Lettre ouverte d’une étudiante : « Voteras-tu cette fois, ou continueras-tu à te dire que rien ne changera ? »
Le 11 septembre, Narjis nous racontait une année d’études marquée par l’éloignement et la précarité matérielle. Deux jours plus tard, une autre étudiante marocaine nous écrit à son tour — non plus sur la vie pendant les études, mais sur ce qui vient après, et sur son rapport à la campagne électorale en cours.
Je m’appelle Marya, j’ai 19 ans, je suis étudiante à Casablanca, en commerce et marketing.
En parcourant la lettre de Narjis sur les pages de jisr.media, et comme je partage avec elle les mêmes préoccupations et les mêmes défis de tous les jours, je veux témoigner à propos des élections dont la campagne est en cours.
Je n’ai jamais voté. Et pourtant, en tant qu’étudiante à l’université, je pense souvent à cette question. D’un côté, je me dis que voter, c’est assumer une responsabilité de mon propre choix ; de l’autre, je me demande à quoi bon, puisque je n’ai jamais vu de vrai changement, parfois même l’inverse. Alors je reste indifférente, et je sais que je ne suis pas la seule jeune à ressentir cela.
Pourtant, je m’intéresse un peu à la politique, j’en connais les bases, et il me reste, quelque part, un espoir de voir la réalité changer, car cette réalité est difficile : des problèmes touchent l’éducation, que ce soit la qualité de l’enseignement, l’emplacement des universités et des écoles, des programmes trop chargés, ou un marché du travail saturé — autant de facteurs qui compliquent la vie des jeunes, en particulier lorsqu’il s’agit de trouver un stage ou un emploi.
Si un candidat ou une candidate politique se trouvait devant moi, voici la première question que je lui poserais : quel changement concret comptez-vous apporter à l’éducation, à la santé ou au sport — et pas seulement pour la Coupe du Monde ? Car la vraie richesse d’un pays, c’est sa jeunesse, et c’est par l’éducation qu’on la construit.
Je lui demanderais aussi quelles opportunités d’emploi il compte créer, avec un salaire décent qui permette de vivre dignement. Car en tant que jeune étudiante, ma plus grande peur n’est pas seulement de ne pas trouver de travail après mon diplôme malgré mes compétences et mes stages, mais aussi de décrocher un emploi payé au salaire minimum, à peine suffisant pour subvenir à mes besoins essentiels.
Et je suis certaine d’une chose : je ne suis pas un cas isolé, je représente la voix de la majorité des jeunes au Maroc, qui attendent, comme moi, des actes plus que des promesses.
Et toi, jeune qui me lis : voteras-tu cette fois, ou continueras-tu, comme moi, à te dire que rien ne changera ?
Marya, 19 ans, étudiante à Casablanca, en commerce et marketing
Note de la rédaction — Deux lettres, deux étapes d’un même parcours. Narjis racontait comment on tient pendant les études, entre précarité et isolement. Marya pose la question de l’après : à quoi bon un diplôme si l’emploi qui suit ne permet pas de vivre dignement ? Et derrière cette question, une autre, plus large : à quoi bon voter, si les programmes ne répondent jamais vraiment à ce que vivent les jeunes ?
jisr.media a déjà documenté cette partie de l’équation : un million d’emplois promis par presque tout le monde, un silence quasi total sur qui va payer, et les chiffrages détaillés — ou pas — des programmes des partis. Un prochain décryptage va plus loin, en confrontant les budgets réels de l’enseignement supérieur aux réalités que Narjis et Marya décrivent.
Avec cette lettre, jisr.media ouvre une nouvelle rubrique : Débat de la Jeune Génération. Un espace pour les jeunes qui veulent s’exprimer sur ce qu’ils vivent — et, qui sait, se sentir un peu plus concernés par ce qui se joue en ce moment. Vous avez, vous aussi, un témoignage à partager ? Écrivez-nous.







