Entretien réalisé par Jisr.media. Les propos tenus ici n’engagent que leur auteure — à l’approche des élections législatives du 23 septembre 2026, Jisr.media donne la parole aux candidates et candidats qui souhaitent s’exprimer.
Souad Frikech conduit la liste régionale féminine de l’Alliance de gauche (Fédération de la gauche démocratique - Parti socialiste unifié) pour la région Rabat-Salé-Kénitra-Sidi Kacem. Militante de longue date, secrétaire générale du FORIM (Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations) et présidente de l’Association des Marocains en France (AMF), elle a répondu aux questions de jisr.media sur son parcours, son engagement et sa candidature.
Souad Frikech — Militante de la gauche marocaine depuis le début des années 1980, doctorante à la Sorbonne, ancienne secrétaire générale du FORIM, présidente de l’Association des Marocains en France (AMF). Candidate de l’Alliance de gauche, tête de liste régionale féminine pour Rabat-Salé-Kénitra-Sidi Kacem.
Parcours et engagement
Jisr.media : Pouvez-vous retracer votre parcours, de vos origines marocaines à votre installation en France ?
Je suis une Marocaine de la diaspora, profondément attachée à mon pays d’origine et à ses réalités sociales et humaines. Mon parcours s’est construit entre le Maroc et la France, avec cette richesse particulière que représente le fait de vivre entre plusieurs espaces, plusieurs expériences et plusieurs cultures.
Je suis arrivée en France avec ma culture marocaine, mon éducation et une histoire familiale qui a toujours accordé une place importante à l’engagement, à la justice sociale et aux valeurs humanistes de la gauche. Au fil des années, j’ai fait de cet héritage une responsabilité personnelle : celle de contribuer, à mon niveau, à une société plus juste, plus égalitaire et plus démocratique.
Jisr.media : Quel a été le déclic qui vous a menée vers l’engagement associatif et les droits humains ?
Mon engagement est d’abord une continuité d’un engagement familial. Dans une famille d’enseignant, nous avons été très tôt sensibilisés aux idées de gauche, à la justice sociale et à la défense des droits humains, et cela depuis les années 1960.
Mon père était très engagé politiquement et syndicalement, il a été arrêté lors des grèves du corps enseignant les 11 et 12 avril 1979, engagé par la suite en tant qu’adjoint au maire de Sidi Kacem pendant deux mandats avec l’USFP.
Cet héritage m’a profondément marquée. Mais je ne voulais pas simplement en être dépositaire, je voulais le faire vivre à travers mon propre engagement. Depuis mon entrée à l’université je me suis engagée avec « les Camarades des martyrs » à Fès, ce qui a renforcé le sens de mon engagement.
Arrivée en France en 1985 pour la poursuite de mes études de doctorat à la Sorbonne, à côté de mon parcours universitaire je me suis engagée au sein de l’Association des Marocains en France, où j’ai accédé au fur et à mesure à des postes de responsabilité.
L’expérience associative : FORIM, AMF, droits des migrants
Jisr.media : Vous avez été secrétaire générale du FORIM. Que représente cette plateforme et quel bilan en tirez-vous ?
Le FORIM représente une expérience particulièrement importante dans mon parcours. Il rassemble plus de 1000 organisations issues des migrations engagées dans la solidarité internationale et permet de faire entendre la voix des diasporas comme des acteurs à part entière du développement et de la solidarité. En tant que secrétaire générale, j’ai participé à des campagnes de concertation et de plaidoyer dans la zone CEDEAO, ciblant particulièrement le Togo. D’autres initiatives et projets, au Mali, au Sénégal et au Maroc, visaient à maximiser l’apport de la diaspora de France au développement local via le financement de projets sectoriels (santé, éducation, agriculture) et à initier la création d’une coordination nationale et internationale.
J’en retiens surtout une conviction : les diasporas ne doivent pas être considérées uniquement comme des bénéficiaires ou comme des contributeurs économiques. Elles sont des forces citoyennes, sociales, culturelles et politiques.
Jisr.media : Quelles sont, selon vous, les principales difficultés que rencontrent aujourd’hui les Marocains du monde ?
Les difficultés sont nombreuses : démarches administratives complexes, accès aux services consulaires, questions liées à la retraite et à la protection sociale, fiscalité, reconnaissance des diplômes et des compétences acquises à l’étranger, mais aussi sentiment de ne pas être suffisamment représentés politiquement.
Il y a également une question fondamentale de confiance. Les Marocains du monde veulent être considérés comme des citoyens et non uniquement comme une source de transferts financiers.
Pourquoi l’Alliance de gauche, pourquoi maintenant
Jisr.media : Pourquoi avoir choisi de vous engager en politique, et pourquoi maintenant ?
Après plusieurs décennies d’engagement associatif, j’ai estimé qu’il était temps de franchir une nouvelle étape. Le monde associatif peut alerter, proposer, mobiliser et accompagner. Mais certaines décisions se prennent au Parlement et dans les institutions. Pour faire évoluer durablement les politiques publiques, il faut aussi être là où les lois sont élaborées. Ma candidature est donc une continuité de mon engagement, et non une rupture avec celui-ci.
Jisr.media : Pourquoi l’Alliance de gauche (FGD-PSU) plutôt qu’une autre formation ?
Parce que je me reconnais dans les valeurs portées par la gauche : justice sociale, égalité, démocratie, libertés publiques, défense des services publics et droits humains. L’Alliance de gauche correspond à ma conviction qu’il faut aujourd’hui remettre la question sociale et démocratique au cœur du débat politique.
Jisr.media : La gauche dispose de moins de moyens que les grands partis. Comment comptez-vous compenser ce déséquilibre ?
Nous ne pouvons évidemment pas rivaliser sur tous les terrains avec les grandes formations en termes de moyens financiers ou médiatiques. Mais une campagne ne repose pas uniquement sur les moyens. Elle repose aussi sur les convictions, le travail militant, la proximité et la capacité à écouter. Notre force doit être celle du terrain : aller à la rencontre des citoyens, expliquer nos propositions et créer une dynamique collective. Une campagne de gauche doit être une campagne citoyenne.
Tête de liste à Rabat-Salé-Kénitra-Sidi Kacem
Jisr.media : Vous conduisez la liste régionale Rabat-Salé-Kénitra-Sidi Kacem. Connaissez-vous bien ce territoire ?
J’ai vécu dans cette région depuis mon très jeune âge, mon père en tant qu’enseignant s’est installé à Sidi Kacem depuis le début des années 1960. Elle fait donc partie de mon histoire personnelle. Mon rapport de fin d’études de 2ᵉ cycle, je l’ai fait sur la situation des travailleurs agricoles dans la région. Je connais son évolution, ses transformations, mais aussi les difficultés auxquelles sont confrontées ses populations, et surtout dans le secteur agricole.
Jisr.media : Que répondez-vous à ceux qui doutent qu’une candidate issue de la diaspora puisse réellement représenter les habitants du territoire ?
Je leur réponds simplement que je ne suis pas une candidate qui découvre ce territoire à l’occasion d’une élection. J’ai vécu dans cette région depuis mon très jeune âge. Elle fait partie de mon histoire et de mon identité. Et surtout, représenter les citoyens ne signifie pas prétendre tout savoir à leur place. Cela signifie être capable de les écouter, de comprendre leurs préoccupations et de porter leur voix avec honnêteté.
Le vote des Marocains du monde
Jisr.media : Le droit de vote des Marocains du monde depuis l’étranger reste bloqué depuis des décennies. Quelle est votre position ? Faut-il des sièges dédiés, un vote par correspondance ou électronique ?
Je considère que les Marocains du monde doivent pouvoir exercer pleinement leurs droits politiques. Ils participent à la vie économique, sociale et culturelle du Maroc. Ils doivent donc pouvoir participer également à sa vie démocratique.
À mes yeux, il faut combiner représentation et accessibilité. Je défends la création d’une véritable représentation parlementaire des Marocains du monde, avec des sièges dédiés, accompagnée de modalités de vote adaptées aux réalités de la diaspora, notamment le vote par correspondance et, lorsque les garanties de sécurité et de confidentialité sont réunies, le vote électronique. Le principe essentiel est simple : les Marocains du monde doivent pouvoir être électeurs, mais aussi être représentés directement au Parlement.
Jisr.media : Comment comptez-vous représenter les Marocains du monde tout en portant les dossiers du territoire de Rabat-Salé-Kénitra-Sidi Kacem ?
Pour moi, il n’y a aucune contradiction. La diaspora est liée aux territoires marocains par des liens familiaux, économiques, sociaux et affectifs. Les problématiques des Marocains du monde rejoignent souvent celles des familles et des territoires au Maroc. Ils font face aussi à des défis majeurs dans l’immobilier au Maroc, incluant les risques de spoliation, la complexité administrative et les litiges successoraux à distance. Mon rôle sera donc de porter à la fois les préoccupations des citoyens de la circonscription et celles des Marocains établis à l’étranger, avec une vision qui relie le Maroc et sa diaspora.
Message aux électeurs et aux jeunes
Jisr.media : Un mot pour les jeunes, au Maroc comme dans la diaspora, qui hésitent à s’engager politiquement ?
Je leur dirais de ne jamais renoncer à leur capacité à changer les choses. La politique ne doit pas être abandonnée à ceux qui parlent au nom des autres. Les jeunes doivent prendre leur place, proposer, contester lorsque c’est nécessaire et surtout participer. Notre démocratie a besoin de leur énergie, de leurs idées et de leur regard sur le monde.
Jisr.media : Si vous deviez résumer votre candidature en une phrase, que diriez-vous ?
Je veux mettre mon expérience, mon engagement de militante des droits humains, mon attachement au Maroc et mon expérience de la diaspora au service d’une politique de justice sociale, d’égalité et de démocratie.
jisr.media a documenté d’autres facettes du dossier des Marocains du monde dans cette campagne : le portrait des rares candidats MRE en lice le 23 septembre, et le communiqué du CCDMM dénonçant l’exclusion politique de la diaspora.







