5 octobre : la Cour a plusieurs fois signalé sa réticence à intervenir dans l’arène politique en pleine campagne électorale.

Ce que la loi produit dans les communautés concernées

Les chiffres disponibles, même s’ils datent en partie de 2022, restent la référence la plus citée sur l’impact réel de la loi. Une étude de l’Association d’études canadiennes montrait que 63% des musulmans (davantage chez les femmes) et 68% des sikhs (davantage chez les hommes) se disaient affectés ; 64% des femmes musulmanes et 87,5% des femmes sikhes rapportaient une détérioration de leur capacité à participer à la vie sociale et politique du Québec depuis 2019. Plus récemment, une étude citée par le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) avance que 71% des femmes musulmanes de la province ont envisagé de quitter le Québec. Le CNMC, qui conteste activement la loi devant les tribunaux, dénonce un engrenage : « la loi 21, puis un deuxième projet, un troisième déjà annoncé pour interdire les prières à l’extérieur » — tout en précisant soutenir le principe de laïcité de l’État, mais ni la version de la CAQ, ni celle du PQ.

Cinq partis, cinq positions de plus en plus éloignées

La CAQ de Christine Fréchette protège l’héritage de son gouvernement : la première ministre a renouvelé la clause dérogatoire un an à l’avance, pour cinq années supplémentaires, jusqu’en 2031 — verrouillant la loi bien au-delà du prochain mandat. Simon Jolin-Barrette, artisan des lois sur la laïcité et la langue française, reste la figure associée à cet agenda identitaire.

Le PQ de Paul St-Pierre Plamondon veut aller plus loin que la loi actuelle : il propose d’interdire le port de signes religieux visibles à tous les élèves du primaire, pas seulement au personnel enseignant, au nom de la lutte contre ce qu’il appelle l’« entrisme religieux » et de l’intégration des jeunes. Un sondage SOM-La Presse indique 54% d’appui dans la population (28% d’opposition), et une consultation interne du parti aurait recueilli 90% d’accord chez les membres. Le PQ attaque directement le PLQ sur ce terrain, affirmant qu’un gouvernement libéral mènerait à « l’abolition de la laïcité au Québec ».

Le PLQ de Charles Milliard occupe la position la plus distincte : il a confirmé qu’il ne renouvellerait pas la clause dérogatoire protégeant la loi, exposant le PLQ à des attaques répétées des autres partis qui y voient un recul sur la laïcité elle-même — plutôt qu’un désaccord sur un seul outil juridique.

Québec solidaire, dont Ruba Ghazal porte désormais les couleurs comme candidate au poste de première ministre, soutient le principe de laïcité des institutions mais s’oppose à l’interdiction des signes religieux pour le personnel en position d’autorité — Ghazal ayant déjà affirmé qu’une téléphoniste de l’État pourrait porter un voile intégral — et s’est opposée spécifiquement à l’extension de l’interdiction aux éducatrices en service de garde.

Le PCQ d’Éric Duhaime a toujours soutenu la loi 21, qu’il présente comme un compromis équilibrant le droit des citoyens à un service neutre et celui des employés de l’État à afficher leur religion. Il va plus loin sur le plan des principes : il promet de faire porter le sceau de la clause dérogatoire à toutes ses futures lois s’il est élu, jugeant son usage pour la laïcité « politiquement légitime » parce qu’issu d’une promesse électorale — tout en refusant, de façon plus surprenante, cette même légitimité pour la loi 96 sur la langue française.

Un enjeu qui ne se limite pas à la symbolique

Ce qui distingue ce dossier des autres controverses de la campagne, c’est sa portée directe et immédiate sur des dizaines de milliers de personnes qui travaillent, étudient ou fréquentent des lieux publics au quotidien — bien au-delà d’un débat sur les valeurs. La date du 1er septembre n’est pas un point final : trois semaines avant le scrutin, la loi continue d’évoluer, la Cour suprême reste en délibéré, et le prochain gouvernement décidera lui-même si la clause dérogatoire est reconduite, retirée, ou étendue encore davantage. Pour les communautés concernées, l’élection du 5 octobre n’est donc pas un enjeu parmi d’autres — c’est directement une question de la place qui leur sera faite dans l’espace public pour les cinq prochaines années.


Sources : Gouvernement du Québec — Loi sur le renforcement de la laïcité (PL9), La Presse — Québec met un terme aux prières de rue, Radio-Canada — le sort de la loi 21 entre les mains de la Cour suprême, La Presse — sondage SOM, appui aux mesures prolaïcité, Parti Québécois — un gouvernement du PLQ mènerait à l’abolition de la laïcité, Radio-Canada — Duhaime plaide pour un usage accru de la clause dérogatoire, Centre justice et foi — conséquences sur les personnes de confession musulmane, CNMC — Non à la loi 21.

Sujets :⚜️ Québec : élections et gouvernement
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