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📚 Dossier : Élections Québec 2026

Québec 2026 : racisme systémique, le silence des cinq partis dans leurs cadres financiers

À un mois du scrutin, les cinq partis ont maintenant tous déposé leur cadre financier — des dizaines de milliards en jeu, des choix de société bien réels derrière les colonnes de chiffres. Mais sur un mot en particulier, presque tout le monde reste silencieux : le racisme systémique. Même la candidate qui l'avait dénoncé avec le plus de force s'est ralliée au silence.

Québec 2026 : racisme systémique, le silence des cinq partis dans leurs cadres financiers

Salon bleu, Assemblée nationale du Québec — photo Paulo Barcellos Jr., Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Québec 2026 : cinq cadres financiers, un même silence

jisr.media | Élections Québec 2026

La campagne bat son plein, et les cinq partis ont maintenant tous déposé leur cadre financier. Des dizaines de milliards de dollars, des choix de société bien réels derrière les colonnes de chiffres — qui paie, qui reçoit, quel État on veut pour les quatre prochaines années. Mais sur un mot en particulier, la campagne reste étrangement silencieuse : le racisme systémique. Et l’ironie la plus nette de cette élection tient peut-être en une seule candidate, qui incarne ce silence mieux que n’importe quel communiqué de parti.

Cinq cadres financiers, côte à côte

Parti Chiffrage Retour à l’équilibre Comment
CAQ +9 milliards $ d’engagements, trou cumulatif de ~6 milliards 2029-2030 Aucune baisse d’impôt avant l’équilibre ; pas de nouvelle taxe
PQ Économies de 4,7 milliards $ sur 4 ans 2028-2029 -2,5 % de la masse salariale du secteur public/parapublic sur 3 ans (1,6 milliard $/an)
PLQ -12 000 postes à temps plein sur 5 ans (1,7 milliard $) ; 700 millions $/4 ans pour les soins à domicile 2028-2029 Compressions ciblées, cadre qualifié de « réaliste » par Charles Milliard
QS 10,5 milliards $ de promesses sur 4 ans 2029-2030 Taxe sur les ultrariches (5 milliards $), hausse d’impôt dès 110 000 $, hausse de l’impôt des grandes entreprises
PCQ Compressions de 47 milliards $ sur 5 ans, -20 000 postes de fonctionnaires Dans 4 ans Réduction drastique du périmètre de l’État

Le contraste est net une fois posé à plat : d’un côté, une gauche (QS) qui assume d’élargir l’État et de le financer en allant chercher l’argent chez les plus riches ; de l’autre, une droite (PCQ) qui veut le réduire drastiquement. Entre les deux, CAQ, PQ et PLQ jouent une partition plus prudente — gérer la marge de manœuvre, sans gros pari fiscal dans un sens ou dans l’autre.

L’immigration, chiffrée dans le même souffle

Le débat sur les seuils d’immigration s’articule directement avec ces cadres financiers — présenté moins comme une question d’identité que comme une question de capacité budgétaire : combien de nouveaux arrivants les finances publiques, le logement et les services peuvent-ils absorber chaque année ?

Les chiffres varient du simple au double : le PQ promet de ramener l’immigration permanente à 35 000 personnes par an (et l’immigration temporaire de plus de 500 000 à 200 000-250 000), la CAQ maintient le cap à 45 000 jusqu’en 2029, Québec solidaire propose 70 000. Le PQ a d’ailleurs été rattrapé, dès le premier jour de la campagne, par un raccourci sur l’école Roger-Comtois à Québec — un chiffre déformé pour lier surcharge scolaire et immigration, alors que trente ans de sous-financement transpartisan racontent une tout autre histoire — jisr.media l’a déjà documenté en détail.

Un mot que presque personne ne prononce

C’est là que le silence commence. Depuis près de cinq ans, le gouvernement caquiste refuse de reconnaître l’existence du racisme systémique au Québec — une position reconduite en 2026 sous Christine Fréchette, qui a de nouveau écarté ce qualificatif en juin dernier après des allégations visant des patrouilleurs du SPVM, préférant parler de « quelques pommes pourries ».

« Je ne comprends pas comment on peut lutter contre le racisme systémique et adhérer à un parti qui nie son existence. »

Cette phrase n’est pas d’une opposante à la CAQ. Elle est de Geneviève Pettersen — aujourd’hui candidate caquiste dans L’Assomption. Elle l’avait écrite en 2022, en pleine cohérence avec des années de chroniques critiquant François Legault sur ce dossier précis. Devenue candidate du parti qu’elle visait, elle explique aujourd’hui avoir « compris que c’est un concept qui divise » — et que la division n’est pas ce dont le Québec a besoin. D’opposante la plus tranchante à porte-parole du silence : peu de trajectoires résument aussi bien à quel point ce sujet reste politiquement radioactif, y compris pour celles et ceux qui le portaient avec le plus de conviction.

Seule Québec solidaire assume pleinement les mots « racisme systémique » et le principe de Joyce dans son programme. Le PLQ met de l’avant la reconnaissance et un fédéralisme coopératif, sans grand progrès concret à son bilan récent. Le PQ ramène généralement la question à son projet souverainiste. Le PCQ, lui, ne l’aborde tout simplement pas.

Une porte de service, pas une place à la table

Un texte d’opinion publié par Radio-Canada, signé par l’avocat autochtone Nadir André, résume le problème d’un mot : les enjeux autochtones n’entrent en campagne électorale « que par la porte de service — non pas comme partenaires politiques, mais comme une crise à gérer », lors de blocages, de fermetures d’hôpitaux ou de poursuites judiciaires qui font les manchettes.

Le résultat se lit dans les urnes. Le taux de participation électorale autochtone reste d’environ 19 % en moyenne entre 2007 et 2022, contre 68 % pour l’ensemble du Québec — et l’écart, loin de se resserrer, s’est creusé davantage lors du dernier scrutin (15 % contre 66 % en 2022).

Ce que l’argent ne dit pas

Les cadres financiers occupent l’espace médiatique parce qu’ils sont mesurables, comparables, débattables en points de pourcentage. Le racisme systémique, lui, ne se chiffre pas en milliards — il se règle en reconnaissance, en volonté politique, en accès réel aux mêmes institutions pour tout le monde. C’est peut-être pour ça qu’il reste plus facile, à un mois d’un scrutin serré, de parler d’impôts que de ce mot-là.

Un droit, pas un privilège

Dans beaucoup de pays d’origine, le droit de vote reste un privilège — rare, parfois risqué, souvent hors de portée. Au Québec, au Canada, c’est un droit acquis, garanti, à portée de main. Et un droit qui ne se contente pas d’exister sur papier : il se met en pratique.

Aux diasporas de toutes origines qui font aujourd’hui partie de ce Québec : le 5 octobre, participez. Impliquez-vous. Faites entendre votre voix — pas seulement pour défendre vos propres intérêts, mais pour construire, ensemble, un Québec fort et inclusif, où les intérêts de tout le monde comptent vraiment. Nous sommes toutes et tous Québécoises et Québécois. Mêmes droits, mêmes devoirs.


Ce dossier s’inscrit dans la série jisr.media sur les élections générales québécoises du 5 octobre 2026.

Sujets :⚜️ Québec : élections et gouvernement🌍 Marocains du monde et diaspora🍁 Canada et immigration📈 Économie et budget
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