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📚 Dossier : Élections Maroc 2026

Le programme de Fatima Ezzahra El Mansouri : des promesses, mais pour quand ?

Lundi 19 octobre, la cheffe du gouvernement a présenté son programme pour 2026-2031. Les objectifs sont chiffrés. Les dates, elles, sont presque absentes. Pension minimale, aide sociale, régions, jeunes, corruption : ce qui est dit, ce qui manque.

🕒 Mise à jour : 20 octobre 2026, 16h
Le programme de Fatima Ezzahra El Mansouri : des promesses, mais pour quand ?

Infographie Jisr.media

Lundi 19 octobre, la cheffe du gouvernement a présenté son programme pour 2026-2031. Les objectifs sont chiffrés. Les dates, elles, sont presque absentes. Le programme reprend les priorités du discours royal du 9 octobre (voir notre décryptage : « Discours royal : du concret, des résultats, et des élus attendus au tournant »).

Mise à jour, 20 octobre, 16h : nous avons consulté le texte écrit de la déclaration gouvernementale (31 pages, en arabe). Il confirme nos constats et apporte des précisions, ajoutées ci-dessous. Il réserve aussi une seule phrase aux Marocains du monde : notre article à ce sujet.

2021 : un million d’emplois promis, combien de créés ?

En 2021, le gouvernement précédent promet un million d’emplois nets en cinq ans. En 2026, il dit en avoir créé 850 000 hors agriculture. Mais ce calcul compte l’année 2021, avant son arrivée. Et en incluant l’agriculture, les calculs fondés sur les données du HCP donnent moins de 100 000 emplois nets. Le chômage, lui, passe de 12,3 % en 2021 à 13,0 % en 2025.

Une promesse. Cinq ans. Deux lectures.

Promesses de 2026 : ce qui est dit, ce qui manque

Aide sociale directe

Ce qui est dit : De 500 à 1 000 DH « à la fin du mandat », avec un ciblage sur le revenu réel

Ce qui manque : Les étapes d'ici 2031, la date de la première hausse

Pension minimale

Ce qui est dit : 3 000 DH par mois « dans tous les régimes », par une hausse « progressive ». Les veuves toucheraient 100 % de la pension du conjoint, au lieu de 50 %

Ce qui manque : Aucune date, ni pour le minimum, ni pour la pension des veuves

Régions

Ce qui est dit : Porter les transferts aux régions à « au moins 12 milliards DH à partir de 2027 »

Ce qui manque : Le montant actuel, et la confirmation qu'il s'agit d'un niveau annuel

Jeunes sans emploi ni formation

Ce qui est dit : 100 000 formations et 100 000 premières expériences par an, à partir de 2027, et 150 000 à 200 000 places d'apprentissage par an

Ce qui manque : Le budget, qui s'en occupe, les étapes

Lutte contre la corruption

Ce qui est dit : Punir l'enrichissement illicite et les conflits d'intérêts, renforcer la déclaration de patrimoine, réserver par la loi 30 % de la valeur des marchés publics aux PME marocaines

Ce qui manque : Aucune date de dépôt des lois

Retraites

Ce qui est dit : Rapprocher les régimes, protéger celles et ceux qui n'ont aucune pension

Ce qui manque : Aucune date, aucun texte précisé

Impôt sur le revenu

Ce qui est dit : Un salaire net plus élevé, « progressivement »

Ce qui manque : L'année, le barème, le coût

Électricité (nouveau dans le texte écrit)

Ce qui est dit : Une compensation automatique égale à la facture mensuelle, si elle ne dépasse pas 100 DH, pour la résidence principale des ménages éligibles, sans démarche

Ce qui manque : La date, le nombre de ménages, le coût

Les autres objectifs (croissance de 5 %, dette autour de 62 % du PIB, eau dessalée, école) sont tous fixés à 2030 ou 2031. À la fin du mandat.

Mise à jour : le texte écrit précise ces objectifs : croissance moyenne de 5 % par an sur 2027-2031, inflation autour de 2 %, déficit à 3 % du PIB, dette à environ 62 % du PIB en 2031, 1,8 milliard de mètres cubes d’eau dessalée en 2031, 80 % d’élèves maîtrisant les apprentissages de base en 2031, « zéro décrochage scolaire » en 2030, plus de 52 % d’énergies renouvelables en 2030. Aucune étape intermédiaire n’est fixée. « À partir de 2027 » dit quand on commence, pas quand on arrive.

Enrichissement illicite : un texte, six ans de voyage

Le projet pour punir l’enrichissement illicite est déposé au Parlement en 2015. Il reste bloqué pendant des années. En 2021, il est retiré avec le projet de Code pénal. Aujourd’hui, le nouveau gouvernement promet de le criminaliser. Reviendra-t-il tel quel ? Aucune date n’a été annoncée.

Retraites : pourquoi les pensions ne bougent pas

Selon des cas rapportés, plusieurs retraités touchent 1 600 DH par mois, ou moins. Des enseignantes et enseignants de l’échelle 10, avec plus de 17 ans de service, reçoivent environ 2 000 DH. Leur pension ne change pas, même quand les prix montent.

Le programme promet une pension minimale de 3 000 DH, « progressivement ». Pour une pension de 2 000 DH, c’est une hausse de moitié. Pour 1 600 DH, presque le double.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon des données publiées en avril 2026, le minimum de pension est de 1 000 DH à la CNSS et de 1 500 DH à la CMR. Le SMIG, lui, est de 3 400 DH brut. Le minimum représente donc moins d’un tiers du SMIG à la CNSS, et moins de la moitié à la CMR. Près des deux tiers des retraités de la CNSS (566 000 sur 848 000) touchent moins de 3 000 DH. Au RCAR, 29 % des pensionnés (28 000 sur 96 000) sont aussi sous ce seuil. Même la promesse de 3 000 DH reste sous le SMIG.

Dans plusieurs de ces cas, la cause est ailleurs : l’employeur ne déclarait pas son personnel. Pas de cotisations déclarées, pas de vraie pension. Une promesse de 3 000 DH peut-elle y changer quelque chose ?

Combien de temps faudra-t-il ? Qui paiera ? Personne ne le dit encore.

Et les grandes entreprises de l’État ?

Pour payer ces promesses, il faut des revenus. En 2024, les recettes de l’État représentent 23,3 % du PIB, dont environ 338 milliards DH d’impôts. Les établissements et entreprises publics doivent verser environ 19,5 milliards DH au budget en 2026, soit à peu près 1 % du PIB. En 2025, l’État leur a transféré environ 84 milliards DH. Il donne donc beaucoup plus qu’il ne reçoit.

L’OCP, premier contributeur, a versé environ 6,2 milliards DH à l’État en 2025 (chiffre à fin septembre). Son résultat net est de 18,5 milliards DH, et ses investissements, de 34 milliards. Où va cet argent ? Combien au Maroc, combien à l’étranger ? Combien d’emplois créés ici ?

La RAM, elle, a beaucoup reçu. Un contrat-programme de 9,3 milliards DH est signé en 2011. En 2020, un plan de sauvetage de 6 milliards DH est annoncé : 3,6 milliards en capital public et 2,4 milliards en crédits garantis par l’État. S’y ajoutent 700 millions DH en 2020 et 1,17 milliard en 2021 au budget, et des avances du Fonds Hassan II. Avant même la crise sanitaire, les comptes se fragilisent : une perte de 131 millions DH en 2019, et une dette en hausse de 58 %. En 2024, le rapport officiel annonce un bénéfice de 821 millions DH (473 millions dans une autre partie du même rapport) : nous attendons la confirmation de la RAM. Que reste-t-il de ces milliards ? Où sont les résultats ?

La CDG gère notamment des caisses de retraite et des fonds d’épargne. Elle investit aussi pour le compte de l’État. Plus elle manie de fonds, plus elle doit être transparente et montrer ses résultats. C’est l’objet de notre prochaine enquête.

La Cour des comptes constate que la loi sur la gouvernance des entreprises publiques reste inachevée. La politique actionnariale adoptée le 12 décembre 2024 n’est pas encore appliquée.

Mise à jour : le texte écrit le confirme. Pour tenir le déficit à 3 %, le gouvernement compte notamment sur « l’augmentation de la contribution des établissements et entreprises publics », et promet d’« accélérer la restructuration du portefeuille public ». Sans chiffre ni date.

C’est pour cela que jisr.media enquête sur ces groupes : la RAM, la CDG, l’OCP et ses programmes, dont l’UM6P. Le but n’est pas d’accuser. Il est de demander que chacun fasse sa part, que l’argent public soit suivi et évalué, et que le flou cesse. Nous y reviendrons.

Le gouvernement veut aussi « élargir l’assiette fiscale ». Mais avant de chercher de nouveaux impôts, l’État peut récupérer ce qui lui échappe : les exonérations (plus de 31 milliards DH, dont presque aucune n’est évaluée) et la fraude fiscale, que personne ne chiffre publiquement. Quelle date pour la loi sur les entreprises publiques ? Quel dividende attendu, pour quelle année ? Quand sera publiée l’évaluation des exonérations ?

Trois questions à poser à la séance de questions

  1. Régions : les 12 milliards sont-ils par an ou en tout ? À partir de quelle loi de finances ? (Le texte écrit parle de porter les transferts à ce niveau à partir de 2027, sans dire le montant actuel.)
  2. Jeunes : 100 000 formations et 100 000 premières expériences par an font, au mieux, un million de places en cinq ans pour 2,9 millions de jeunes. Avec quel budget, quel organisme, quelles étapes ?
  3. Corruption : quels projets de loi, déposés à quelle date ?

Et aussi : retraites (quel sort pour les années non déclarées par les employeurs ?) et impôt sur le revenu, quelle année, quel texte ? Y aura-t-il un tableau de bord public, mis à jour chaque trimestre ?

Le risque : l’effet d’annonce

Des objectifs fixés à 2031 se jugent après cinq budgets. D’ici là, comment vérifier ? Le gouvernement sera jugé sur ses dates, pas sur ses discours.

À SUIVRE CETTE SEMAINE

☐ Loi de finances 2027 : quelles promesses y figurent ?

☐ Vote de confiance sur le programme.

☐ Premiers projets de loi : enrichissement illicite, conflits d'intérêts, retraites.

☑ Texte écrit du programme : consulté le 20 octobre (voir les mises à jour).

Questions fréquentes

Le programme du gouvernement contient-il des dates ? Les objectifs sont chiffrés, mais presque toujours fixés à 2030 ou 2031. Plusieurs mesures n’ont aucune date. Le texte écrit de la déclaration (31 pages) le confirme.

Quelle pension minimale est promise ? 3 000 DH par mois, « progressivement », sans date. Le SMIG est de 3 400 DH brut.

Combien l’État reçoit-il de ses entreprises publiques ? Environ 19,5 milliards DH prévus au budget en 2026, contre environ 84 milliards DH transférés par l’État en 2025.

Qu’a promis le gouvernement précédent en 2021 ? Un million d’emplois nets en cinq ans. Le bilan fait encore l’objet de lectures divergentes.

APPEL À TÉMOIGNAGES

Vous êtes retraitée ou retraité et votre pension ne bouge pas ? Votre employeur ne vous a pas déclaré à la CNSS ? Vous travaillez ou avez travaillé à la CDG, à la RAM ou à l'OCP ? Écrivez-nous à [email protected].

Anonymat garanti, sources protégées. Votre identité reste confidentielle : nous ne publions rien qui permette de vous reconnaître, et chaque information est vérifiée avant publication.

✉️ [email protected]


Sources et limites

Programme présenté le 19 octobre 2026 devant le Parlement. Mise à jour du 20 octobre : nous avons consulté le texte écrit de la déclaration gouvernementale (31 pages, en arabe ; citations traduites par jisr.media). Il confirme les chiffres du programme cités ici ; ceux du bilan précédent restent à vérifier à la source (HCP, bilan officiel du gouvernement sortant). Jeunes sans emploi ni formation : 2,9 millions de 15 à 29 ans, selon le rapport du HCP présenté le 14 avril 2026, chiffre repris dans la déclaration gouvernementale, qui ajoute un chômage de 29,2 % chez les 15-24 ans et 300 000 élèves qui quittent l'école chaque année sans qualification.

Entreprises publiques : les chiffres sur la part versée au budget, les transferts de l'État, l'OCP et la RAM sont tirés de documents et de données publiés (note de la DEPF, Cour des comptes, bilans, annonces du ministère des Finances). Les montants de la RAM sont des annonces : ce qui a été réellement versé reste à confirmer auprès des sources officielles et de l'entreprise. Aucun chiffre récent fiable n'a été trouvé pour la CDG.

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