Mise à jour du 12 octobre : le Parti québécois a remporté les élections du 5 octobre avec 59 sièges et forme un gouvernement minoritaire, dirigé par Paul St-Pierre Plamondon. La CAQ n’a obtenu aucun siège. Lire : trois élus d’origine marocaine à l’Assemblée nationale.
Plus que trois jours. Lundi, les Québécois choisiront leur gouvernement, et tout indique que l’élection se jouera moins sur les grands débats que dans la tête de ceux qui hésitent encore.
Les derniers sondages, Léger, Pallas et Synopsis, placent le PQ de Paul St-Pierre Plamondon en tête, autour de 30 %. Ce n’est même pas un électeur sur trois. Et pourtant, la projection Qc125 du 1er octobre lui accorde 67 sièges en moyenne, au-dessus du seuil de la majorité à l’Assemblée nationale.
C’est la magie, ou le piège, de notre mode de scrutin : avec cinq partis qui se partagent le vote, une minorité de voix peut donner une majorité de sièges.
Les indécis, arbitres d’une majorité
Selon Léger (sondage réalisé du 25 au 27 septembre), 71 % des électeurs décidés disent que leur choix est définitif. Ils n’étaient que 59 % une semaine plus tôt. Le vote se solidifie, mais il reste près de trois électeurs sur dix qui peuvent encore bouger d’ici lundi.
C’est à eux que s’adressent les dernières tournées. Christine Fréchette (CAQ) le dit sans détour : ce sont « les indécis qu’on peut encore rallier ». Charles Milliard (PLQ) leur promet « le changement sans référendum ». Paul St-Pierre Plamondon, lui, joue la prudence du favori et réclame une majorité claire plutôt qu’un gouvernement « bancal ».

Le problème, c’est que dans un sprint final, on promet vite. Et trois grandes promesses de cette campagne ont un point commun : elles sont simples à défendre en conférence de presse, beaucoup plus compliquées à tenir une fois au pouvoir.
Le référendum : une promesse que la majorité ne veut pas
Le PQ s’est engagé à tenir un référendum sur la souveraineté dans un premier mandat. C’est sa raison d’être, et personne ne peut lui reprocher sa franchise.
Mais les chiffres sont têtus. Selon Pallas Data (avril 2026), 70 % des Québécois sont défavorables à un référendum dans un premier mandat péquiste, contre 26 % qui y sont favorables. Et la moyenne des sondages compilée par Qc125 donne le Non à environ 69 % si la question était posée aujourd’hui.
Un parti peut gagner une majorité de sièges en promettant ce que sept électeurs sur dix refusent.
D’où le paradoxe : le PQ pourrait être élu sur un désir de changement, de nouvelle tête, de fin de règne caquiste, et se retrouver avec un mandat qu’une large majorité ne lui a pas donné sur la question nationale. Un mandat obtenu sur le changement vaut-il un mandat pour un référendum ? La question se posera dès mardi.
Santé Québec : abolir ou réparer ?
Santé Québec, c’est l’agence créée par la CAQ en 2024 pour séparer les orientations, confiées au ministère, de la gestion du réseau. Elle est devenue l’employeur unique de tout le personnel de la santé.
Le PQ promet de l’abolir, tout comme le PCQ d’Éric Duhaime. Paul St-Pierre Plamondon parle d’un « monstre de bureaucratie » et chiffre l’économie à 40 millions de dollars par an, peut-être 100 millions, à réinvestir dans les soins. Il est vrai que le ministère et l’agence comptaient ensemble 2 126 fonctionnaires au 31 janvier 2026, soit 894 de plus qu’en mars 2024. La ministre sortante de la Santé, Sonia Bélanger, juge pourtant l’idée « pas réaliste du tout ». La CAQ et le PLQ y sont opposés.
Mais il faut regarder la chose en face. Le réseau a déjà vécu la grande fusion de 2015, avec la création des CISSS et des CIUSSS. Puis Santé Québec en 2024. Défaire l’agence, ce serait une troisième réforme de structure en à peine dix ans, avec ce que cela suppose de transferts, de conventions à revoir et de mois perdus.
Pendant ce temps, dans la région de Montréal, il faut compter six à huit semaines pour un simple bilan sanguin, et plus de six mois pour voir un spécialiste, comme nous le rappelions après les débats. Changer l’organigramme ne raccourcit pas une liste d’attente.
La taille de l’État : la surenchère des coupes
C’est le refrain de cette campagne : il faut « dégraisser » l’État. Chacun avance son chiffre :
| Parti | Engagement de campagne |
|---|---|
| CAQ de Christine Fréchette | 5 900 postes : 2 900 départs volontaires, en plus de 3 000 postes déjà annoncés d’ici 2030 |
| PLQ de Charles Milliard | 12 000 postes à temps plein sur cinq ans (1,7 milliard de dollars d’économies annoncées) |
| PQ de Paul St-Pierre Plamondon | Une baisse de 2,5 % de la masse salariale de l’État, soit environ 16 000 postes selon les estimations |
| PCQ d’Éric Duhaime | 20 000 postes, dans un plan de 47 milliards de dollars d’économies sur cinq ans |
| QS de Ruba Ghazal | Seul parti à s’opposer à ces coupes |
Tous jurent que les services à la population ne seront pas touchés. C’est le « principe de la tarte aux pommes », résume le fiscaliste Antoine Genest-Grégoire, de l’Université de Sherbrooke : tout le monde est pour l’efficacité, mais personne ne s’entend sur ce qu’on coupe.
Tout le monde est pour un État plus efficace. Le désaccord commence quand il faut dire quel poste on supprime.
Le Québec a déjà connu ce film. En 2003, le gouvernement libéral de Jean Charest lançait la « réingénierie de l’État ». Comme nous l’écrivions il y a deux semaines, l’exercice a surtout multiplié les problèmes pour les citoyens. Le risque est connu : quand l’État s’affaiblit, les besoins ne disparaissent pas. Ils passent au privé, que l’on finit par payer plus cher, chacun de sa poche.
Et pour les Marocains du Québec ?
Pour les familles issues de l’immigration, dont des dizaines de milliers de Marocains du Québec, ces promesses ont des effets très concrets. L’accès à un médecin de famille. Les cours de francisation, souvent parmi les premiers touchés quand on coupe. Les places en garderie. Les écoles de quartier, déjà débordées.
Au moment de voter, la question n’est donc pas seulement « qui veut le changement ? », mais « quel changement, et qui le paiera ? ».
Lundi, mode d’emploi
Les bureaux de vote sont ouverts de 9 h 30 à 20 h. Apportez une pièce d’identité. À Montréal, Québec et Sherbrooke, le vélopartage BIXI et àVélo est gratuit toute la journée pour aller voter. Pour trouver votre bureau : electionsquebec.qc.ca.
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FAQ
Le PQ peut-il être majoritaire avec seulement 30 % des voix ? Oui. Avec cinq partis qui se partagent le vote, le mode de scrutin uninominal à un tour peut donner une majorité de sièges à un parti qui n’obtient qu’environ 30 % des voix. La projection Qc125 du 1er octobre accorde au PQ 67 sièges en moyenne sur 127, au-dessus du seuil de la majorité (64 sièges).
Les Québécois veulent-ils un référendum ? Non, majoritairement. Selon Pallas Data (avril 2026), 70 % sont défavorables à un référendum dans un premier mandat du PQ, contre 26 % favorables. La moyenne des sondages compilée par Qc125 place le Non à environ 69 % en cas de vote sur la souveraineté.
Qui veut abolir Santé Québec ? Le PQ et le PCQ. Le PQ estime l’économie à 40 millions de dollars par an, jusqu’à 100 millions. La CAQ, qui a créé l’agence en 2024, et le PLQ s’y opposent ; la ministre sortante de la Santé, Sonia Bélanger, juge la proposition « pas réaliste du tout ».







