Casablanca, 30 septembre 2026. Une semaine après le vote du 23 septembre, l’Alliance de gauche a présenté sa lecture des résultats, lors d’une conférence de presse à Casablanca. Seuls les secrétaires généraux des deux partis ont pris la parole et répondu aux questions : Abdeslam El Aziz pour la FGD et Jamal El Asri pour le PSU. Parmi les présents, on pouvait voir notamment Nabila Mounib et Omar Mahmoud Bendjelloun, aux côtés des députés de l’Alliance. L’Alliance revendique une percée historique et dénonce des fraudes. Elle annonce aussi qu’elle ne participera pas au gouvernement et qu’elle prépare des plaintes.
El Mansouri invite les dirigeants de l'Alliance de gauche
Selon nos informations, de sources proches du dossier, la cheffe du gouvernement désignée, Fatima Ezzahra El Mansouri, a invité les dirigeants des deux partis de l'Alliance, la Fédération de la gauche démocratique (FGD) et le Parti socialiste unifié (PSU), à une rencontre cette semaine, dans le cadre de ses consultations pour former le gouvernement. Cette invitation n'a pas été évoquée lors de la conférence de presse. Mise à jour : l'Alliance l'a confirmée dans un communiqué le 1er octobre.
Mise à jour du 1er octobre : la rencontre avec El Mansouri n’aura pas lieu
Dans un communiqué daté de Casablanca le 1er octobre, l’Alliance de gauche confirme notre information : Fatima Ezzahra El Mansouri a bien contacté ses deux secrétaires généraux, Abdeslam El Aziz et Jamal El Asri, pour les rencontrer. L’Alliance dit avoir donné son accord de principe, tout en réaffirmant son choix de l’opposition au Parlement.
Mais elle a posé une condition : que la rencontre se tienne dans un lieu indépendant des sièges des partis politiques, pour garantir son caractère institutionnel, puisqu’il s’agit d’une rencontre entre une cheffe du gouvernement désignée et des secrétaires généraux de partis. Faute d’accord sur le lieu, et parce que Mme El Mansouri mène les consultations en sa qualité de coordinatrice de la direction collégiale du PAM, la rencontre prévue vendredi 2 octobre n’aura pas lieu.
Le PJD sur la même ligne. Abdelilah Benkirane a lui aussi refusé de se rendre au siège du PAM, et a proposé de recevoir Mme El Mansouri chez lui. Deux formations de l’opposition refusent ainsi d’être reçues au siège d’un parti. Selon nos informations, l’Alliance et le PJD ont toutes deux demandé que la rencontre se tienne dans les bureaux de la Primature, pour éviter toute partisannerie dans des consultations qui doivent rester institutionnelles. Mme El Mansouri a répondu que chaque partie est libre d’accepter ou de refuser de s’asseoir à la table du dialogue.
L’Alliance conclut en réaffirmant sa détermination à lutter pour « un autre Maroc possible : le Maroc de la liberté, de la dignité, de la justice sociale, de la démocratie et de l’égalité réelle ».
Huit sièges au lieu de deux
L’Alliance a remporté 8 sièges. Elle en avait 2 auparavant. Sa représentation parlementaire a donc été multipliée par quatre.
Elle a recueilli 271 361 voix : 134 379 dans les circonscriptions locales et 136 982 dans les circonscriptions régionales. Elle dit les avoir arrachées voix après voix à l’argent et au courtage électoral.
Elle affirme aussi avoir percé dans de grandes villes, où elle s’est classée première ou deuxième. Elle y aurait devancé des partis traditionnels qui monopolisaient ces circonscriptions depuis des décennies.
Par rapport à 2016 et à 2021, l’Alliance dit avoir repris la base historique de la gauche. Cette base avait été déçue par des partis de gauche qui s’étaient laissé apprivoiser par la logique gouvernementale. Pour l’Alliance, l’unité et la cohérence sont la seule voie pour redonner du crédit à l’action politique.
Elle remercie ses électrices et électeurs, au Maroc comme à l’étranger. Elle salue aussi ses bénévoles, ses candidates et candidats, la Confédération démocratique du travail (CDT) et les intellectuels, blogueurs et influenceurs qui ont relayé sa voix malgré ce qu’elle décrit comme un blocus médiatique.
Un scrutin sous l’emprise de l’argent ?
C’est la thèse centrale du communiqué. Selon l’Alliance, le scrutin a été vidé de son sens par « la puissance de l’argent, l’influence des notables et les réseaux de rente ». Elle cite plusieurs pratiques :
- de l’argent utilisé ouvertement près des bureaux de vote pour acheter des voix ;
- des intermédiaires qui faisaient pression sur les électeurs ;
- des bulletins qui circulaient hors des bureaux, en complicité avec des réseaux de corruption ;
- un secret du vote violé, faute d’isoloirs conformes dans certains bureaux et avec des bulletins photographiés au téléphone pour prouver sa fidélité à l’acheteur de voix ;
- des observateurs de l’Alliance empêchés de faire leur travail, et la neutralité de l’administration remise en question.
Il s’agit d’accusations de l’Alliance. Elles visent aussi les commissions de suivi, qui ne seraient pas intervenues.
Tanger, le cas le plus grave
L’Alliance place Tanger au sommet de sa liste. Elle y décrit une tentative de falsification des résultats, en plein jour, devant les observateurs et l’opinion publique.
Si une telle tentative est possible dans une grande ville, peut-on exclure que des choses plus graves se soient passées dans des villages et des douars, loin de toute surveillance ?
Le communiqué ajoute des retards jugés injustifiés dans la rédaction et la remise des procès-verbaux. L’Alliance affirme que ces retards, dans des contextes de soupçons de manipulation, lui ont coûté des sièges à Boulemane, Sidi Bernoussi, Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi, Meknès et Guelmim.
Et maintenant ? Des plaintes
Que fera l’Alliance ? Elle prépare les dossiers pour déposer des plaintes. Elle réclame aussi une réforme démocratique globale du système électoral et politique, qui selon elle « ne peut plus attendre ».
Mme El Mansouri : les actes, pas la personne
L’Alliance commente la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri, du PAM, à la tête du gouvernement. Elle précise que la personne n’est pas en cause. Ce sont les politiques, les mêmes que celles menées par Mme El Mansouri dans le gouvernement précédent.
Elle sera donc jugée sur ses actes. L’espoir d’un changement reste mince, sinon négligeable.
Le communiqué va plus loin. Selon l’Alliance, le PAM n’est pas né d’une dynamique sociale ou militante. Il serait né du pouvoir, comme un outil pour remodeler le champ politique, contrôler la carte des partis d’en haut et vider le pluralisme de son contenu. Elle rappelle que les forces démocratiques ont rejeté ce projet et que les jeunes du 20 février sont descendus dans la rue contre lui.
Pour l’Alliance, ce qui s’est passé n’est donc pas une alternance démocratique. C’est la consécration d’une alliance entre le pouvoir et l’argent, au détriment de la volonté populaire. Elle ajoute que l’arrivée d’une femme à la tête du gouvernement, valeur qu’elle reconnaît, ne change ni la nature du projet ni les politiques néolibérales qui pèsent sur les classes populaires.
Dans l’opposition, sans détour
Participera-t-elle au gouvernement ? Non. L’Alliance sera dans l’opposition. Ses élus se présentent comme une voix qui ne flatte pas et ne marchande pas.
Une alliance pour durer
Et après ? L’Alliance veut survivre au scrutin. Elle se décrit comme une alliance militante, vouée à défendre les idées de la gauche et le programme présenté aux Marocains.
Quant à un groupe commun avec le PPS, la réponse est non : pas de groupe parlementaire. L’Alliance prévoit plutôt une coordination dossier par dossier, quand les positions sont proches. Nous avions analysé la crédibilité du PPS et de l’USFP.
Ce que promettent les élus
Les élus s’engagent à défendre les services publics, l’éducation et la santé d’abord. Ils s’opposeront à la privatisation, combattront la corruption et l’économie de rente, et défendront les libertés publiques.
Le communiqué réaffirme aussi la lutte contre la normalisation, le soutien au peuple palestinien et la libération de tous les détenus politiques et d’opinion. L’Alliance promet de porter ce combat au Parlement comme dans la rue.
Huit sièges, cinq ans
Huit sièges face à la majorité qui se met en place, c’est peu. Mais l’Alliance mise sur l’opposition, sur l’unité et sur la rue. Suffira-t-elle à faire entendre sa voix ? Réponse d’ici la fin du mandat. Relire notre chronique sur la gauche marocaine.
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Les principales questions posées
Les principales questions posées sont les suivantes, avec leurs réponses :
Combien de sièges l’Alliance de gauche a-t-elle obtenus aux législatives de 2026 ? Huit sièges, contre deux dans la législature sortante, avec 271 361 voix : 134 379 dans les circonscriptions locales et 136 982 dans les circonscriptions régionales.
L’Alliance de gauche participera-t-elle au gouvernement El Mansouri ? Non. L’Alliance de gauche a confirmé lors de sa conférence de presse du 30 septembre 2026 qu’elle siégera dans l’opposition.
Que reproche l’Alliance de gauche au scrutin du 23 septembre ? Elle accuse l’argent, les notables et les réseaux de rente d’avoir vidé le scrutin de son sens : achat de voix, pressions d’intermédiaires, secret du vote violé, observateurs empêchés. Elle cite Tanger comme le cas le plus grave et prépare des plaintes. Ce sont ses accusations.
L’Alliance de gauche va-t-elle former un groupe parlementaire avec le PPS ? Non. L’Alliance exclut un groupe parlementaire commun avec le PPS, mais prévoit une coordination dossier par dossier quand les positions sont proches.







