Québec 2026 : face à Trump, les partis divisés sur la riposte, et une Europe qui tend la main, mais laquelle ?
7,7 milliards de dollars. C’est la valeur des exportations québécoises frappées par les tarifs américains de 50 % imposés par Donald Trump. L’aluminium, l’acier, le bois et le cuivre étaient déjà touchés ; la nouvelle vague a élargi les dégâts. À neuf jours du vote du 5 octobre, la guerre commerciale n’est plus un sujet parmi d’autres : elle pèse sur l’emploi, sur les régions, et sur le choix des électeurs.
Face à Trump, cinq ripostes différentes
| Parti | Ce qu’il propose |
|---|---|
| CAQ (Christine Fréchette) | Deux programmes d’aide d’urgence aux entreprises touchées, dont des prêts de 2 à 50 M$ ; des appels d’offres réservés aux entreprises québécoises. Estime qu’il n’y a « pas d’hécatombe » : environ 30 000 emplois à risque. |
| PQ (Paul St-Pierre Plamondon) | Se présente comme un rempart contre Trump et revendique « la meilleure équipe économique ». Pas de référendum tant que Trump est président, donc pas avant le 20 janvier 2029. |
| PLQ (Charles Milliard) | « Il faut négocier » avant toute escalade. N’exclut pas une récession au Québec et juge irréaliste de promettre des baisses d’impôts. |
| QS (Ruba Ghazal) | Une « provision Trump » de 2 milliards pour soutenir les entreprises directement touchées. |
| PCQ (Éric Duhaime) | Contre toute « surenchère de tarifs », qui mènerait à une « spirale de déclin » : « Il faut signer une entente. » |
Pendant le dernier débat, les échanges ont été vifs. Éric Duhaime a lancé à Christine Fréchette : « Vous n’avez rien fait. Vous avez attendu que la crise éclate. » Charles Milliard a jugé le chiffre de 30 000 emplois à risque sous-estimé : « Je pense que c’est beaucoup plus que ça. »
7,7 milliards de dollars d’exportations québécoises frappées par des tarifs de 50 %.
Ottawa, acteur central d’une crise qui frappe d’abord le Québec
La riposte ne se joue pas seulement à Québec. C’est Ottawa qui négocie avec Washington et qui décide des contre-tarifs. Quand la riposte canadienne est entrée en vigueur, Christine Fréchette a convoqué son conseil des ministres et invité ses adversaires à une rencontre. Éric Duhaime a refusé d’embarquer dans ce qu’il appelle une « campagne de diversion ».
Le Québec est particulièrement exposé : la quasi-totalité de l’aluminium primaire canadien y est produite. Le gouvernement de Mark Carney a annoncé en septembre un fonds de 5 milliards de dollars pour l’acier, l’aluminium et le cuivre, s’ajoutant à un mandat d’un milliard confié à la BDC, et promet « plus à venir » pour la forêt. Christine Fréchette assure qu’Ottawa « a tenu compte des demandes du Québec ».
Nous avions consacré une série à cette guerre commerciale et à ses effets sur les nouveaux arrivants, souvent les premiers touchés quand les emplois disparaissent.
L’Europe tend la main au Canada
C’est dans ce contexte que l’Union européenne a fait un geste sans précédent. Le 16 septembre, dans son discours sur l’état de l’Union, Ursula von der Leyen a proposé que le Canada devienne le premier « membre associé » de l’Union, avec Mark Carney assis au premier rang. Objectif affiché : porter la relation « au plus haut niveau possible » et passer de l’accord de libre-échange (AECG) à une « alliance pour l’avenir ».
Le lendemain, devant le Parlement européen, Mark Carney a accueilli l’idée, tout en précisant que le Canada cherchait une « alliance unique » et non l’adhésion. Il a notamment évoqué la possibilité pour les jeunes de « vivre, travailler et étudier » des deux côtés de l’Atlantique. Donald Trump a jugé l’idée « ridicule ». Les détails doivent être précisés lors d’un sommet Canada-UE prévu cet automne.
Les Canadiens : rapprochement oui, dépendance non
Contrairement à une idée répandue, les Canadiens accueillent plutôt bien cette main tendue. Selon un sondage Léger réalisé du 19 au 21 septembre, 70 % sont favorables au statut de membre associé, contre 13 % d’opposants et 18 % d’indécis.
Mais ils restent prudents sur une adhésion complète. Selon Nanos, environ 8 Canadiens sur 10 veulent des liens économiques plus forts avec l’Europe, mais seulement la moitié environ soutient une adhésion. Son président, Nik Nanos, résume : les Canadiens « ne veulent tout simplement pas troquer leur dépendance envers les États-Unis contre une dépendance envers une autre partie du monde ».
Rapprochement oui, adhésion prudente : les Canadiens ne veulent pas changer de dépendance.
Mais quelle Europe ? La question des diasporas
Reste une question que les sondages ne posent pas : quelle Europe tend la main au Canada ?
C’est l’Europe du nouveau pacte sur la migration et l’asile, entré en application le 12 juin 2026, qui durcit les procédures aux frontières. C’est aussi celle du règlement « retour », adopté par le Parlement européen le 17 juin, qui prévoit des « hubs de retour » hors de l’Union, où renvoyer des personnes exilées. Et c’est une Europe où la droite dure pèse de plus en plus sur les politiques migratoires de plusieurs pays.
Pour une partie des Canadiens issus de l’immigration, venus du Maghreb, d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’ailleurs, cette orientation tranche avec l’esprit canadien, bâti sur l’accueil et le multiculturalisme. Beaucoup connaissent aussi l’Europe par la difficulté d’obtenir un visa Schengen. Aucun sondage ne mesure aujourd’hui l’avis des diasporas sur ce rapprochement. Mais la question mérite d’être posée avant que le Canada ne s’engage : un partenariat avec l’Europe doit-il aussi en importer les choix migratoires ?
Le paradoxe est que le débat québécois n’échappe pas à cette tension : plusieurs partis proposent eux-mêmes de réduire fortement l’immigration. Nous avions comparé leurs positions.
Pratique : voter par anticipation ce week-end
Le vote par anticipation a lieu le dimanche 27 et le lundi 28 septembre, de 9 h 30 à 20 h. Il faut être inscrit sur la liste électorale (on ne peut plus s’y ajouter le jour du vote) et présenter une seule pièce d’identité : carte d’assurance maladie, permis de conduire ou passeport canadien. Renseignements : 1 888 ÉLECTION.
FAQ
Que proposent les partis québécois face aux tarifs de Trump ? La CAQ a lancé deux programmes d’aide d’urgence aux entreprises. Le PQ se présente comme un rempart et repousse tout référendum après la présidence Trump. Le PLQ veut d’abord négocier. QS propose une « provision Trump » de 2 milliards. Le PCQ refuse une escalade des tarifs et veut signer une entente.
Qu’est-ce que le statut de « membre associé » de l’UE ? Un statut inédit proposé le 16 septembre par Ursula von der Leyen : un rapprochement très poussé (économie, défense, mobilité des jeunes), sans adhésion aux traités ni droit de vote. Son contenu reste à négocier.
Les Canadiens veulent-ils rejoindre l’Union européenne ? Ils veulent surtout un rapprochement. Selon Léger, 70 % sont favorables au statut de membre associé. Selon Nanos, environ 8 Canadiens sur 10 veulent des liens économiques plus forts, mais seulement la moitié environ une adhésion complète.
Quand vote-t-on au Québec ? Le 5 octobre. Le vote par anticipation a lieu le dimanche 27 et le lundi 28 septembre, de 9 h 30 à 20 h.
Sources : La Presse, Les Affaires, Le Nouvelliste, Le Droit et Noovo (positions des partis et programmes d’aide), Radio-Canada (débat des chefs), Le Devoir et BDC (aides fédérales), CNBC, NPR, Al Jazeera et Euronews (proposition de l’UE), Léger et Nanos (sondages), Toute l’Europe (pacte sur la migration et règlement « retour »), Élections Québec.







