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📚 Dossier : Élections Maroc 2026

Le programme de l'Alliance de gauche, expliqué simplement

FGD et PSU ont présenté leur programme commun pour les législatives du 23 septembre : 103 pages, 431 mesures, 162 milliards de dirhams promis par an. Jisr.media a lu le document et vérifié cinq de ses chiffres les plus cités.

Le programme de l'Alliance de gauche, expliqué simplement

Le programme de l’Alliance de gauche, expliqué simplement

La FGD et le PSU ont présenté leur programme commun pour les législatives du 23 septembre, lors d’une conférence de presse suivie par notre correspondant au Maroc. 103 pages, 162 milliards de dirhams promis par an. Jisr.media a lu le document et vérifié ses chiffres. Voici ce qu’il faut retenir.

Qui sont-ils et que promettent-ils ?

Deux partis de gauche — la Fédération de la gauche démocratique (FGD) et le Parti socialiste unifié (PSU) — se présentent ensemble sous le slogan « La dignité d’abord ». Leur programme touche à tout : la monarchie, l’économie, les services publics, les Marocains du monde, et la manière de payer pour tout ça.

Cinq grands thèmes reviennent : moins de corruption, une économie qui produit plus, des services publics gratuits ou moins chers, plus de droits pour la diaspora, et 162 milliards de dirhams par an pour financer le tout.

Le problème qu’ils dénoncent : beaucoup d’argent investi, peu de résultats

Le Maroc investit beaucoup — entre 30 et 34 % de tout ce que le pays produit chaque année. Mais la croissance reste faible. Le programme dit que le Maroc ne dépassera pas 4 % de croissance en moyenne entre 2022 et 2026, alors que le gouvernement avait promis 5 %.

On a vérifié : c’est vrai. Les propres chiffres du Haut-Commissariat au Plan donnent une moyenne de 3,92 % sur cette période. Le gouvernement n’a pas tenu sa promesse.

Sur l’emploi, le programme dit que seulement 23 500 emplois nets sont créés chaque année en moyenne, alors qu’il en faudrait 370 000. Ce chiffre précis est difficile à vérifier — les statistiques officielles montrent de grosses variations d’une année à l’autre. Mais l’idée générale est confirmée ailleurs : un rapport de la Banque mondiale de 2026 parle bien d’un manque de 370 000 emplois par an entre 2020 et 2024.

Cinq chiffres vérifiés

On a testé cinq chiffres parmi les plus cités du programme :

✅ La facture énergétique de 114 milliards de dirhams en 2024. Vrai. C’est le chiffre exact de l’Office des changes.

✅ La croissance sous les 4 %. Vrai, comme expliqué plus haut.

⚠️ 46 % d’énergies renouvelables. Le programme cite ce chiffre à un endroit, et 25 % à un autre. Les deux sont vrais ! Le premier compte les installations construites (capacité), le deuxième compte l’électricité vraiment produite. Ce n’est pas la même chose, et peu de gens font la différence — le programme, lui, la fait correctement.

✅ 0,8 % du PIB pour la recherche scientifique. Vrai, mais c’est un vieux chiffre. Il n’a presque pas bougé depuis 2017.

❓ 56 % des Marocains touchés par la fracture numérique. On n’a pas trouvé de statistique officielle qui confirme ce chiffre précis.

Un petit bémol : le programme parle de transferts de la diaspora de « 115 milliards de dirhams », mais c’est le chiffre de 2023. En 2024, ils ont dépassé 117 milliards.

Le même problème revient partout : la rente plutôt que la production

Que ce soit dans l’énergie, l’eau, l’agriculture ou l’immobilier, le programme répète la même critique : l’argent investi finit en profits pour quelques secteurs (banques, télécoms, ciment, grande distribution) plutôt qu’en salaires et en emplois.

Droits humains : libérer les prisonniers politiques, tout de suite

Le programme commence fort sur ce sujet. Il promet une amnistie générale et immédiate pour tous les détenus des mouvements populaires — Mouvement du 20 février, Hirak du Rif, Jerada, Figuig, Zagora, et le mouvement Génération Z (les jeunes manifestants de 2025) — et pour les détenus d’opinion : journalistes, blogueurs, syndicalistes. Le tout dans les 100 premiers jours. Il promet aussi d’arrêter les poursuites en cours, de réparer moralement et financièrement les anciens détenus et leurs familles, et de changer la loi pour qu’on ne puisse plus mettre quelqu’un en prison pour avoir parlé ou manifesté pacifiquement.

Ce n’est pas un détail : dans la liste des promesses les plus urgentes du programme, cette loi d’amnistie arrive en deuxième position, juste après le retour de l’accès gratuit aux soins pour les plus pauvres, et avant la hausse du salaire minimum.

Un immense volet social, en résumé

Le plus gros morceau du programme (225 mesures sur 431 au total) porte sur l’école, la santé, le travail, les retraites et le pouvoir d’achat. Quelques chiffres méritent d’être connus dès maintenant :

  • Près de la moitié des femmes de 25 ans et plus (48 %) n’ont aucun niveau scolaire — 70 % en milieu rural.
  • Le taux d’emploi est tombé à son plus bas niveau historique : 35 %. Le chômage des jeunes atteint 37 %, et presque 3 millions de jeunes ne sont ni scolarisés, ni en formation, ni en emploi.
  • En santé, 91 % des dépenses de l’assurance maladie vont au privé, contre seulement 9 % pour l’hôpital public. Environ 11 millions de personnes n’ont pas un accès réel aux soins malgré une couverture officielle.
  • Plus de la moitié des personnes âgées (52 %) n’ont aucun revenu fixe.

Le programme propose, entre autres, de porter le budget de la santé à 12 % du budget de l’État d’ici 2031 (contre 6 % aujourd’hui), et celui de l’éducation à 7 % du PIB.

Le Sahara : une condition qu’ils posent eux-mêmes

Un chapitre du programme porte sur le Sahara. L’Alliance soutient la résolution 2797 de l’ONU (octobre 2025) et qualifie l’autonomie de « solution la plus viable ». Point notable : ils posent eux-mêmes des conditions pour que ce plan réussisse — dont la libération des détenus des mouvements sociaux, présentée comme nécessaire pour donner de la crédibilité au négociateur marocain. Ils appellent aussi à un dialogue avec l’Algérie pour transformer le Sahara en pont économique entre les pays du Maghreb.

Les Marocains du monde : plus de voix, moins d’obstacles

Le chapitre sur la diaspora propose des élus directs pour les MDM à la Chambre des représentants, à la place du vote par procuration. Il propose aussi de réformer les services consulaires, de baisser le coût des transferts d’argent, et de mieux protéger les travailleuses saisonnières. Un autre chapitre engage les deux partis contre la normalisation avec Israël et pour la cause palestinienne.

162 milliards par an : un pari

Le dernier axe du programme explique comment payer pour tout ça : plus d’impôts sur la fortune et les grandes rentes, moins de cadeaux fiscaux inutiles. Les deux partis annoncent vouloir mobiliser 500 milliards de dirhams sur l’ensemble du mandat (2027-2031), pour atteindre un rythme de 162 milliards par an à la fin de la période. Chaque chapitre a son budget précis — jusqu’à 14 milliards par an pour le monde rural, par exemple. C’est rare, dans un programme électoral marocain, d’avoir des chiffres aussi détaillés. L’Alliance revendique d’ailleurs 431 mesures concrètes au total dans son programme.

Reste une question simple : ni la FGD ni le PSU n’ont jamais gouverné. Combien de ces 500 milliards survivront à une vraie négociation au Parlement ?

Le programme complet, ainsi que la déclaration officielle de la conférence de presse, sont disponibles sur yassar.ma.

Sujets :🗳️ Élections et gouvernement au Maroc
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