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📚 Dossier : Élections Québec 2026

Élections Québec 2026 : 161 000 nouveaux électeurs, ce qu'ils changent

Le 5 octobre, un peu plus de 161 000 personnes originaires d'autres pays voteront pour la première fois au Québec. Comment voter, et pourquoi santé, logement et école ne s'expliquent pas par l'immigration : une chronique d'Abdesselam Mejlaoui.

Élections Québec 2026 : 161 000 nouveaux électeurs, ce qu'ils changent

Cérémonie de citoyenneté canadienne à Hamilton (Ontario) — photo Joey Coleman, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 (image d'illustration)

Mise à jour du 12 octobre : le Parti québécois a remporté les élections du 5 octobre avec 59 sièges et forme un gouvernement minoritaire, dirigé par Paul St-Pierre Plamondon. La CAQ n’a obtenu aucun siège. Lire : trois élus d’origine marocaine à l’Assemblée nationale.

Par Abdesselam Mejlaoui
Fondateur et rédacteur en chef de Jisr.media

Le 5 octobre, le Québec aura de nouveaux visages dans les bureaux de vote. Un peu plus de 161 000 personnes originaires d’autres pays voteront pour la première fois. C’est environ 50 % de plus que les 106 000 de la période 2018-2022.

Ces gens ont attendu des années ce papier de citoyenneté. Le jour du vote, ils ne sont plus « des nouveaux ». Ils sont des électeurs.

Élections Québec 2026 : 161 000 voix qui peuvent tout changer

Dans une circonscription serrée, quelques centaines de voix suffisent. Alors 161 000, ça compte.

Mais voter, ce n’est pas cocher une case par habitude. C’est comparer, lire, poser des questions. Et se méfier des explications trop faciles.

Voter, mode d’emploi

Il faut être citoyen canadien, avoir 18 ans, être inscrit sur la liste électorale et être domicilié au Québec depuis le 5 avril 2026. Le jour du vote, une seule pièce d’identité suffit : permis de conduire, carte d’assurance maladie ou passeport canadien.

Vérifiez votre inscription sur le site d’Élections Québec. Cinq minutes, pas plus.

Le bouc émissaire, c’est pratique

Hôpitaux bondés, loyers trop chers, classes surchargées : on cherche un coupable. Et certains en ont un tout prêt.

Le chef conservateur Éric Duhaime juge qu’il y a eu beaucoup trop d’immigration, arrivée beaucoup trop vite. Son parti propose de réduire de 25 % l’aide sociale des demandeurs d’asile et de donner la priorité aux Québécois pour certains logements et places en garderie. Les autres partis ont aussi leurs seuils : 35 000 immigrants permanents par année pour le PQ, 45 000 pour la CAQ, 70 000 pour Québec solidaire.

Le débat est légitime. Mais est-ce que les nombres expliquent tout?

Regardons où sont passés les millions.

Où sont passés les millions?

Une préposée, un permis qui expire

Imaginez une préposée aux bénéficiaires recrutée à l’étranger. Elle lave, soulève, réconforte. Des quarts de nuit, des fins de semaine. Son permis de travail arrive à échéance en 2026.

Elle n’est pas seule. Près des deux tiers des travailleurs étrangers de la santé dont le permis expire en 2026 sont des préposés ou des auxiliaires. Environ 1 200 autres sont des infirmières recrutées. Et la voie rapide vers la résidence permanente? Le Programme de l’expérience québécoise a été aboli le 19 novembre 2025.

On va la chercher à l’étranger, puis on ferme la porte. Cherchez l’erreur.

Pendant ce temps, l’argent file ailleurs. Prenons un salaire moyen, tout compris, de 40 000 $ par préposé et par année. C’est une estimation, mais elle donne l’ordre de grandeur.

  • Le Dossier santé numérique devait coûter 265 M$. Son développement en a coûté 402 M$. Le dépassement seul, 137 M$, représente 3 425 préposés payés pendant un an.
  • Ce même dossier coûtera 100 M$ par année à exploiter. Ça fait 2 500 préposés, chaque année.
  • Le projet SIFA, évalué d’abord à 96 M$, pourrait dépasser le milliard. Développement et exploitation, ensemble, atteignent 1,2 G$. C’est 30 000 années de travail de préposé.
  • Et si SIFA est annulé, des pénalités contractuelles de 175 M$ seraient possibles. Soit 4 375 préposés pendant un an, pour un projet qui ne livre rien.

Bien sûr, un budget informatique et un budget de salaires ne sont pas des vases communicants. Mais si ces sommes avaient été mieux planifiées, est-ce que cette préposée aurait eu à s’inquiéter de son permis?

Soyons justes. Les chirurgies en attente depuis plus d’un an sont passées de 10 017 à 5 478 en un an. Mais 15,5 % des lits sont occupés par des patients qui n’ont plus besoin de soins (cible : 8 %), et l’attente sur civière aux urgences tourne autour de 27 à 29 heures. Selon des données obtenues par accès à l’information, la masse salariale des hauts dirigeants de Santé Québec et du ministère serait passée de 3,7 à 7 M$ par année.

Ces urgences sont-elles pleines à cause d’un nouveau citoyen? Ou d’une gestion qui promet, corrige, recommence?

Une maman devant la porte d’école

Elle a entendu que la réforme des commissions scolaires allait simplifier le réseau. Les économies annoncées? Environ 45 M$ sur quatre ans, soit 0,1 % du budget annuel de 11 G$. Une grande réforme de structure pour un dixième de un pour cent.

Je n’ai trouvé aucun bilan indépendant qui mesure ce qu’elle a changé pour les élèves. Si vous en connaissez un, dites-le-moi.

Un jeune couple, un 1er juillet

Ils cherchent un appartement. Ils en voient partout, des neufs. Alors pourquoi ne trouvent-ils rien de raisonnable?

En 2026, il s’est mis en chantier environ 22 000 logements à Montréal. Mais 86 % sont locatifs, dans les fourchettes de prix supérieures. Le Québec devrait en construire 100 000 par année pour retrouver l’abordabilité en dix ans. Un peu plus de 26 000 ont été lancés en six mois.

Le problème n’est pas seulement le nombre. C’est le type de logement, le prix, la planification.

Et derrière tout ça, le portefeuille. Plus de 40 G$ de déficits cumulés en huit ans. Et un trou de près de 5 G$ dans trois ans, selon la vérificatrice générale, si on veut maintenir les services.

Oui, plus de monde, c’est plus de besoins

Je ne le nie pas. Plus de population, ça demande plus d’écoles, de lits, de logements. Mais ça apporte aussi des travailleurs, des taxes, des chantiers.

L’Institut du Québec estime qu’avec un seuil équivalant à 12 % de la cible canadienne, l’immigration assurerait un tiers de la croissance économique en 2040. En 2022, un an après leur admission, les demandeurs principaux de l’immigration économique gagnaient 36 % de plus que la moyenne québécoise.

Attention, la même étude note que le PIB par habitant diminue quand les seuils montent, et que le nombre d’arrivants devrait suivre la capacité d’intégration au marché du travail. Sa présidente le résume bien : tout attendre de l’immigration, ou lui imputer tous les maux, ne fait que polariser le débat.

Voilà l’idée. Il faut planifier, pas accuser.

Planifier, c’est relier les décisions : combien on accueille, où on loge, qui soigne, qui enseigne. Ensemble, pas chacun dans son coin.

Un Québec bâti par les vagues

Rien de nouveau ici. Chaque vague d’arrivants a construit ce pays, des chantiers aux hôpitaux, des usines aux universités. J’en ai déjà parlé dans « Immigration et écoles publiques : le mauvais procès du Parti québécois » et dans « Cerveaux bienvenus, bras de trop ».

Votre voix, votre choix

Je ne vous dirai pas pour qui voter. Ce n’est pas mon rôle. Je vous demande seulement ceci : votez. En connaissance de cause.

Posez la question qui dérange à chaque candidat : « Avez-vous un plan chiffré, et qui en rendra compte? »

Le 5 octobre, on ne vote pas pour ou contre des immigrants. On vote pour ou contre une façon de gérer.

Abdesselam Mejlaoui, Montréal

FAQ : voter aux élections Québec 2026

Qui peut voter le 5 octobre? Toute personne citoyenne canadienne, âgée de 18 ans ou plus, domiciliée au Québec depuis au moins le 5 avril 2026 et inscrite sur la liste électorale.

Quelle pièce d’identité apporter? Un permis de conduire, une carte d’assurance maladie du Québec ou un passeport canadien.

Puis-je voter avant le 5 octobre? Le vote au bureau du directeur du scrutin est possible du 25 au 30 septembre, de 9 h 30 à 20 h, et le 1er octobre de 9 h 30 à 14 h. Vérifiez les autres options sur le site d’Élections Québec.

Comment savoir si je suis inscrit? Sur le site d’Élections Québec, avec vos nom, date de naissance et adresse, ou avec l’avis d’inscription reçu par la poste.

Les immigrants sont-ils responsables de la crise du logement ou des urgences? Pas à eux seuls. Plus de population augmente les besoins, mais les retards de construction, l’écart entre les prix et les revenus et les dépassements de coûts en santé viennent surtout de décisions de gestion.

Sources

  • Radio-Canada, « Plus de 160 000 immigrants pourront voter pour la première fois au Québec » (ici.radio-canada.ca/nouvelle/2283911)
  • Le Devoir, dossier Élections Québec 2026 (conditions de vote, périodes de vote au bureau du directeur du scrutin)
  • Immigrant Québec, « Tout ce que vous devez savoir pour voter au Québec »
  • Radio-Canada, « Le Dossier santé numérique coûtera 100 millions $ par an à exploiter » (mai 2026) : coûts DSN et SIFA
  • Autorité des marchés publics, via Radio-Canada : SIFA à 1,2 G$; APDQ (compte rendu des crédits 2026-2027) : pénalités de 175 M$
  • Radio-Canada, « Québec : des travailleurs étrangers de la santé menacés d’un départ forcé en 2026 »; Immétis, fin du PEQ (19 novembre 2025)
  • Santé Québec : Radio-Canada (février 2026) et La Presse (décembre 2025); accès à l’information rapporté dans la fiche Wikipédia de Santé Québec (masse salariale des dirigeants)
  • L’actualité, « La fin des commissions scolaires » (économies de 45 M$ sur quatre ans)
  • La Presse, « Rapport sur l’offre de logements » (SCHL, septembre 2026); Québec habitation (APCHQ), mises en chantier
  • Cadre financier 2026-2027 à 2030-2031 (déficits cumulés); Le Devoir, rapport préélectoral de la vérificatrice générale (août 2026)
  • Institut du Québec, « Seuils d’immigration au Québec » et « Les cinq questions économiques les plus posées sur l’immigration » (juin 2025)
  • Le Devoir, Voix de l’Est, Carrefour de Québec : propositions en immigration de la campagne 2026

Fin de l’article

Sujets :⚜️ Québec : élections et gouvernement🍁 Canada et immigration
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