Jeudi 22 octobre, la Chambre des représentants a accordé sa confiance au gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri. 204 voix pour, 127 contre. Le minimum était de 198. Le gouvernement passe, mais de 6 voix seulement.
L’article 88 de la Constitution l’exige : un nouveau gouvernement ne peut agir qu’après avoir obtenu la confiance de la Chambre des représentants, à la majorité absolue de ses membres, sur la base de son programme. El Mansouri l’avait présenté lundi 19 octobre (notre lecture des promesses et des dates). Le lendemain du vote, Fouzi Lekjaa présentait déjà au Parlement le projet de loi de finances 2027.
204
voix pour
127
voix contre
64
députés absents
+6
au-dessus des 198 requis
Qui a voté quoi ?
PAM de Fatima Ezzahra El Mansouri · 97 sièges · Pour
Hicham Sabri, président du groupe : le programme marque « un changement de cap ».
Istiqlal de Nizar Baraka · 65 sièges · Pour
Abdelali Brouki : il « met le pays sur la bonne voie ».
USFP de Driss Lachgar · 26 sièges · Pour
Le programme « répond à des problèmes posés depuis plus de 15 ans ».
PPS de Nabil Benabdallah · 19 sièges · Pour
Maryam Wahsa : un programme « issu du pouls de la rue ».
Groupe constitutionnel (Union constitutionnelle de Mohamed Joudar et MDS) · 25 sièges · Pour, soutien critique
Choix annoncé le 9 octobre, au nom de la proximité avec le programme du PAM, « sans renoncer à l'indépendance » de ses décisions.
RNI de Mohamed Chaouki · 66 sièges · Contre
Yassine Ouakacha, président du groupe : le RNI n'a « aucun problème » à siéger dans l'opposition.
PJD d'Abdelilah Benkirane · 54 sièges · Contre
Driss El Azami, président du groupe : des promesses repoussées à 2031, « inacceptable ».
Mouvement populaire de Mohamed Ouzzine · 29 sièges · Contre
Rim Chabat, présidente du groupe : « une simple déclaration d'intentions ».
Alliance de la gauche d'Abdessalam El Aziz et Jamal El Asri · 8 sièges · Contre
Nabila Jalal, présidente du groupe : pas de confiance pour le gouvernement du « sac de Tanger ».
Sièges : résultats des législatives du 23 septembre 2026. Le vote n’est pas publié député par député : la colonne « vote » donne la position annoncée par chaque groupe.
Le chiffre qui dérange : 64 absents
Sur le papier, le gouvernement pouvait compter sur 232 sièges : les 207 de sa majorité (PAM, Istiqlal, USFP, PPS) et les 25 du groupe constitutionnel. Il n’en a obtenu que 204. Environ 28 voix ont manqué dans son propre camp, si chaque groupe a voté en bloc. Même sans le groupe constitutionnel, les quatre partis de la majorité totalisent 207 sièges, soit trois de plus que les voix obtenues.
L’opposition n’a pas fait le plein non plus : RNI, PJD, Mouvement populaire et Alliance de la gauche réunissent 157 sièges, pour 127 voix contre. Une trentaine de ses députés n’ont pas voté. Les 6 élus des petits partis (Front des forces démocratiques, Parti de l’équité, Démocrates nouveaux, Parti de l’unité et de la démocratie) n’ont pas fait connaître leur position.
Un gouvernement investi à 6 voix près, dans un hémicycle où un député sur six n'a pas voté.
Le RNI, de la tête du gouvernement à l’opposition
C’est la première image de cette législature : le parti qui dirigeait le gouvernement jusqu’en septembre vote contre son successeur. Le RNI de Mohamed Chaouki, tombé de 102 à 66 sièges, avait pourtant dit début octobre être prêt à participer (notre article : avec ou sans le RNI ?). Le PAM a refusé.
À la tribune, Yassine Ouakacha a défendu le bilan du gouvernement précédent. Il a demandé ce qu’apporterait un exécutif qui poursuit des réformes déjà lancées, et il a refusé la confiance faute de garanties sur le financement des promesses. Le RNI interroge notamment le coût des engagements électoraux du PAM, estimé à 350 milliards de dirhams.
Le PJD : « Nous suivons tout et surveillons tout »
Pour Driss El Azami, le gouvernement est « faible électoralement et en termes de représentativité ». Il reproche à la cheffe du gouvernement d’avoir étalé sur cinq ans des promesses de campagne présentées comme rapides : la pension minimale de 3 000 DH, l’aide sociale de 1 000 DH, la baisse de l’impôt sur le revenu. Le PJD annonce quatre propositions de loi : sur l’enrichissement illicite, les conflits d’intérêts, la protection des lanceurs d’alerte et l’unification des déclarations de patrimoine.
L’Alliance de la gauche : amnistie générale et monarchie parlementaire
Nabila Jalal, présidente du groupe de l’Alliance de la gauche, a annoncé le vote contre « l’ensemble » du programme. Elle juge que lier les engagements au « caractère progressif » et aux « moyens financiers » revient à « se dégager par avance de toute responsabilité », et elle relève l’absence d’échéances et d’indicateurs.
Elle a rappelé l’affaire du sac de bulletins de Tanger (notre enquête « Tangergate ») et le renvoi d’une ministre deux jours après sa nomination. Son groupe déposera, pour la troisième fois, une proposition d’amnistie générale pour les détenus du Hirak du Rif, les jeunes de la « GenZ », des journalistes et des syndicalistes. Il demande aussi une réforme constitutionnelle « vers une monarchie parlementaire » et l’association du Parlement au suivi de l’autonomie au Sahara.
Le Mouvement populaire : « du réchauffé »
Rim Chabat a qualifié le programme de « simple déclaration d’intentions ». Elle demande des coûts et des échéances pour pouvoir contrôler son application, et une enquête sur l’usage des fonds publics consacrés au pouvoir d’achat. Le secrétaire général du parti, Mohamed Ouzzine, parle de programme « réchauffé ».
La réponse d’El Mansouri : le PJD en ligne de mire
Dans sa réplique, la cheffe du gouvernement a surtout visé le PJD. Le « discours de la victimisation » ne paie plus, a-t-elle lancé, avant d’ajouter à l’adresse des bancs islamistes : « Vous y avez très bien réussi en 2011. » Sur la participation de 38 % aux législatives : « C’est notre responsabilité à tous. » Elle a soutenu l’incrimination de l’enrichissement illicite et reconnu que certaines aides, comme celles sur les viandes, n’avaient pas eu les effets attendus.
Driss El Azami lui a reproché d’avoir répondu en coordinatrice du PAM plutôt qu’en cheffe du gouvernement.
Et maintenant ?
Le projet de loi de finances 2027, présenté le 23 octobre par Fouzi Lekjaa, sera le premier test de ce programme. Nous suivrons le sort des propositions de loi annoncées par le PJD et par l'Alliance de la gauche, et la place faite aux Marocains du monde, à qui le programme ne consacre qu'une seule phrase.
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Questions fréquentes
Combien de voix le gouvernement El Mansouri a-t-il obtenues ? 204 voix pour et 127 contre, sur 331 votants, le jeudi 22 octobre 2026 à la Chambre des représentants. La Constitution (article 88) exige la majorité absolue des membres, soit 198 voix sur 395.
Quels partis ont voté pour le programme gouvernemental ? Le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS, qui forment la majorité (207 sièges), ainsi que le groupe constitutionnel (Union constitutionnelle et Mouvement démocratique et social), qui a choisi un « soutien critique ».
Quels partis ont voté contre ? Le RNI de Mohamed Chaouki, le PJD d’Abdelilah Benkirane, le Mouvement populaire de Mohamed Ouzzine et l’Alliance de la gauche (FGD-PSU).
Pourquoi 64 députés n’ont-ils pas voté ? Aucune explication officielle n’a été donnée. Les absences touchent les deux camps : environ 28 voix manquent au camp du gouvernement et 30 à l’opposition, si chaque groupe a voté en bloc.







