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📚 Dossier : Élections Québec 2026

Couches, urnes et petite politique : l'hypocrisie migratoire à ciel ouvert

Une chronique signée qui pointe une même hypocrisie migratoire à Québec, à Ottawa et à Rome : des partis qui ferment la porte en campagne électorale et l'ouvrent une fois au pouvoir — sauf une exception qui assume.

Couches, urnes et petite politique : l'hypocrisie migratoire à ciel ouvert

Couches, urnes et petite politique : l’hypocrisie migratoire à ciel ouvert

Le Québec qui vieillit plus vite qu’il ne se renouvelle

Cette semaine, une statistique glanée à Radio-Canada m’a arrêté net. On y apprenait qu’ici comme ailleurs en Occident, les fabricants vendent aujourd’hui plus de couches pour adultes que pour bébés. Vrai au chiffre près ou approximatif ? Peu importe, en vérité. Depuis vingt ans, les démographes nous disent la même chose sous une forme moins imagée : le Québec vieillit plus vite qu’il ne se renouvelle. Il aura fallu une couche pour adultes pour qu’on l’entende enfin.

Les chiffres officiels, eux, ne prêtent à aucune approximation. 900 000 Québécois de 65 ans et plus en 1999. 1,9 million en 2024. Encore 500 000 de plus d’ici 2049. La natalité, pendant ce temps, dort sous le seuil de renouvellement depuis un demi-siècle. Ce n’est pas une opinion que j’avance ici — c’est une pyramide des âges, et une pyramide ne négocie pas.

Un seul levier existe à court terme face à ce mur : l’immigration. Et c’est précisément là que notre classe politique — comme tant d’autres en Occident — se regarde dans le miroir sans se reconnaître.

La CAQ a-t-elle tenu parole ?

Retour en arrière. En 2018, François Legault fait campagne sur une promesse simple : réduire le seuil d’immigration de 50 000 à 40 000 par année, imposer un test de valeurs, et menacer de révoquer les certificats de sélection de ceux qui échoueraient.

Le message porte. La CAQ balaie l’élection.

Huit ans plus tard, les chiffres racontent une tout autre histoire — et ce n’est pas un adversaire de l’immigration qui la relance, mais le Parti québécois lui-même, dans une sortie destinée à accuser la CAQ de trop en faire. Le député péquiste Alex Boissonneault a lui-même réclamé plus de clarté sur ces chiffres.

Ils sont pourtant bel et bien documentés par Statistique Québec : le nombre de résidents non permanents sur le territoire québécois est passé de 349 235 fin 2022 à un sommet de 560 200 au 1er janvier 2024 — avant de redescendre à 514 000 au 1er janvier 2026, le gouvernement ayant depuis resserré la vis. Une hausse spectaculaire malgré tout, quelle que soit l’année de comparaison retenue.

Le parti qui avait fait de la fermeture des vannes son slogan électoral les a, une fois au pouvoir, ouvertes plus largement qu’aucun gouvernement avant lui. Pourquoi ? Parce que 42 % des entreprises québécoises rapportent des obstacles liés à la main-d’œuvre — le taux le plus élevé au Canada. La réalité économique ne lit pas les tracts de campagne.

Et en 2022, il aura fallu que François Legault s’excuse publiquement, après avoir associé une hausse de l’immigration à de l’« extrémisme » et à la « violence » :

« L’immigration est une richesse pour le Québec. […] Je n’ai pas voulu associer l’immigration à la violence. Je suis désolé si mes propos ont porté à confusion. Ma volonté c’est de rassembler. » — François Legault, 7 septembre 2022

On ne s’excuse pas pour une phrase malheureuse quand on n’a rien à se reprocher. L’écart entre le discours de 2018 et la gestion qui a suivi n’a jamais été aussi documenté — et ce n’est pas moi qui l’invente.

Depuis, la CAQ a changé de visage. Après la démission de François Legault en janvier 2026, Christine Fréchette lui succède comme cheffe du parti le 12 avril 2026 et devient première ministre du Québec. Ce n’est donc plus lui, mais elle, qui se présentera devant les électeurs le 23 septembre — avec ce bilan migratoire en héritage, qu’elle n’a pas créé seule, mais qu’elle assume désormais au nom du parti.

Le PQ, ou la contradiction héritée

Le 29 août 2026, devant l’école Roger-Comtois à Québec, Paul St-Pierre Plamondon propose de réduire de moitié l’immigration temporaire et d’imposer un moratoire sur l’immigration permanente, invoquant la capacité d’accueil des écoles et du logement. Le même parti accuse par ailleurs la CAQ de « manipuler » ses seuils à la hausse — dans les deux cas, l’argument est celui de la fermeture.

Nous l’écrivions déjà fin août dans ces pages à propos de cette même sortie devant Roger-Comtois : « Immigration et écoles publiques : le mauvais procès du Parti québécois ». Le constat tient toujours.

Mais qu’on m’explique une chose. Le gouvernement du Québec exige lui-même, dans son propre plan d’immigration 2026-2029, qu’une bonne maîtrise du français conditionne désormais l’admission de l’essentiel des candidats à l’immigration économique — preuve, s’il en fallait une, que l’État considère l’immigration comme un outil de survie linguistique, pas comme une menace pour elle.

Comment un parti souverainiste, qui fait de la pérennité du français sa raison d’être, peut-il dans le même souffle vouloir tarir le principal réservoir de nouveaux locuteurs francophones ?

On ne défend pas une langue en fermant la porte à ceux qui viennent la parler.

Rome : le silence qui en dit long

Le miroir le plus instructif vient d’ailleurs. Giorgia Meloni a été élue en 2022 sur la lutte contre l’immigration clandestine comme priorité absolue.

Depuis, son gouvernement a délivré 450 000 permis de travail légaux entre 2023 et 2025 — contre 75 700 en 2022 — et vient d’adopter un décret prévoyant 497 550 permis supplémentaires pour 2026-2028. Au total, près d’un million de permis de travail sous son mandat.

Le motif invoqué ? Identique, mot pour mot, au diagnostic québécois présentement observé chez nous : pénurie de main-d’œuvre, population vieillissante, natalité en chute. L’Organisation internationale pour les migrations a même salué la mesure.

Et Meloni, elle ? Silence radio. Pas un mot triomphant, pas une conférence de presse — parce qu’elle sait très bien que la contradiction ne passerait pas devant sa base.

L’extrême droite italienne administre en catimini ce qu’elle a condamné à grands cris. Ça ne s’invente pas.

Une exception qui assume

Face à ce triptyque de contradictions, une formation détonne par sa cohérence — sans que cela en fasse un jugement de valeur sur le reste de son programme. Québec solidaire propose, dans sa plateforme 2026 :

  • un seuil d’immigration permanente porté à 70 000 par année (contre 45 000 actuellement) ;
  • le retour du Programme de l’expérience québécoise, aboli par la CAQ ;
  • 100 millions $ investis en francisation ;
  • une régionalisation de l’accueil des nouveaux arrivants.

La logique est à l’opposé de celle des autres : miser sur l’enracinement — une immigration permanente, planifiée, accompagnée — plutôt que sur la précarité temporaire non planifiée qui alimente, elle, la vraie pression sur le logement et les écoles.

Je le dis honnêtement, parce que la rigueur commande de le dire : un seuil plus élevé pose lui aussi une question de capacité d’accueil. QS n’y répond pas par la fermeture, mais par l’investissement. On peut être en désaccord avec ce pari. Mais on ne peut pas, en toute honnêteté, lui reprocher l’hypocrisie qu’affichent les autres.

Une mémoire qu’on choisit d’oublier

Le Québec et le Canada ne se sont jamais construits autrement que par vagues successives. Les Irlandais fuyant la Grande Famine en 1847, mis en quarantaine à Grosse-Île, ont affronté une suspicion religieuse et sanitaire. Les Italiens, arrivés en deux grandes vagues — au tournant du XXe siècle puis dans les années 1950-60 — ont longtemps été perçus comme une main-d’œuvre à peine tolérée.

Les Portugais des années 1950-70, les communautés grecque et juive d’Europe de l’Est, ont traversé le même purgatoire avant d’être pleinement « d’ici ». Les vagues maghrébine, haïtienne, asiatique et subsaharienne des dernières décennies ne font que répéter un scénario vieux de deux siècles.

Chaque génération d’accueil a fini par intégrer la précédente comme sienne — tout en reproduisant, presque mot pour mot, le même discours d’inquiétude envers la suivante.

Un peuple qui porte cette mémoire dans ses propres origines devrait s’en souvenir avant de la réécrire à chaque cycle électoral. Nous l’oublions bien vite, n’est-ce pas ?

Pendant ce temps, au nord du 45e parallèle…

Cette petite politique intérieure se joue dans un contexte qui devrait pourtant relativiser nos querelles de seuils. Le 27 août 2026, en pleine guerre commerciale avec le Canada — négociations rompues, tarifs américains de 50 % sur 20 milliards $ de biens canadiens, riposte équivalente d’Ottawa — Donald Trump a signé un décret renommant unilatéralement le Lac Ontario en « Lake America ».

Un geste sans aucune portée légale sur le Canada, mais qui prolonge une logique déjà affichée avec le Golfe du Mexique rebaptisé, et une rhétorique d’annexion pure et simple du Canada comme « 51e État », relancée à plusieurs reprises depuis l’automne 2025.

Il ne s’agit pas de comparer les partis québécois à Donald Trump — ce serait un raccourci indigne du débat. Il s’agit plutôt de nommer le même ressort : celui qui consiste à décider, au nom d’un intérêt qu’on habille de bon sens ou de vertu, de ce qui appartient à qui et de qui a droit de cité.

Ce ressort anime autant le décret qui rebaptise un lac que le discours électoral qui ferme une porte pour la rouvrir en catimini une fois au pouvoir.

Pendant que certains se disputent ici sur des seuils migratoires à coups de chiffres retouchés, un voisin autrement plus puissant redessine la carte à coups de décrets et menace, sans détour, notre souveraineté même. La vraie question identitaire du Québec n’est peut-être pas là où on la débat le plus fort.

Alors qu’on m’explique, encore une fois : contre qui, au juste, faudrait-il se protéger ?

Sujets :⚜️ Québec : élections et gouvernement🍁 Canada et immigration
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