Plus qu’une nuit. Demain, lundi 5 octobre, le Québec choisit son gouvernement. Les chefs ont fait leur dernier tour de piste ce dimanche, et une question nous concerne directement : les Québécois d’origine marocaine iront-ils voter ?
Il y a onze jours, au Maroc, la réponse a été cruelle. Le 23 septembre, 38 % des inscrits ont voté. Rapporté à tous les adultes en âge de voter, c’est 22,9 %, à peine un sur cinq, selon le calcul du sociologue Mohamed Mbarki dans nos pages.

Présents partout… sauf dans l’isoloir ?
Au Québec, la participation tourne autour de 66 % (élection de 2022), et 1,5 million d’électeurs, près d’un sur quatre, ont déjà voté par anticipation cette année, selon Élections Québec.
Combien de Québécois d’origine marocaine en font partie ? Personne ne le sait : Élections Québec ne compte pas les électeurs selon leur origine, et aucune étude sérieuse ne mesure le vote de la communauté. Ce qu’on sait, c’est que la diaspora marocaine est active partout : associations, commerces, mosquées, festivals, réseaux sociaux. Reste à le montrer là où se prennent les décisions qui la touchent : francisation, garderies, reconnaissance des diplômes, immigration, laïcité.
Ceux qui ne votent pas laissent les autres décider pour eux, à Rabat comme à Québec.
Une précision importante : seuls les citoyens canadiens votent. Les résidents permanents, même installés depuis des années, n’ont pas encore ce droit. Raison de plus, pour ceux qui l’ont, de ne pas le laisser dormir.
Monsef Derraji, Parti libéral du Québec de Charles Milliard, Nelligan. Né à Marrakech, député depuis 2018, il brigue un troisième mandat. Porte-parole de l'opposition officielle en santé et en transports, il préside aussi la Commission de l'administration publique.
Fatima Aboubakr, Parti québécois, Laval-des-Rapides. Entrepreneure arrivée du Maroc il y a près de vingt ans. Sa candidature lui a valu des menaces de mort, dénoncées à l'unanimité par le conseil municipal de Laval. Elle est aussi au cœur d'une polémique : dans un balado enregistré en 2025, rapporte Le Devoir, elle jugeait l'islam « incompatible avec les valeurs occidentales ». Son parti, le PQ de Paul St-Pierre Plamondon, précise que ces propos « n'engagent pas tous les musulmans ».
Rachid Jemmah, Parti vert du Québec d'Alex Tyrrell, Marquette. Arrivé du Maroc en 2003, père de deux enfants, il veut défendre « l'environnement, la justice sociale et le vivre-ensemble ».
À noter : Marwah Rizqy, députée libérale de Saint-Laurent et fille d'immigrants marocains, ne se représentait pas cette année.
Qui saura séduire les Québécois ?
Le dernier sondage Léger, réalisé du 30 septembre au 1er octobre auprès de 1 000 électeurs, donne le PQ de Paul St-Pierre Plamondon en tête, mais rien n’est joué.
| Parti et chef | Intentions de vote |
|---|---|
| PQ, Paul St-Pierre Plamondon | 29 % |
| PLQ, Charles Milliard | 25 % |
| PCQ, Éric Duhaime | 20 % |
| CAQ, Christine Fréchette | 14 % |
| QS, Ruba Ghazal | 11 % |
Source : Léger, 30 septembre-1er octobre 2026, marge d’erreur ±3,1 points, 19 fois sur 20.
77 %
des Québécois veulent un changement de gouvernement (Léger)
La CAQ de Christine Fréchette, au pouvoir depuis huit ans, s’effondre à la quatrième place. Le PQ de Paul St-Pierre Plamondon domine chez les francophones (35 %), tandis que le PCQ d’Éric Duhaime gagne encore deux points en quelques jours. Le PLQ de Charles Milliard reste le seul à pouvoir encore disputer la première place, et QS de Ruba Ghazal se bat pour garder ses sièges montréalais.
Paul St-Pierre Plamondon (PQ) : 25 % · Charles Milliard (PLQ) : 18 % · Éric Duhaime (PCQ) : 14 % · Christine Fréchette (CAQ) : 12 % · Ruba Ghazal (QS) : 8 %
23 % des répondants ne se prononcent pas. Source : Léger, 30 septembre-1er octobre 2026.
La cote personnelle suit les intentions de vote, avec une nuance : même la première ministre sortante, Christine Fréchette, ne convainc qu’un électeur sur huit. Et près d’un électeur sur quatre ne voit aucun chef à la hauteur, ce qui en dit long sur la fatigue de cette campagne.
Où étaient les chefs ce dimanche ?
PQ, Paul St-Pierre Plamondon : Montréal, de Hochelaga à Rosemont. « Chaque appel, chaque geste, chaque effort supplémentaire fera la différence. »
PLQ, Charles Milliard : la Beauce et l'Estrie, à la chasse aux électeurs conservateurs. « Une victoire du PLQ est tout à fait possible. »
PCQ, Éric Duhaime : le Bas-Saint-Laurent, Chaudière-Appalaches, puis Québec.
CAQ, Christine Fréchette : porte-à-porte en Mauricie, dans sa circonscription de Trois-Rivières.
QS, Ruba Ghazal : Verdun et Rosemont, à Montréal.
16 % des voix et zéro siège ? Le mode de scrutin, grand juge de lundi
Avec ces chiffres, que donnerait l’Assemblée nationale ? La projection Qc125 du 3 octobre, qui traduit les sondages en sièges circonscription par circonscription, est spectaculaire.
| Parti et chef | Vote projeté | Sièges projetés (sur 127) |
|---|---|---|
| PQ, Paul St-Pierre Plamondon | 29,6 % | 62 (de 52 à 73) |
| PLQ, Charles Milliard | 24,0 % | 39 (de 33 à 44) |
| PCQ, Éric Duhaime | 18,6 % | 19 (de 11 à 26) |
| QS, Ruba Ghazal | 11,1 % | 7 (de 3 à 12) |
| CAQ, Christine Fréchette | 16,2 % | 0 (de 0 à 2) |
Source : Qc125, projection du 3 octobre 2026. La majorité est à 64 sièges.
La CAQ de Christine Fréchette pourrait obtenir 16 % des voix… et aucun siège.
En 2022, avec 41 % des voix, elle avait raflé 90 sièges sur 125. Le même mode de scrutin qui l'a gonflée hier pourrait l'effacer demain, tandis que le PQ, avec moins d'un tiers des voix, frôlerait la majorité.
C’est le cœur du problème : notre mode de scrutin, uninominal à un tour, récompense le parti qui arrive premier dans chaque circonscription, même avec 30 % des voix, et efface les autres. Un parti soutenu par un électeur sur six peut disparaître de l’Assemblée.
La réforme promise… et oubliée ?
Cette question, la CAQ la connaît bien. En mai 2018, François Legault avait signé avec le PQ, QS et le Parti vert un engagement à instaurer un mode de scrutin proportionnel mixte pour l’élection de 2022. Son gouvernement a déposé un projet de loi en 2019. Puis, en décembre 2021, il a tout abandonné, invoquant la pandémie et un sujet qui ne serait « pas une priorité » pour la population. Élu avec 41 % des voix et une large majorité, il n’avait plus vraiment intérêt à changer les règles.
Aujourd’hui, c’est Paul St-Pierre Plamondon qui promet. En pleine campagne, il a assuré qu’un gouvernement péquiste procéderait à la réforme, même sans l’appui de tous les partis, sans préciser encore le modèle retenu ni l’échéancier. Le PQ a de bonnes raisons d’y croire : en 2022, avec 14,6 % des voix, il n’avait obtenu que 3 sièges.
Le vrai test d’une promesse de réforme électorale, c’est de la tenir une fois que les règles actuelles vous ont donné le pouvoir.
Si le PQ obtient lundi une majorité avec 30 % des voix, il sera exactement dans la position de François Legault en 2018 : celle du gagnant à qui le système profite. Tiendra-t-il parole là où son prédécesseur a reculé ? La question se posera dès les premiers jours du prochain gouvernement, et nous la poserons.
L’IA, arme de campagne ou boulet ?
La dernière polémique n’est pas venue d’un débat, mais d’un livre. Le 1er octobre, le Journal de Montréal a révélé que Destination Autonomie, l’essai d’Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, paru en avril, aurait été rédigé à 62 % avec l’intelligence artificielle, selon le logiciel de détection Pangram. La préface de sa députée sortante, Maïté Blanchette Vézina, l’aurait été à 100 %.
Éric Duhaime assume : il s'est servi de l'IA « pour corriger certains passages, préparer des tableaux et vérifier des faits », mais les idées sont les siennes. « C'est une réalité, on est en 2026. »
Son éditeur va plus loin : l'écriture « 100 % humaine » serait appelée à disparaître.
Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec, réplique : « Ce qu'on a dans les tripes, ça ne devrait pas être le fruit de l'intelligence artificielle. »
Est-ce que ça coûtera des voix à Éric Duhaime ? Le sondage Léger, réalisé au moment même des révélations, le donne plutôt en hausse. Sa base électorale semble peu sensible à l’argument. La vraie réponse viendra demain soir. Mais la question dépasse Duhaime : quand un chef confie une partie de sa pensée à une machine, que reste-t-il de l’engagement personnel qu’on attend d’un futur élu ?
Demain, comment voter ?
Quand : de 9 h 30 à 20 h, partout au Québec.
Qui : 18 ans ou plus, citoyen canadien, domicilié au Québec depuis six mois, inscrit sur la liste électorale.
Avec quoi : carte d'assurance maladie, permis de conduire, passeport canadien, certificat de statut d'Indien ou carte des Forces canadiennes.
Où : l'adresse de votre bureau de vote figure sur la carte de rappel reçue par la poste, ou sur le site d'Élections Québec.
Le Maroc a montré, il y a onze jours, ce que donne un scrutin boudé : un gouvernement choisi par une minorité. Demain, ceux d’entre nous qui ont le droit de vote au Québec peuvent faire mieux.
À lire aussi sur Jisr.media :
- Québec 2026, sprint final : les indécis peuvent offrir une majorité, sur des promesses plus faciles à écrire qu’à tenir
- Québec 2026, dernière semaine : après huit ans au pouvoir, la CAQ de Fréchette dégringole
- Législatives du 23 septembre 2026 : l’ancien se renouvelle et le nouveau lutte pour naître !
- Primature 2026 : 6 millions de votants sur 28 millions, et un choix qui se fera sans eux
- Immigration : pendant que le Québec veut fermer des portes, Ottawa en ouvre aux francophones
- Menaces de mort contre neuf écoles musulmanes au Canada : la peur, et le piège des radicaux
FAQ
Qui peut voter aux élections du Québec le 5 octobre 2026 ? Toute personne de 18 ans ou plus, de citoyenneté canadienne, domiciliée au Québec depuis au moins six mois et inscrite sur la liste électorale. Les résidents permanents qui n’ont pas encore la citoyenneté canadienne ne peuvent pas voter.
Quelles pièces d’identité faut-il pour voter au Québec ? L’une des pièces suivantes : carte d’assurance maladie, permis de conduire, passeport canadien, certificat de statut d’Indien ou carte d’identité des Forces canadiennes.
Quel est le dernier sondage avant le vote ? Selon Léger (30 septembre-1er octobre, 1 000 répondants) : PQ 29 %, PLQ 25 %, PCQ 20 %, CAQ 14 %, QS 11 %.
Combien de sièges les partis peuvent-ils obtenir ? Selon la projection Qc125 du 3 octobre 2026 : PQ 62 sièges (de 52 à 73), PLQ 39, PCQ 19, QS 7 et CAQ 0 (de 0 à 2). La majorité est à 64 sièges sur 127.
Combien de Marocains ont voté aux législatives du 23 septembre ? La participation officielle est de 38,02 % des inscrits, soit environ 6 millions de votants. Rapportée à l’ensemble des adultes en âge de voter, elle tombe à 22,9 %, selon le calcul du sociologue Mohamed Mbarki.
Sources : Léger (sondage du 30 septembre-1er octobre 2026) ; Qc125 (projection du 3 octobre 2026) ; Élections Québec ; ministère de l’Intérieur du Maroc ; Journal de Montréal, Radio-Canada, Le Devoir, Courrier Laval.







