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📚 Dossier : Élections Québec 2026

Débat des chefs 2026 : le référendum s'impose, la taille de l'État divise, et 70 000 demandeurs d'asile dans le viseur de Duhaime

Dernier face-à-face avant le vote du 5 octobre : le référendum de Paul St-Pierre Plamondon a dominé les échanges, les coupes dans l'État ont opposé Ruba Ghazal à tous les autres, et Éric Duhaime a promis de renvoyer 70 000 demandeurs d'asile. Ce qu'il faut retenir, surtout si vous êtes arrivé au Québec récemment.

Débat des chefs 2026 : le référendum s'impose, la taille de l'État divise, et 70 000 demandeurs d'asile dans le viseur de Duhaime

Captures d'écran du débat des chefs de Radio-Canada, 23 septembre 2026 — montage jisr.media

Débat des chefs 2026 : le référendum s’impose, la taille de l’État divise, et 70 000 demandeurs d’asile dans le viseur de Duhaime

« Pourquoi vous voulez envoyer le Québec dans le mur ? » La phrase d’Éric Duhaime, lancée à Paul St-Pierre Plamondon, résume la soirée. Pendant deux heures, mercredi soir sur Radio-Canada, les cinq chefs se sont affrontés une dernière fois avant le vote du 5 octobre. Et c’est le référendum, plus que tout autre sujet, qui a servi de ligne de fracture.

Nous avions listé ce qu’il fallait surveiller. Voici ce qui s’est passé.

Le référendum, au centre de tous les tirs

Paul St-Pierre Plamondon arrivait en tête des sondages. Il est reparti avec le même engagement : tenir un référendum sur la souveraineté. « On ne devrait pas avoir peur de la démocratie », a-t-il lancé, en se plaçant dans « le camp de l’optimisme et de l’espoir ».

Ses adversaires en ont fait leur cible principale. Charles Milliard a présenté l’élection comme « référendaire ». Éric Duhaime l’a accusé de vouloir « envoyer le Québec dans le mur ».

« On ne devrait pas avoir peur de la démocratie. » — Paul St-Pierre Plamondon

Selon les premières analyses, le chef péquiste s’en est pourtant sorti sans dommage majeur.

Tarifs américains : « Vous n’avez rien fait »

Sur la guerre commerciale, Christine Fréchette a défendu son bilan : « On n’a pas une hécatombe en termes de pertes d’emplois », en évoquant 30 000 emplois à risque. Charles Milliard a jugé ce chiffre sous-estimé : « Je pense que c’est beaucoup plus que ça ». Éric Duhaime a été plus direct : « Vous n’avez rien fait. Vous avez attendu que la crise éclate. »

Nous avions consacré un dossier en quatre parties à cette guerre commerciale et à ses effets sur les nouveaux arrivants.

Moins de fonctionnaires, mêmes services ?

C’est le moment où Patrice Roy a posé la vraie question : si on coupe du personnel, ne coupe-t-on pas forcément dans les services ?

Tous les partis sauf Québec solidaire veulent réduire l’État, dans des proportions très différentes : de 2 900 postes pour la CAQ à environ 25 000 pour le PQ, en passant par 12 000 pour le PLQ et près de 20 000 pour le PCQ. Ruba Ghazal s’est retrouvée seule contre tous : « Tous les autres partis, c’est couper un peu, beaucoup ou passionnément. » Puis : « Ces gens-là ne sont pas en train de brocher des feuilles ! Ils donnent des services. »

Éric Duhaime a défendu la réduction de la bureaucratie, en promettant de réinvestir les économies dans des baisses d’impôts : « Il y a autre chose à faire que d’“enfantdechienniser” la vie du monde. »

« Ces gens-là ne sont pas en train de brocher des feuilles ! Ils donnent des services. » — Ruba Ghazal

Pour beaucoup de nouveaux arrivants, la question n’est pas théorique : ils travaillent dans le réseau public ou en dépendent directement. Nous avions montré que les cinq cadres financiers restaient flous sur ce que ces coupes toucheraient.

Immigration : 70 000 demandeurs d’asile dans le viseur

L’annonce la plus dure de la soirée est venue d’Éric Duhaime : un gouvernement conservateur renverrait 70 000 demandeurs d’asile. « Le tiers d’entre eux sont de faux réfugiés », a-t-il affirmé. Ruba Ghazal a vivement contesté.

Après le débat, le chef conservateur a précisé son idée : rendre le Québec moins attrayant pour ces personnes en coupant l’aide sociale et en leur bloquant l’accès aux logements sociaux et aux garderies subventionnées. Rappelons qu’au Canada, le statut de réfugié est décidé par une instance fédérale indépendante, et non par Québec.

Nous avions déjà montré que le lien entre immigration et écoles surchargées ne tenait pas, et que le « vote immigrant » est largement un mythe.

Itinérance : un rare consensus

Sur l’itinérance, les chefs ont affiché un accord rare dans cette campagne. Le sujet pèse lourd depuis qu’un bambin d’un peu plus d’un an a été retrouvé, le 11 septembre, dans une tente du grand campement de la rue Notre-Dame, à Montréal. Tous les chefs s’étaient engagés à tenir un sommet sur l’itinérance d’ici le printemps.

Santé : le public contre le privé

Sur la santé, en revanche, le clivage reste entier. Christine Fréchette a défendu le bilan de la CAQ, en reconnaissant qu’« il restait encore beaucoup à faire ». Charles Milliard a accusé la CAQ d’avoir « trahi » les Québécois sur l’attente aux urgences. Éric Duhaime veut plus de place pour le privé. Paul St-Pierre Plamondon, qui promet d’abolir Santé Québec, a résumé le recours aux agences privées d’une phrase : « C’était l’enfer. » Ruba Ghazal a ramené la question à l’essentiel : « Où est-ce qu’on va trouver les médecins ? »

En marge du débat : Amnistie internationale accuse le PQ d’intimidation

Le jour même du débat, Amnistie internationale Canada francophone a publié une analyse sévère visant le Parti québécois. Au cœur du dossier : la Dre Marie-Ève Cotton, une psychiatre qui critique régulièrement le PQ et son chef sur les réseaux sociaux.

Selon Amnistie, au moins cinq personnes liées de près ou de loin au PQ ont déposé des plaintes contre elle au Collège des médecins en deux ans, toutes en lien avec ses critiques du parti. D’après La Presse et Le Devoir, parmi les plaignants figurent la directrice générale du parti, Génifère Legrand, dont la plainte compte 106 pages, et deux candidats péquistes, les comédiens Isabelle Blais (Maskinongé) et Pierre-Luc Brillant (Rosemont), qui ont déposé une plainte commune. Le PQ a toutefois pris ses distances avec cette plainte du couple, en refusant de la commenter. Une autre plainte vient d’un collègue médecin dont le nom a été caviardé. Selon LCN, l’ancien chef du PQ Jean-François Lisée a lui aussi porté plainte contre la psychiatre. Sur X, il avait réagi publiquement à ses critiques : « La psychiatre Marie-Ève Cotton est virulente à mon égard sur sa page Facebook. C’est son droit. » On reprochait notamment à la psychiatre d’avoir associé Paul St-Pierre Plamondon à Donald Trump et certaines positions du parti à l’extrême droite. Aucune plainte n’a été retenue par le Collège des médecins.

Amnistie y voit un « schéma de harcèlement » et estime que les droits de la Dre Cotton à la liberté d’expression ont été « bafoués ». Sa directrice générale, France-Isabelle Langlois, évoque « une tactique d’intimidation » mise en place « par un parti aux portes du pouvoir », et l’organisation met en garde contre une « dérive autoritaire ».

« Une tactique d’intimidation semble avoir été mise en place par un parti aux portes du pouvoir. » — France-Isabelle Langlois, Amnistie internationale

Le PQ conteste. Son candidat dans Jean-Talon, Pascal Paradis, affirme que le parti a exercé « un recours qui est prévu au Code des professions », et qualifie l’intervention d’Amnistie de « politique ». Le parti souligne aussi que la psychiatre a publié plus d’une centaine de messages attaquant le PQ, son chef et même sa famille.

L’affaire tombe mal pour le chef péquiste, qui a passé la soirée à se présenter comme le défenseur de la démocratie face à ceux qui en auraient « peur ».

Qui a marqué des points ?

Aucun gagnant clair ne se dégage des premières analyses. Paul St-Pierre Plamondon, principale cible de la soirée, a tenu le choc. Christine Fréchette a dû défendre huit ans de bilan caquiste. Ruba Ghazal a occupé seule le terrain de la défense des services publics, et Éric Duhaime celui de la fermeté sur l’immigration. Avec environ 40 % d’électeurs encore indécis, tout reste possible.

Et maintenant

  • Vote au bureau du directeur du scrutin : du 25 au 30 septembre et le 1er octobre.
  • Vote par anticipation : les 27 et 28 septembre.
  • Jour du vote : le 5 octobre.

Pour les 161 000 nouveaux électeurs, lire la chronique d’Abdesselam Mejlaoui.

FAQ

Qui a gagné le débat des chefs du 23 septembre ? Aucun gagnant clair ne se dégage des premières analyses. Les commentateurs notent que Paul St-Pierre Plamondon, pourtant la cible principale, s’en est sorti sans dommage majeur.

Qu’a dit Éric Duhaime sur les demandeurs d’asile ? Il a annoncé qu’un gouvernement conservateur renverrait 70 000 demandeurs d’asile, en affirmant que le tiers sont de faux réfugiés. Après le débat, il a précisé vouloir couper l’aide sociale et bloquer l’accès aux logements sociaux et aux garderies subventionnées.

Quels thèmes ont été abordés ? Cinq blocs : l’avenir du Québec, l’insécurité économique, le mur budgétaire, le Québec fou de ses enfants et la santé. Le référendum, les tarifs américains, la taille de l’État et l’immigration ont traversé toute la soirée.

Quand vote-t-on au Québec ? Le 5 octobre. Le vote par anticipation a lieu les 27 et 28 septembre, et on peut voter au bureau du directeur du scrutin du 25 au 30 septembre et le 1er octobre.

Sources : Radio-Canada (compte rendu et direct du débat), Noovo Info, Amnistie internationale Canada francophone, La Presse et Le Devoir (dossier Marie-Ève Cotton), 98.5 FM (réaction du PQ), LCN et compte X de Jean-François Lisée, La Presse (campement Notre-Dame), Radio-Canada et Pivot (engagements sur la fonction publique).

Sujets :⚜️ Québec : élections et gouvernement
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