Sept jours avant le vote, on a signé sans nous
Une poignée de main à New York
Mercredi 16 septembre, à New York. Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue israélien, Gideon Saar, se retrouvent en présence de l’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz. Les deux pays s’engagent à transformer leurs bureaux de liaison en ambassades. Ils promettent aussi deux accords, sur la protection des investissements et la double imposition, d’ici la fin de l’année. Des vols directs de compagnies marocaines vers Israël sont annoncés pour les prochaines semaines.
Le scrutin législatif, lui, a lieu le 23 septembre. Sept jours plus tard.
Coïncidence ? Permettez-moi d’en douter.
Qui a été consulté ?
À ma connaissance, personne. Ni les partis, ni le Parlement sortant, ni les futurs élus. Les candidats sillonnent le pays depuis des semaines, en promettant un million d’emplois et des hôpitaux. Pendant ce temps, l’orientation diplomatique du Royaume se décide ailleurs.
Je l’écrivais dans Qui gouverne au Maroc ? : la politique étrangère relève du Conseil des ministres, présidé par le Roi. Pas du chef du gouvernement. Pas de l’Assemblée. Voilà la théorie. Cette semaine, on a la pratique.
Dans un pays de droit, on aurait au moins attendu les résultats. Par politesse envers les électeurs. Par simple bon sens.
Le cadeau qui tombe à point
Regardons qui reçoit ce cadeau. Un gouvernement israélien accusé de génocide à Gaza, de plus en plus isolé, qui a besoin de victoires diplomatiques à montrer. Un Washington empêtré dans sa guerre contre l’Iran, qui cherche lui aussi des succès à afficher.
Et qui offre le cadeau ? Un Maroc qui préside le comité Al-Qods. Oui, celui-là. Celui qui est censé défendre Jérusalem.
Le symbole est lourd. Le message aussi.
Le peuple pense le contraire

Ce n’est pas une impression. Les sondages le disent depuis des années. Selon l’Arab Barometer, le soutien à la normalisation est passé de 31 % en 2022 à 13 % après le début de la guerre à Gaza. L’Indice arabe 2025 va plus loin : 89 % des Marocains rejettent la reconnaissance d’Israël.
Neuf sur dix. Quel gouvernement élu oserait signer un tel virage avec ce score contre lui ? Aucun. C’est justement pour ça que la décision ne passe pas par les élus.
« Mais il y a le Sahara »
On nous sert l’argument officiel : le Sahara. Washington et Tel-Aviv ont d’ailleurs réaffirmé, dans la même déclaration, leur reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le territoire.
Mais la question du Sahara, notre cause territoriale, est une cause nationale juste. Elle n’admet ni marchandage ni troc. La défendre ne peut pas servir à justifier la normalisation, ni à donner une légitimité à une entité fondée sur l’occupation et la colonisation. Le peuple marocain est avec sa cause nationale, celle du Sahara, et avec la cause palestinienne.
Je demande donc qu’on en débatte. Qu’on l’explique aux Marocains, qu’on écoute leurs objections, qu’on pèse le prix à payer. Un dossier aussi important mérite mieux qu’un communiqué tombé de New York.
Et si l’argument est si solide, pourquoi avoir peur du débat ?
Ce que la signature dit du pouvoir
Ces accords économiques devront, en principe, passer devant le prochain Parlement. Les députés qui seront élus le 23 septembre hériteront donc d’un dossier déjà ficelé. Ils voteront sur du déjà décidé. Comme d’habitude.
C’est la leçon de tout notre dossier. Les partis se disputent les portefeuilles, et les grandes orientations se prennent ailleurs. Seule l’Alliance de gauche réclame une vraie réforme de ce partage du pouvoir. Les autres se taisent, ou applaudissent.
Alors, à quoi sert de voter ? Je maintiens ce que j’écrivais dans ma chronique sur la gauche : se retirer ne change rien, le vide ne fait que profiter aux mêmes. Mais voter en connaissant les règles du jeu, c’est déjà un acte de lucidité. Et d’exigence.
Le 23 septembre, on choisira des députés. Sur le reste, on est encore en train de nous demander de signer, après coup.
Abdesselam Mejlaoui, Montréal
Abdesselam Mejlaoui






