Le 23 septembre, jour des législatives, un homme est arrêté dans la cour de l’école Al Qods, à Tanger, près du bureau de vote n° 84. Dans son sac : des bulletins de vote déjà cochés en faveur d’un parti. Onze jours plus tard, le maire de la ville dort en prison.
Bienvenue dans ce que beaucoup appellent déjà le Tangergate.
Comment un sac a fait tomber un maire ?
Les faits, tels que les a rendus publics le parquet et tels que les rapporte la presse marocaine, s’enchaînent vite.
23 septembre : un homme est arrêté avec un sac de bulletins à l'école Al Qods. Une vidéo d'enveloppes suspectes dans une urne circule aussi sur les réseaux. Deux enquêtes sont ouvertes.
Les jours suivants : cinq arrestations, dont deux présidents de bureau de vote et leurs adjoints. Les enquêteurs s'intéressent à un hôtel où les bulletins auraient été transportés pour y être cochés, et aux caméras de surveillance.
26 septembre : un avis de recherche vise le maire, Mounir Limouri, coordinateur régional du PAM, alors en Espagne.
28 septembre : il est arrêté à l'aéroport Ibn Battouta, à son retour de Malaga. « Je n'ai pas fui », assure-t-il.
1er octobre : le juge d'instruction le place en détention préventive, à la prison d'Assilah. Deux nouveaux suspects sont arrêtés.
3 octobre : le PAM, le parti de la nouvelle cheffe du gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri, le suspend de toutes ses instances.
8 octobre : début de l'interrogatoire détaillé des huit accusés par le juge d'instruction.
8 heures d’interrogatoire, et le silence ?

8 heures d'interrogatoire.
Zéro mot.
Selon plusieurs médias marocains, l’interrogatoire du maire par la police a duré plus de huit heures. Les enquêteurs l’ont confronté à des appels téléphoniques passés avant le jour du vote avec d’autres personnes poursuivies. Il a choisi de garder le silence sur l’essentiel des questions, ce qui a conduit le parquet à prolonger sa garde à vue.
Garder le silence est un droit. Mounir Limouri conteste les faits et reste présumé innocent jusqu’à un jugement définitif. Mais les accusations retenues par le juge d’instruction sont lourdes : atteinte aux opérations de vote pour en modifier le résultat, participation à la falsification d’un document officiel et corruption par offre, promesse ou don.
Pourquoi c’est grave ?
Un bulletin de vote n’est pas un papier comme les autres. C’est un document officiel, imprimé et distribué sous le contrôle de l’État, et c’est la seule voix que possède le citoyen. Le cocher à sa place, c’est voler sa voix.
Truquer un bulletin, c’est voler la voix d’un citoyen. En truquer un sac, c’est voler celle d’un quartier.
Le Maroc l’a d’ailleurs compris : la réforme électorale adoptée avant ce scrutin a durci les peines pour fraude et achat de voix, et a requalifié certaines infractions en crimes. Et l’affaire tombe au pire moment : le PAM est arrivé en tête des législatives, et c’est l’une de ses figures dans le Nord qui se retrouve derrière les barreaux.
Un acte isolé ?
C’est la question que tout le monde se pose, et à laquelle personne n’a encore répondu.
D'où viennent ces bulletins ? Des documents officiels sous contrôle de l'administration se sont retrouvés dans un sac, puis, selon l'enquête, dans un hôtel. Qui les a fait sortir ?
Combien de bureaux de vote sont concernés ? On parle du bureau n° 84. La commission d'inspection envoyée par le ministère de l'Intérieur a-t-elle vérifié les autres ?
Le résultat de la circonscription sera-t-il revu ? Si la fraude est prouvée, la Cour constitutionnelle pourra être saisie.
Tanger est-il le seul cas ? Des irrégularités ont aussi été signalées à Tiflet et Berrechid, et le parquet avait enregistré 93 plaintes électorales avant même le jour du vote.
Jisr.media l’avait déjà relevé : l’Alliance de la gauche a dénoncé un scrutin « miné par l’argent », et le Centre pour les droits de l’homme s’est inquiété de présumées irrégularités. Le Tangergate est le premier dossier où la justice va aussi loin, et aussi haut. Il ne sera pas le dernier si les enquêtes suivent tous les fils.
Jisr.media continuera de suivre ce dossier, à commencer par les interrogatoires du 8 octobre.
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FAQ
Qu’est-ce que le Tangergate ? L’affaire des bulletins de vote cochés d’avance découverts le 23 septembre 2026 à l’école Al Qods de Tanger, pendant les législatives. Elle a conduit à l’arrestation de huit personnes, dont le maire de Tanger, Mounir Limouri (PAM).
De quoi Mounir Limouri est-il accusé ? D’atteinte aux opérations de vote en vue d’en modifier le résultat, de participation à la falsification d’un document officiel et de corruption par offre, promesse ou don. Il est présumé innocent et conteste les faits.
Où en est l’enquête ? Le maire est en détention préventive à la prison d’Assilah depuis le 1er octobre. L’interrogatoire détaillé des huit accusés par le juge d’instruction commence le 8 octobre. Ce n’est pas encore un procès.
Sources : communiqués du parquet général près la cour d’appel de Tanger ; décision du juge d’instruction (1er octobre 2026) ; commission d’arbitrage et d’éthique du PAM (3 octobre 2026) ; presse marocaine.







