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📚 Dossier : Élections Maroc 2026

Six axes pour demander des comptes au gouvernement marocain

Une proposition de questions politiques et de contrôle adressées à la cheffe du gouvernement : salaire minimum, justice sociale, Ceuta et Melilla, détenus politiques, liberté de la presse et reddition des comptes. Par le militant des droits humains Mohamed El Ghafri.

Six axes pour demander des comptes au gouvernement marocain

Visuel Jisr.media

Tribune libre : les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que leur auteur, et non Jisr.media.

Une proposition de questions politiques et de contrôle, adressées à la cheffe du pouvoir exécutif.

Traduction de la rédaction de Jisr.media — texte original en arabe.


Axe 1 : les promesses électorales et le salaire minimum — où est l’engagement de le porter à 5 000 DH ?

Pendant la campagne électorale, Fouzi Lekjaa, membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM), a évoqué une hausse du salaire minimum à 5 000 dirhams, et a annoncé que le parti était prêt à soutenir cette orientation. Mais il faut bien distinguer cette déclaration du programme électoral officiel du parti, qui ne comprenait pas ce montant parmi ses vingt engagements annoncés.

Questions de redevabilité :

  • Le nouveau gouvernement adopte-t-il l’objectif de porter le salaire minimum à 5 000 dirhams, ou s’agissait-il d’un simple discours électoral pour séduire les électeurs ?
  • Pourquoi la déclaration gouvernementale ne contient-elle pas d’engagement clair sur ce montant, avec un délai et des modalités de mise en œuvre ?
  • Quelles mesures le gouvernement prendra-t-il pour améliorer les salaires réels, face à la hausse du coût de la vie, et garantir un salaire qui permette de vivre dignement ?
  • La révision des salaires concernera-t-elle le secteur public comme le privé, en tenant compte des particularités du salaire minimum selon les secteurs ?

La question politique

Comment demander aux citoyens de faire confiance aux institutions si les promesses sur leur pouvoir d'achat restent sans engagements gouvernementaux clairs et dont on puisse rendre compte ?

Axe 2 : justice sociale et répartition des richesses — à qui profite la croissance ?

La déclaration gouvernementale promet une hausse progressive de l’aide sociale, une réforme de l’impôt sur le revenu, de meilleures pensions et un soutien à l’emploi. Mais elle ne tranche pas suffisamment la question de la répartition des richesses et des charges entre les différentes catégories sociales.

Questions de redevabilité :

  • Quelles mesures fiscales garantiront une contribution plus équitable des grandes fortunes, des hauts revenus et des grandes entreprises ?
  • Pourquoi les incitations et avantages accordés aux entreprises ne sont-ils pas assortis d’engagements mesurables en matière d’emplois stables, de salaires décents et de protection sociale ?
  • Quel est le calendrier précis des promesses sociales, notamment la hausse de l’aide à 1 000 dirhams et celle de la pension minimale à 3 000 dirhams ?
  • Quelles garanties empêcheront que les réformes sociales soient financées sur le dos des salariés, des retraités et des ménages à faibles revenus ?

La question politique

Le gouvernement mettra-t-il la croissance au service de la redistribution des richesses et de meilleures conditions de vie, ou la priorité restera-t-elle aux indicateurs d'investissement et aux équilibres financiers, sans garantir un partage juste de leurs fruits ?

Axe 3 : politique étrangère et souveraineté nationale — où est le plaidoyer sur Ceuta et Melilla ?

Selon le texte présenté, la déclaration gouvernementale ne donne pas assez de détails sur la stratégie de plaidoyer diplomatique en faveur des causes nationales dans les instances européennes et internationales.

Parmi les questions qui méritent une réponse claire du gouvernement figure celle de Ceuta et Melilla : comment défendre la position marocaine sur ces deux villes devant l’Union européenne et les pays concernés, par des moyens diplomatiques, juridiques et politiques.

Questions de redevabilité :

  • Quelle stratégie le gouvernement adoptera-t-il pour défendre la position marocaine sur Ceuta et Melilla devant l’Union européenne et les institutions internationales ?
  • Existe-t-il un plan diplomatique précis, avec des objectifs, des étapes et des indicateurs pour évaluer les résultats, ou le dossier restera-t-il traité au gré des circonstances ?
  • Comment le gouvernement conciliera-t-il ses relations économiques et commerciales avec l’Union européenne et la défense des causes nationales ?
  • Quelles mesures prendra-t-il pour renforcer la présence de la cause nationale dans les débats européens et internationaux, en s’appuyant sur des arguments historiques, juridiques et diplomatiques ?

La question politique

Où s'arrêtent les slogans nationaux et où commence la diplomatie réelle ? Et que s'engagera concrètement le gouvernement à obtenir dans ce dossier ?

Axe 4 : les détenus politiques — le gouvernement fera-t-il le nécessaire pour clore ce dossier ?

La déclaration gouvernementale prend des engagements généraux en matière de droits humains et de confiance dans les institutions. Cela appelle des questions claires sur la situation des personnes détenues pour leurs opinions, leurs activités politiques ou militantes, ou leur participation à des manifestations pacifiques.

Questions de redevabilité :

  • Le gouvernement s’engage-t-il à prendre des initiatives juridiques et institutionnelles pour libérer tous les détenus politiques et d’opinion, et toutes les personnes détenues pour avoir exercé leurs droits et libertés fondamentaux ?
  • Quelles mesures prendra-t-il pour garantir des procès équitables, le respect de la présomption d’innocence, les droits de la défense et les garanties du procès équitable ?
  • Le gouvernement révisera-t-il les lois et les pratiques qui peuvent conduire à criminaliser l’expression pacifique, le travail des défenseurs des droits humains ou la contestation sociale ?
  • Quelles garanties adoptera-t-il pour empêcher que se répètent les arrestations et les poursuites liées à l’exercice de droits et libertés légitimes ?

La question politique

Comment parler d'État de droit et de confiance dans les institutions sans traiter sérieusement le dossier des détenus politiques et d'opinion ?

Axe 5 : liberté d’expression et de la presse — pourquoi pas de ministère de la Communication ?

L’absence d’un portefeuille ministériel dédié à la communication dans le nouveau gouvernement interroge sur la place de la politique des médias parmi ses priorités, et sur la façon dont seront gérés les dossiers de la liberté de la presse, des médias publics et du pluralisme.

Questions de redevabilité :

  • Pourquoi aucun portefeuille ministériel dédié à la communication n’a-t-il été attribué ? Quel département est désormais chargé de ces compétences ?
  • Le gouvernement compte-t-il réviser les lois sur la presse et l’édition, pour protéger les journalistes contre des poursuites disproportionnées par rapport à leur pratique professionnelle ?
  • Quelles mesures prendra-t-il pour garantir la liberté d’expression, l’indépendance des médias publics, le pluralisme politique et intellectuel, et le droit des citoyens d’accéder à l’information ?
  • Comment le gouvernement garantira-t-il le droit des journalistes d’exercer librement leur métier, et celui de la société civile et de l’opposition de s’exprimer et de critiquer, sans entraves ni représailles ?
  • Le gouvernement mettra-t-il en place un mécanisme indépendant et transparent pour recevoir les plaintes sur les atteintes visant les journalistes et les défenseurs des droits humains, et leur rendre justice ?

La question politique

La liberté de la presse et d'expression sera-t-elle un vrai critère pour juger l'action du gouvernement, ou restera-t-elle un engagement général dans les déclarations officielles ?

Axe 6 : démocratie et reddition des comptes — quelles garanties pour transformer les promesses en engagements ?

On ne peut pas juger le programme gouvernemental sur ses seuls objectifs annoncés, mais sur le respect des droits et libertés, la possibilité de suivre sa mise en œuvre et l’existence de vrais mécanismes de reddition des comptes.

Questions de redevabilité :

  • Le gouvernement s’engagera-t-il à publier un calendrier détaillé de ses engagements, avec des indicateurs quantitatifs et qualitatifs et les crédits prévus pour chaque mesure ?
  • Présentera-t-il chaque année au Parlement un bilan de ce qui a été réalisé et de ce qui a pris du retard, avec les causes des retards et les responsabilités ?
  • Quelles mesures prendra-t-il pour garantir l’indépendance des organes de contrôle, combattre les conflits d’intérêts et l’économie de rente, et lier la responsabilité à la reddition des comptes ?
  • Comment garantira-t-il la participation des syndicats, des associations de défense des droits humains et de la société civile à l’évaluation des politiques publiques, sans porter atteinte à leur indépendance et à leur droit de critiquer ?
  • Le gouvernement élargira-t-il les espaces de participation démocratique, garantira-t-il la liberté d’association et de manifestation pacifique, et renforcera-t-il le rôle de contrôle de l’opposition ?

La question politique

Le gouvernement se considère-t-il responsable de l'exécution de son programme devant les citoyens et le Parlement, ou se contentera-t-il d'un bilan général en fin de mandat ?

Conclusion : le vrai critère, c’est l’engagement dont on peut rendre compte

Dans ce sens, demander des comptes au gouvernement n’est pas un simple débat sur des chiffres ou des intentions. C’est un débat sur la nature des choix politiques, économiques et sociaux, sur le respect des droits et libertés, et sur la capacité à transformer les engagements en résultats concrets.

Mohamed El Ghafri

Militant des droits humains — 20 octobre 2026


Tribune libre : les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que leur auteur, et non Jisr.media. Nos pages restent ouvertes à toutes les opinions, et au gouvernement s’il souhaite répondre : [email protected].

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