31 pages. Environ 3 000 mots. Et une seule phrase, de 18 mots en arabe, pour les Marocains du monde. C’est la place que leur réserve la déclaration de politique générale que Fatima Ezzahra El Mansouri a présentée au Parlement le 19 octobre, pour la législature 2026-2031. Jisr.media a lu le texte écrit, ligne par ligne.
La phrase se trouve au milieu de la troisième priorité, consacrée à l’identité et à la cohésion, entre la culture et la protection des données. La voici, dans notre traduction :
« Nous mettrons en place une politique intégrée pour les Marocains du monde, qui garantit leur participation citoyenne, une communication permanente avec eux et la réponse à leurs besoins, et qui facilite leur contribution au développement de leur pays. »
Pas de date. Pas de budget. Pas de ministère désigné pour la porter.
LE PROGRAMME EN CHIFFRES
31 pages · environ 3 000 mots
1 phrase pour les Marocains du monde (18 mots)
0 mention des consulats, des transferts, de la Fondation Mohammedia ou du CCME
0 mention de la représentation au Parlement ou du vote depuis l'étranger
Trois rendez-vous, un même silence
Ce n’est pas un oubli isolé. C’est le troisième en une semaine.
- 16 octobre, la composition du gouvernement : aucun ministre ni secrétaire d’État dédié. Le dossier figure seulement dans l’intitulé du ministère de Nasser Bourita, « Affaires étrangères, Coopération africaine et Marocains résidant à l’étranger ».
- 17 octobre, le Conseil des ministres sur le budget 2027 : pas un mot pour la diaspora dans les cinq priorités, alors que ses transferts ont dépassé 122 milliards de dirhams en 2025, selon l’Office des changes.
- 19 octobre, le programme de la législature : une phrase.
Trois textes, trois occasions, la même réponse. Peut-on encore parler de hasard ?
Ce que le texte ne dit pas
La phrase promet une « politique intégrée ». Mais le programme ne cite aucun des chantiers déjà ouverts pour les Marocains du monde :
- La Fondation Mohammedia des Marocains résidant à l’étranger, annoncée par le Roi dans son discours du 6 novembre 2024 comme « le bras exécutif de la politique publique » dans ce domaine. Près de deux ans plus tard, nous n’avons trouvé aucun texte officiel l’instituant.
- La réforme du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), annoncée dans le même discours.
- Les consulats : rendez-vous, délais, numérisation, présence dans les villes éloignées.
- La participation politique : l’article 17 de la Constitution reconnaît aux Marocains résidant à l’étranger le droit de voter et d’être élus. Aux législatives du 23 septembre, ils ont voté par procuration, sans circonscription ni siège réservé.
- L’investissement de la diaspora : le programme parle longuement de la charte de l’investissement, des centres régionaux d’investissement et des PME, sans dire si les Marocains du monde sont concernés.
Le texte dit « participation citoyenne ». Laquelle ? Avec quels droits, dans quelles institutions, et à partir de quand ?
Deux lignes qui regardent vers l’étranger
Ailleurs dans le programme, deux passages concernent l’étranger, sans nommer la diaspora.
Dans la liste des priorités pour les jeunes, le gouvernement veut favoriser « le retour des compétences et réduire l’émigration des diplômés ». Et dans le chapitre sur l’emploi, il promet « une mobilité légale, par des accords avec les pays qui ont besoin de certains métiers ».
Retenir les diplômés d’un côté, organiser le départ de travailleurs de l’autre : les deux objectifs peuvent se compléter. Mais lesquels partiront, vers quels pays, avec quels droits ? Et pour faire revenir les compétences, quel dispositif, et quel budget ? Le dispositif national de mobilisation des compétences annoncé en 2024 n’est pas mentionné.
Ce que d’autres ont obtenu
À titre de comparaison, le même programme fixe des chiffres précis à d’autres publics : 100 000 logements ruraux avec une aide de 40 000 dirhams par famille, un fonds de 2 milliards de dirhams pour l’amazighe, 30 % des marchés publics réservés aux PME marocaines, 26 millions de touristes en 2030. Pour les Marocains du monde, aucun chiffre.
Ce n’est pas une question de place dans un discours. Un programme dit ce qu’un gouvernement s’engage à faire, et ce sur quoi on pourra le juger. Sans objectif, il n’y a rien à évaluer.
Nos questions au gouvernement
Ces questions s’adressent à la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, et au ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita :
- Qui porte la « politique intégrée » ? Quel ministère, quel responsable, et quel calendrier ?
- Où en est la Fondation Mohammedia ? Quand sera publié le texte qui la crée, et avec quels moyens ?
- Quand la réforme du CCME sera-t-elle présentée au Parlement ?
- Quelle « participation citoyenne » ? Le gouvernement prévoit-il une représentation des Marocains du monde au Parlement, comme l’annonçait le discours royal du 6 novembre 2005 ?
- Quels objectifs chiffrés pour les consulats et pour le retour des compétences ?
Le projet de loi de finances 2027, attendu au Parlement, sera le premier test. Nos pages restent ouvertes à la Primature et au ministère des Affaires étrangères pour y répondre. Nous publierons leurs réponses telles quelles.
VOUS ÊTES MAROCAINE OU MAROCAIN DU MONDE ?
Que devrait contenir cette « politique intégrée » ? Consulats, retraite, investissement, vote, langue et culture pour vos enfants : dites-le-nous à [email protected]. Vos réponses nourriront nos prochains articles, et nous les transmettrons aux groupes parlementaires, de la majorité comme de l'opposition.
Source : texte écrit de la déclaration gouvernementale présentée le 19 octobre 2026 devant le Parlement (31 pages, en arabe), consulté par jisr.media. Les citations sont traduites par la rédaction. Le décompte des mots est approximatif ; la phrase consacrée aux Marocains du monde compte 18 mots dans la version arabe.
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