En bref. Vendredi 9 octobre, à 15 h 45, le Roi ouvre la première session de la nouvelle législature. Neuf discours d’ouverture, de 2017 à 2025, montrent ce qui revient chaque année, ce qui a été fait et ce qui traîne. Voici l’essentiel, avec nos hypothèses sur le discours de vendredi. Nous y reviendrons après le discours et la formation du gouvernement.
15 h 45
début de la retransmission du discours, radio et télévision
38 %
des inscrits ont voté le 23 septembre (50,35 % en 2021)
208 sur 395
sièges du PAM, de l'Istiqlal, du PPS et de l'USFP réunis
31 octobre
échéance du mandat de la MINURSO
Un rendez-vous fixé par la Constitution
Chaque année, le deuxième vendredi d’octobre, le Roi ouvre la session d’automne devant les deux Chambres (article 65 de la Constitution). Un professeur de droit public, interrogé par un média marocain en 2025, y voit le moment où le Roi fixe le cap général, sans gérer le quotidien du gouvernement.
Mais un cap sert à quoi, si on ne vérifie jamais où l’on est rendu ?
Ce que le Roi demande, année après année
Trois fils rouges reviennent depuis 2017 : la jeunesse et l’emploi, l’investissement et la responsabilité des élus. Les sujets changent d’une année à l’autre : régionalisation, formation professionnelle, relance après la Covid, eau, séisme, Sahara, développement territorial.
En 2018 et 2019, le ton était plus directif envers le gouvernement. Depuis 2021, il fixe plutôt un cadre. C’est notre lecture, à nuancer.
Promis, fait, ou presque ?
Régionalisation avancée (2017)
Fait : charte de déconcentration (2018), schémas et programmes des 12 régions, transferts budgétaires versés à 100 % en 2025.
Reste : déconcentration lente (32 % des actions achevées en 2023, selon la Cour des comptes) ; compétences et financement à clarifier.
Formation et emploi des jeunes (2018, 2020, 2022)
Fait : 12 Cités des métiers et des compétences d'ici la rentrée 2026-2027 (880 filières), Fonds Mohammed VI, nouvelle Charte de l'investissement.
Reste : chômage des jeunes de 15 à 24 ans à 27,2 % au T2 2026 (29,2 % au T1), nouvelle méthode du HCP. Des médias économiques comptaient 95 000 emplois nets fin 2025, contre 850 000 revendiqués par le gouvernement sortant.
Protection sociale (2020, 2023)
Fait : bénéficiaires de l'AMO passés de 8,6 millions en 2021 à 24,3 millions fin 2024 ; aide sociale directe pour environ 4 millions de familles.
Reste : ciblage contesté (1,2 million de personnes écartées d'AMO-Tadamon par le RSU), qualité des hôpitaux.
Eau (2022)
Fait : barrages remplis à près de 70 % en mars 2026, contre 27,8 % un an plus tôt.
Reste : hausse due surtout à des pluies exceptionnelles ; le Sud reste fragile.
Reddition des comptes (2019, 2020, 2025)
Fait : 154 931 déclarations de patrimoine fin octobre 2025.
Reste : 61 % des retardataires non régularisés ; pas d'infraction d'enrichissement illicite dans le Code pénal.
Ce qu’on en retient. Les chantiers qui reposent sur des budgets et des bâtiments avancent : couverture médicale, Cités des métiers, transferts aux régions. Ceux qui demandent des choix politiques plus durs traînent : déconcentration réelle, enrichissement illicite, Code de la famille (en attente de vote début 2026). L’emploi des jeunes, promis presque chaque année, reste le point sensible. Et la bonne nouvelle de l’eau est une bonne nouvelle de météo : le jour où la pluie manquera, que restera-t-il ?
Nous avons aussi regardé de près les promesses de trois gouvernements sur l’emploi : Trois coalitions, quinze ans : pas facile d’embellir le blason.
Pourquoi cette rentrée n’est pas comme les autres
Un vote boudé. La participation aux législatives du 23 septembre a été de 38,08 % des inscrits, contre 50,35 % en 2021, le plus bas niveau depuis 2007. Rapportée à la population adulte, elle serait d’environ 22,5 %, selon des médias marocains. Les observateurs du Conseil de l’Europe ont parlé d’un grave défi pour la démocratie représentative.
Un gouvernement pas encore formé. Le PAM arrive en tête avec 97 sièges sur 395, devant le RNI de Mohamed Chaouki (66 sièges, contre 102 en 2021), l’Istiqlal de Nizar Baraka (65) et le PJD d’Abdelilah Benkirane (54). Le Roi a nommé Fatima Zahra El Mansouri cheffe du gouvernement le 29 septembre, une première pour une femme. Sur le papier, le PAM, le RNI et l’Istiqlal, partenaires du gouvernement sortant, totalisent 228 sièges, soit 30 de plus que la majorité absolue de 198. Mais la tendance, selon nos sources, est d’écarter le RNI et d’intégrer deux partis qui étaient jadis de gauche et ne font plus partie de ses rangs : le PPS de Nabil Benabdallah, qui dispose désormais d’un groupe de 20 députés grâce à l’arrivée d’une députée supplémentaire, et l’USFP de Driss Lachgar (26 sièges). Des consultations de la cheffe du gouvernement avec ces deux formations ont d’ailleurs été rapportées. Le PAM, l’Istiqlal, le PPS et l’USFP totalisent ainsi 208 sièges, au-dessus de la majorité de 198. Le PJD a choisi l’opposition, qui sera numériquement plus nombreuse, avec le RNI (66 sièges), le PJD (54) et l’Alliance de la gauche (8). Les consultations se poursuivent. Sur ce choix, voir notre décryptage : Primature 2026 : un choix qui se fera sans eux et le portrait Fatima Zahra El Mansouri : au-delà du symbole.
Un contexte social tendu. Depuis le mouvement GenZ212 de septembre 2025, la santé, l’éducation et l’emploi sont au centre du débat. Le discours du Trône du 29 juillet 2026 a demandé au prochain gouvernement d’ouvrir un nouveau cycle de développement.
Trois dossiers qui pèseront sur le discours
Des dizaines de milliers de jeunes qui voulaient partir
À partir de la nuit du 29 juillet 2026 et pendant plusieurs jours, une vague de départs a visé Sebta. Les chiffres varient selon les sources : environ 49 000 entrées selon les premières estimations espagnoles, environ 72 000 au cumul selon des agences, et un bilan humain qui s’est alourdi de 34 à plusieurs dizaines de morts (au moins 72, selon un dernier bilan des autorités locales espagnoles rapporté par la presse). Rabat et Madrid ont convenu du rapatriement des personnes entrées illégalement. Les explications divergent : mauvaise lecture d’une décision de la Cour suprême espagnole du 8 juillet, appels anonymes en ligne, ou manque d’horizon chez les jeunes. Aucun lien n’est établi avec le discours du Trône.
Si des dizaines de milliers de jeunes veulent partir d’un coup, que peut leur dire un discours ?
Sahara : un calendrier qui se resserre
La résolution 2797 (31 octobre 2025) présente une autonomie réelle sous souveraineté marocaine comme la solution la plus réalisable et appelle à des négociations sur la base du plan marocain de 2007. Rabat y voit une rupture. Le mandat de la MINURSO arrive à échéance le 31 octobre 2026, dans trois semaines, et le Conseil de sécurité doit voter son renouvellement. Le Maroc doit présenter un plan détaillé, après consultation des partis. Le Polisario maintient ses positions sur l’indépendance. Il se pourrait que le Parlement et les partis soient appelés à jouer un rôle dans ce dossier, comme en 2024 pour la coordination entre les deux Chambres.
2030 : la vitrine, et la facture
Le Maroc coorganise le Mondial 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Selon des données officielles relayées par des médias marocains, l’événement générerait plus de 100 000 emplois par an d’ici 2030, avec environ 190 milliards de dirhams d’investissements dans les infrastructures. Le slogan « Nous voulons des hôpitaux, pas des stades » a marqué les manifestations de GenZ212. Comment relier 2030 à l’emploi des jeunes et aux services publics ?
Sept thèmes probables, et des jokers
Notre pari, fondé sur ce qui revient depuis dix ans et sur le contexte :
1. Jeunesse et emploi
Presque certain
Chômage, GenZ212, abstention, départs vers Sebta.
2. Santé et éducation
Très probable
Déjà dans le discours de 2025 ; la rue a durci le ton depuis.
3. Investissement et souveraineté économique
Probable
Le fil du discours du Trône 2026.
4. Territoires
Probable
Régionalisation et déconcentration, feuille de route en cours depuis février 2026.
5. Efficacité et suivi
Probable
Le Trône 2026 : initiative, suivi rigoureux, autocritique constructive. Des objectifs mesurables pour le futur gouvernement ?
6. Sahara et diplomatie parlementaire
Probable
Avec l'échéance du 31 octobre.
7. 2030 et grands chantiers
Possible
Relier stades, trains et autoroutes à l'emploi.
Les jokers. La Moudawana, restée en suspens. Les instances en charge des Marocains du monde, dont une réforme avait été annoncée en novembre 2024. Rien n’assure qu’ils seront abordés. Mais pour le public de jisr.media, le dernier mérite qu’on l’écoute.
Ce que les Marocains attendent
Selon une enquête de l’association Les Citoyens (juin 2026), 90,4 % des personnes interrogées estiment que les élus ne tiennent pas leurs promesses. Voici ce que les gens demandent à chacun.
Aux élus : être là, et rendre des comptes. Le Parlement qui s’ouvre a été élu par une minorité d’électeurs. Il doit gagner sa légitimité : contrôler vraiment le gouvernement, évaluer les politiques publiques, voter les textes en attente, dont une loi unifiée sur la déclaration de patrimoine et l’incrimination de l’enrichissement illicite. Le Roi a rappelé l’exigence d’exemplarité en 2025. Les électeurs attendent des actes.
Au gouvernement : des résultats que l’on peut mesurer. La cheffe du gouvernement veut une équipe forte, et la question des compétences va vite se poser. Les attentes sont connues : emplois pour les jeunes, hôpitaux et écoles qui fonctionnent, lutte contre la corruption. Après Sebta, un plan crédible pour les jeunes devient un test. Pour 2030, les gens veulent voir des emplois et des services, pas seulement des stades. Un programme chiffré, avec indicateurs publics, vaudrait mieux qu’une liste de chantiers.
À l’État : de la clarté. La Constitution distingue deux rôles. Le Roi, chef de l’État, veille au bon fonctionnement des institutions (article 42) et nomme le chef du gouvernement dans le parti arrivé en tête (article 47). Le gouvernement applique et répond devant le Parlement. Les grandes orientations viennent souvent des discours royaux. Quand un chantier avance, qui en reçoit le crédit ? Quand il traîne, qui en répond ? En 2025, les jeunes de GenZ212 se sont adressés directement au Roi, en contournant partis et syndicats. Que dit ce choix ? Ce que demandent les citoyens est simple : des organes de contrôle indépendants, des chiffres de suivi publiés, des responsabilités claires.
Et après le discours ?
Un discours fixe un cap. Il ne remplit ni un hôpital, ni un carnet de commandes.
Vendredi, les Marocains écoutent. Ensuite, ils comptent.
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Questions fréquentes
Quand et comment le Roi ouvre-t-il la session parlementaire ?
Chaque année, le deuxième vendredi d’octobre, le Roi ouvre la session d’automne devant les deux Chambres (article 65 de la Constitution). Cette année, l’ouverture de la première session de la 12e législature a lieu le vendredi 9 octobre, avec un discours retransmis à la radio et à la télévision à partir de 15 h 45.
Quelle était la participation aux législatives du 23 septembre 2026 ?
La participation a été de 38,08 % des inscrits, contre 50,35 % en 2021, le plus bas niveau depuis 2007. Rapportée à la population adulte, elle serait d’environ 22,5 %, selon des médias marocains.
Qui forme le futur gouvernement ?
Le Roi a nommé Fatima Zahra El Mansouri (PAM) cheffe du gouvernement le 29 septembre. Sur le papier, le PAM (97 sièges), le RNI (66) et l’Istiqlal (65) totalisent 228 sièges sur 395. Mais, selon nos sources, la tendance est d’écarter le RNI et d’intégrer le PPS (désormais un groupe de 20) et l’USFP (26) : avec le PAM et l’Istiqlal, cela fait 208 sièges, au-dessus de la majorité de 198. Le PJD (54 sièges) a choisi l’opposition, qui sera plus nombreuse ; les consultations se poursuivent.
Sources : discours d'ouverture de la session parlementaire (2017 à 2025) et discours du Trône du 29 juillet 2026 ; Constitution (articles 42, 47 et 65) ; résultats définitifs des législatives du 23 septembre 2026 ; HCP (enquête EMO2026, T1 et T2 2026) ; Cour des comptes (régionalisation avancée) ; résolution 2797 du Conseil de sécurité ; presse marocaine et espagnole sur la crise de Sebta ; enquête de l'association Les Citoyens (juin 2026). Les chiffres sur l'emploi, l'AMO, les barrages, les déclarations de patrimoine et le Mondial 2030 viennent des documents de travail de la rédaction et de médias marocains ; les hypothèses sur le discours sont les nôtres.






