Québec 2026 : qui gagne vraiment quand chaque parti promet de baisser vos impôts ?
La campagne bat son plein depuis son lancement officiel le 27 août, et à mesure que le débat des chefs du 24 septembre approche, un même refrain revient dans la bouche de tous les partis : remettre de l’argent dans les poches des citoyens, à un moment où le panier d’épicerie a bondi de 24 % et le logement de 27 % depuis janvier 2022. Mais qui, concrètement, empoche quoi ? Après avoir suivi les premières annonces, le dossier du logement et le resserrement des sondages, ce nouvel arrêt dans notre suivi de la campagne se concentre sur un seul chiffre : celui qui atterrit, ou non, dans votre compte en banque.
Ce que chaque parti met sur la table
CAQ — pas de baisse pour vous, mais une pour les PME
Christine Fréchette a été catégorique : pas de nouvelle baisse d’impôt personnelle sous un gouvernement caquiste réélu. La première ministre a plutôt dévoilé un allègement de 630 millions de dollars sur cinq ans pour 75 000 petites et moyennes entreprises, dont le taux d’imposition passerait de 3,2 % à 2,2 % sur la première tranche de 500 000 $ de revenu — jusqu’à 5 000 $ d’économie annuelle par entreprise. Côté ménages, la seule mesure directe est une exemption de la TVQ (9,975 %) sur certains produits d’épicerie et de pharmacie (barres granola, fruits et légumes déjà coupés, papier hygiénique) : un gain estimé à environ 50 $ par année pour une famille de quatre.
PQ — le même pari sur les entreprises, en plus généreux
Paul St-Pierre Plamondon a répliqué en promettant, lui aussi, un allègement pour les PME : leur taux d’imposition passerait de 11,5 % à 9,5 % sur quatre ans, pour un coût brut évalué entre 2 et 2,4 milliards de dollars. Le financement proviendrait en partie de la fin des « subventions tous azimuts » versées aux multinationales, dont les économies serviraient aussi à financer une baisse de deux points de l’impôt corporatif. La CAQ et le PLQ ont dénoncé la manœuvre comme un calcul électoral pur et simple — sans pour autant proposer mieux pour les particuliers.
PCQ — la promesse la plus spectaculaire, et la plus chère
Éric Duhaime a présenté ce qu’il qualifie de baisse d’impôt « historique », capable selon lui de « rallier même la gauche » : doubler le seuil d’exemption d’impôt, actuellement fixé à 18 952 $, pour l’amener à 35 242 $ sur un premier mandat. Concrètement, chaque contribuable verrait un répit cumulé de 8 726 $ sur cinq ans. C’est, sur papier, la seule promesse qui vise directement et uniformément le portefeuille de chaque citoyen — mais son coût, estimé à environ 30 milliards de dollars pour les finances publiques, soulève une question que le parti n’a pas encore détaillée : qu’est-ce qui serait coupé, ou taxé ailleurs, pour l’absorber ?
PLQ — des critiques, encore aucun chiffre
Charles Milliard s’est jusqu’ici contenté de tirer sur les promesses des autres, jugeant que « le Parti conservateur du Québec a fait beaucoup de propositions ces dernières années, et aucune ne s’est avérée réaliste ». Le PLQ n’a toutefois déposé, à ce stade de la campagne, aucune promesse fiscale chiffrée qui lui soit propre — impossible pour l’instant de savoir ce que ses électeurs gagneraient concrètement.
QS — pas de baisse d’impôt, mais une autre logique
Québec solidaire ne joue pas sur le même terrain : plutôt que de réduire l’impôt de qui que ce soit, le parti propose de taxer davantage les fortunes dépassant 25 millions de dollars et d’imposer intégralement les gains en capital (avec des exceptions pour la résidence principale et certaines propriétés agricoles). Sur le pouvoir d’achat immédiat, sa mesure la plus concrète cible directement l’épicerie : plafonner à 2 % la marge bénéficiaire des grandes chaînes et mettre fin à la « réduflation » — ces emballages qui rapetissent pendant que le prix reste identique.
Qui gagne, qui gagne moins
| Qui | Avec quel parti | Comment |
|---|---|---|
| Les PME | CAQ, PQ | Baisse du taux d’imposition des petites entreprises |
| Le contribuable ordinaire | PCQ (si élu) | Doublement du seuil d’exemption d’impôt |
| Les consommateurs à l’épicerie | CAQ (marginal), QS (structurel) | Exemption de TVQ / plafond des marges des chaînes |
| Les grandes fortunes (25 M$ et plus) | Personne — ciblées par QS | Nouvelle taxe, pas un gain |
| Les multinationales subventionnées | Personne — ciblées par PQ | Fin des subventions |
| Le contribuable moyen | PLQ | Rien de chiffré à ce jour |
Le vrai test : qui touche vraiment votre portefeuille ?
Une fois les milliards annoncés mis de côté, un constat s’impose : la CAQ et le PQ parient tous deux sur les entreprises, pas sur les particuliers, en espérant que la baisse profite un jour aux salariés ou aux prix à la consommation — un pari qui ne se vérifie jamais du jour au lendemain. Le PCQ est le seul parti à offrir une baisse d’impôt personnelle directe et universelle, mais à un coût que ses adversaires jugent intenable sans compressions ailleurs. Québec solidaire choisit une autre voie : ne rien redonner par l’impôt, mais limiter ce que les grandes chaînes et les grandes fortunes prélèvent déjà sur le portefeuille des citoyens. Le PLQ, lui, n’a encore rien mis sur la table — ni pour les citoyens, ni pour personne d’autre.
Entre les milliards annoncés en conférence de presse et les dizaines de dollars qui atterriront réellement dans un compte en banque, il y a un écart que ni les chiffres ni les slogans de campagne ne comblent — et que les électeurs auront trois semaines pour trancher, jusqu’au débat du 24 septembre puis au scrutin du 5 octobre.
Sources : La Presse — Fréchette baisse les impôts de 75 000 PME, La Presse — abolition de la TVQ sur certains produits, Le Devoir — le PQ promet à son tour des baisses d’impôts pour les PME, Le Devoir — le PCQ promet une baisse d’impôt historique, Le Devoir — une campagne déjà riche en bonbons fiscaux, La Nouvelle Union — Québec solidaire propose de taxer davantage les grandes fortunes.
Abdesselam Mejlaoui





