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📚 Dossier : Élections Maroc 2026

Achats de voix, intimidation, espionnage : les sept affaires qui assombrissent la campagne électorale marocaine

À trois jours du scrutin du 23 septembre 2026, les élections marocaines 2026 se referment sur un bilan contrasté : sept enquêtes judiciaires ouvertes en treize jours de campagne pour violences, espionnage ou achat de voix, une campagne de diffamation visant la candidate de gauche Nabila Mounib, et une justice déjà paralysée par une grève des avocats inédite depuis février 2026.

🕒 Mise à jour : 20 septembre 2026, 16h20
Achats de voix, intimidation, espionnage : les sept affaires qui assombrissent la campagne électorale marocaine

Achats de voix, intimidation, espionnage : les sept affaires qui assombrissent la campagne électorale marocaine

À trois jours du vote, les affiches électorales recouvrent encore les murs des villes marocaines. Slogans, sourires figés, promesses de campagne — le décor est en place pour le scrutin du 23 septembre 2026. Pourtant, derrière cette vitrine bien rodée des élections marocaines 2026, la justice enquête déjà sur sept affaires distinctes, ouvertes en à peine treize jours de campagne officielle.

Vingt-sept formations politiques, 7 288 candidats répartis sur 1 850 listes, et 15,8 millions d’électeurs inscrits : sur le papier, l’ampleur du scrutin du 23 septembre est inédite. Mais c’est un autre chiffre qui donne le vertige — sept enquêtes judiciaires en treize jours de campagne, soit, en moyenne, une nouvelle affaire ouverte presque tous les deux jours.

📁 Les sept affaires qui font l'objet d'une enquête
  1. Settat — un enregistrement audio « fuité » susceptible d'affecter la perception de l'intégrité électorale.
  2. Kénitra — un candidat évoque, lors d'un meeting, la possibilité que des recettes du trafic de drogue financent l'influence électorale ; le Parquet ordonne une enquête.
  3. Chichaoua — trois individus soupçonnés d'avoir utilisé le haut-parleur d'une mosquée, réservé à l'appel à la prière, pour convoquer les habitants à un rassemblement partisan.
  4. Settat — vandalisme d'un local du Parti authenticité et modernité (PAM).
  5. Berrechid — attaque armée contre un local du Mouvement populaire ; deux personnes interpellées.
  6. Tiznit — publication Facebook incitant à la violence contre le candidat du RNI Abdellah Ghazi.
  7. Casablanca — le leader du Mouvement populaire, Mohamed Ouzzine, dénonce une surveillance téléphonique et une tentative de piratage visant son parti ; la Brigade nationale de la police judiciaire est saisie.

Aucune de ces sept procédures n’a, à ce jour, débouché sur une condamnation — elles restent, à trois jours du vote, au stade de l’enquête.

Une justice déjà paralysée par la grève des avocats

Rien n’indique que ces sept affaires seront tranchées avant le scrutin du 23 septembre, et il y a une raison précise, largement passée sous silence, d’en douter sérieusement : la justice marocaine traverse depuis février 2026 une crise inédite avec les avocats. L’Association des barreaux du Maroc (ABAM) maintient, contre le projet de loi 66.23 réformant la profession, une grève illimitée qui dure maintenant depuis plus de sept mois. Tribunaux paralysés, audiences boycottées, aide juridictionnelle suspendue à travers tout le royaume : ce bras de fer entre le ministère de la Justice et les robes noires n’a, à ce jour, connu aucun dénouement, malgré une tentative de médiation gouvernementale au printemps.

C’est dans ce contexte-là — et non dans des conditions normales de fonctionnement de la justice — que les sept dossiers électoraux devront trouver leur place. Concrètement, cela veut dire qu’ils risquent fort de s’ajouter à une pile déjà considérable de procédures en attente, et de n’être tranchés que longtemps après que les urnes, elles, auront livré leur verdict le 23 septembre. Autrement dit : les Marocains connaîtront probablement le nom de leurs 395 nouveaux députés bien avant de savoir ce que la justice a retenu contre les candidats et responsables visés par ces sept enquêtes.

Achat de voix : un mal jamais résolu depuis 2006

Au-delà de ces sept dossiers, des soupçons plus diffus d’achat de voix circulent, en particulier en zones rurales, où des dirhams ou des biens seraient échangés contre des votes. Le phénomène n’a rien de nouveau : en 2006, un scandale de fraude électorale avait débouché sur l’arrestation de 17 parlementaires. Deux décennies plus tard, à l’approche des élections marocaines 2026, la Présidence du ministère public a publié un guide pratique qui cartographie précisément les comportements prohibés — achat de voix par dons ou avantages, pressions et intimidations sur les électeurs, détournement de moyens publics — et le Parquet a ordonné un renforcement de la surveillance du scrutin du 23 septembre.

« L’achat de voix par dons, cadeaux ou avantages est explicitement prohibé, de même que toute pression, intimidation ou menace visant à influencer le choix d’un électeur. »

Nabila Mounib, cible d’une campagne de diffamation

Le 14 septembre, l’Alliance de la gauche a dénoncé publiquement une campagne de diffamation et d’incitation à la haine visant sa tête de liste dans la circonscription d’Anfa (Casablanca), Nabila Mounib — des attaques qui, selon le communiqué de l’Alliance, mêlent confrontation politique classique et propos hostiles à son égard en tant que femme.

Ce n’est pas un cas isolé. Un observatoire de la violence numérique cité par la presse marocaine a documenté que plusieurs candidates — dont Najwa Koukouss, Amina Maa El Aïnin et Fatima Khair, aux côtés de Nabila Mounib — ont été ciblées à des degrés divers par des campagnes organisées : fausses photos, insultes, diffamation, atteintes à la vie privée, et des contenus dont certains pourraient avoir été générés ou manipulés par intelligence artificielle. Plusieurs des candidates visées, ou leurs partis, ont choisi d’engager des poursuites judiciaires.

RNI-PAM : la rupture qui a marqué la campagne, et la foire aux promesses

Sur le plan strictement politique, l’événement le plus commenté de cette campagne reste le divorce entre le Rassemblement national des indépendants (RNI) et le Parti authenticité et modernité (PAM), les deux principales formations de la coalition sortante — le PAM ayant débauché une douzaine de candidats de premier plan issus du RNI, et exclu publiquement toute alliance avec lui après le scrutin. La presse marocaine qualifie ce divorce d’« officiellement consommé », mais la rupture garde des zones grises : en fermant la grande porte tout en laissant, selon plusieurs analyses, une fenêtre entrouverte du côté de ses instances internes, le PAM se ménage une sortie de secours si l’arithmétique parlementaire, après le 23 septembre, rendait cette alliance de nouveau nécessaire. Reste à savoir si ce divorce de campagne survivra à l’épreuve des résultats, ou s’il n’aura été qu’une posture électorale.

Du côté des programmes, la campagne a aussi pris des allures de surenchère : l’Alliance de gauche a chiffré 431 mesures pour un coût total avoisinant 500 milliards de dirhams, quand plusieurs de ses rivaux avancent des promesses sociales et économiques coûteuses sans toujours détailler leur financement — un flou budgétaire que jisr.media documente également dans son propre décryptage des finances publiques marocaines.

Un dispositif d’observation sans précédent

Face à ces tensions, l’appareil de surveillance électorale atteint une ampleur inédite pour un scrutin législatif marocain : 3 006 observateurs ont été accrédités, dont 783 liés au Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et 2 023 issus d’ONG marocaines. S’y ajoutent environ 200 observateurs internationaux venus de 20 organisations internationales et régionales, ainsi que dix missions diplomatiques. Sur le plan légal, les réformes récentes interdisent notamment aux personnes condamnées de se porter candidates et durcissent les sanctions contre la fraude électorale.

Ce qu’en disent la presse internationale et les ONG

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), qui a effectué une visite préliminaire fin août, a livré une évaluation plutôt positive : elle salue une préparation « avancée » et une expérience électorale marocaine désormais substantielle, tout en accueillant favorablement les récents changements législatifs destinés à améliorer le cadre du scrutin du 23 septembre.

Côté presse internationale, Al Jazeera cadre ce scrutin comme « un test de confiance politique et d’engagement citoyen » — un angle qui rejoint directement notre propre couverture de l’abstention record de 2021 (49,65 % des inscrits) et du second appel du romancier Abdelghani Aarif aux intellectuels et artistes marocains, publié cette semaine sur jisr.media.

Sur le terrain des droits humains, l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH) a remis aux partis politiques un mémorandum de huit points les invitant à intégrer plus fermement la dimension des droits humains dans leurs programmes — libertés d’expression et d’association, garanties d’un procès équitable. En toile de fond plus large, Human Rights Watch documente pour 2026 une intensification des poursuites contre journalistes et défenseurs des droits humains au Maroc, sans toutefois viser spécifiquement le déroulement de ce scrutin.

Ce que jisr.media va continuer à documenter

Les sept enquêtes recensées ci-dessus restent, à trois jours du vote, au milieu de leur cours judiciaire — un cours que la grève des avocats risque fort de ralentir bien au-delà du 23 septembre. jisr.media suivra leur issue, ainsi que le sort réservé aux plaintes déposées par Nabila Mounib et les autres candidates ciblées par des campagnes de diffamation numérique — deux fils qui disent, chacun à sa manière, ce que ces élections marocaines 2026 coûtent à ceux qui les disputent.

FAQ

Combien d’enquêtes judiciaires ont été ouvertes pendant la campagne électorale de 2026 ? Sept, en seulement treize jours de campagne : audio fuité, financement allégué par l’argent de la drogue, détournement d’une mosquée, vandalisme et attaque armée de locaux partisans, incitation à la violence et espionnage téléphonique.

Pourquoi ces sept affaires risquent-elles de ne pas être jugées rapidement ? Parce que la justice marocaine traverse depuis février 2026 une grève illimitée des avocats contre la loi 66.23, qui paralyse les tribunaux et boycotte les audiences — ces dossiers électoraux s’ajoutent à une pile déjà considérable de procédures en attente.

Qui est visé par la campagne de diffamation dénoncée par l’Alliance de la gauche ? Nabila Mounib, tête de liste de l’Alliance de la gauche dans la circonscription d’Anfa à Casablanca, ciblée selon l’Alliance par des propos hostiles mêlant confrontation politique et attaques sexistes.

Combien d’observateurs internationaux et nationaux surveillent le scrutin du 23 septembre ? 3 006 observateurs nationaux (dont 783 liés au CNDH et 2 023 issus d’ONG marocaines), auxquels s’ajoutent environ 200 observateurs internationaux et dix missions diplomatiques.

L’achat de voix est-il un phénomène nouveau au Maroc ? Non. Il ravive le souvenir du scandale de 2006, qui avait mené à l’arrestation de 17 parlementaires ; le Parquet a depuis publié un guide pratique répertoriant ces infractions et durci les sanctions.

Sujets :🗳️ Élections et gouvernement au Maroc
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