Lettre ouverte d’une étudiante : « Que ma persévérance ne reste pas une exception »
À l’occasion de la publication de notre dossier sur les élections législatives du 23 septembre, la rédaction de jisr.media a reçu ce témoignage d’une jeune étudiante marocaine. Elle y raconte, avec ses mots, une année marquée par l’éloignement, la précarité matérielle et la détermination. Une lettre adressée aux partis politiques et aux responsables publics, au moment où les programmes électoraux se multiplient — souvent sans réponse concrète aux réalités qu’elle décrit.
Je m’appelle Narjis, j’ai 19 ans, je viens du quartier Jawadi à Casablanca. Il y a quelques mois à peine, je vivais encore chez mes parents. Aujourd’hui, après un bac obtenu dans la difficulté, j’étudie à Rabat.
Tout est allé très vite. L’inscription, la préparation des concours, tout ça dans un délai très court : le stress est monté d’un coup. Il a fallu quitter ma ville, trouver un logement, apprendre à me débrouiller seule, loin des miens. Pour une jeune fille qui vivait encore chez ses parents quelques mois plus tôt, c’est un choc.
Le quotidien, ensuite, reste fait de contraintes matérielles. Le trajet entre mon logement et l’université est long et coûteux. L’accès aux ressources pédagogiques aussi — plateformes, cours en ligne, logiciels spécialisés — pourtant indispensables pour suivre le rythme des études. Pour payer tout ça, et garder un peu d’argent de poche, j’ai pris un travail à temps partiel. Mon emploi du temps, déjà chargé, l’est encore plus.
Malgré tout, je tiens à participer à des activités parascolaires : elles m’ont appris à communiquer, à prendre la parole en public. Mais ce temps-là se prend forcément ailleurs — sur le sport, la lecture, les sorties entre amis. La fatigue s’accumule.
Un jour, tout ça a fini par se voir : un examen important, raté. Ça m’a profondément découragée, au point d’envisager d’abandonner. Ce qui m’a fait tenir, c’est une amie rencontrée à la cité universitaire, et l’idée de ne pas décevoir ma famille.
Aujourd’hui, je m’en sors. Mais mon parcours pose une question toute simple : combien de jeunes comme moi abandonnent, faute d’un accompagnement suffisant ?
Il est temps que l’université et les pouvoirs publics renforcent l’offre de logements étudiants à prix accessible, les bourses, et l’accompagnement psychologique des jeunes loin de leur foyer. Que ma persévérance ne reste pas une exception. Qu’elle devienne la norme.
Narjis, 19 ans, étudiante à Rabat
Note de la rédaction — Le parcours de Narjis n’est pas un cas isolé. Elle a choisi d’étudier au Maroc, de miser sur son pays, là où d’autres jeunes de sa génération regardent vers l’ailleurs.
Le décrochage n’est pas la seule dérive à craindre. Dans la précarité et l’isolement, combien de jeunes, filles et garçons, finissent happés par la drogue, les réseaux illicites, la prostitution ? Ce silence-là tue plus sûrement qu’un examen raté. L’urgence n’est pas dans cinq ans, ni après les élections : elle est maintenant. Et elle ne se règle certainement pas par des discours misogynes qui renvoient les jeunes filles à la maison, sommées de « se trouver un mari » plutôt que de poursuivre leurs études. Ce genre de rhétorique n’est pas une solution. C’est une capitulation.
Dans le cadre de notre dossier sur les législatives du 23 septembre, nous avons interrogé les partis sur leurs programmes. Combien d’entre eux chiffrent réellement leurs engagements sur le logement étudiant, les bourses ou l’accompagnement psychologique — plutôt que de rester dans des promesses vagues ? jisr.media continue de poser la question.







