Jeunesse, emploi, investissement, déconcentration, migration : ce que le discours d’ouverture demande aux élus
Cette fois, le Roi a parlé moins de politique que de terrain : emploi, investissement, jeunesse, justice territoriale. Il juge qu’aucun retard n’est plus tolérable dans la mise en œuvre de la Charte de la Déconcentration. Il rappelle aux parlementaires que leur mandat est un « contrat moral » avec les citoyens.
L'essentiel en bref
Le Roi place la jeunesse en tête des politiques publiques, avec une vision intégrée : éducation, qualification, insertion économique. Il presse le secteur privé d'être plus entreprenant et de créer des emplois. Il appelle à lancer une nouvelle génération de stratégies sur l'eau, l'énergie, la sécurité alimentaire, l'industrie, le numérique et l'intelligence artificielle. Il demande aussi d'accélérer la constitution de réserves stratégiques. Enfin, il rappelle que le partenariat avec ses partenaires est un choix souverain.
Régions : qui bloque ?
Le Roi réclame le transfert de compétences et de ressources du Centre vers les provinces et les régions. Il veut aussi une meilleure contractualisation entre l’État et les régions, pour leur donner un vrai pouvoir de décision. Le retard relève donc d’abord du pouvoir central. Mais le Parlement vote les lois, et sans textes solides, les régions restent à moitié pleines.
NOTRE POSITION · DÉCONCENTRATION : UN DÉBAT NATIONAL, DANS L'APAISEMENT
Un chantier de cette ampleur ne peut pas se décider entre le Centre et les ministères. Il exige un débat public plus large, représentatif des forces vives du pays : organisations politiques et syndicales, société civile, jeunes et organisations étudiantes, experts.
Ce débat suppose un climat de paix sociale et d'apaisement, installé par des gestes significatifs :
- la libération des jeunes du Hirak, au Nord comme au Sud ;
- la libération des jeunes de GenZ212 ;
- la libération de Maître Mohamed Ziane ;
- la levée des mesures qui visent encore Maati Mounjib : son travail, ses voyages, ses biens ;
- l'arrêt des intimidations ;
- l'application des recommandations de l'IER.
Ce débat national doit ouvrir la porte à de vraies réformes constitutionnelles.
Seize ans pour un texte
Les lois 46.26 et 47.26 sur la statistique en donnent un exemple. L’appel royal à réformer le Haut-Commissariat au Plan date de 2010. Il a été répété à l’ouverture du Parlement, le 8 octobre 2021. Le gouvernement a adopté les projets de loi le 2 juillet 2026, à moins de trois mois du scrutin. Les deux Chambres les ont ensuite votés à l’unanimité.
Mesurer pour gouverner
Gouverner par le terrain suppose de mesurer ce qui marche. D’où une question simple : qui produit les chiffres, et à quelles conditions ?
Cette question rejoint celle de la souveraineté numérique, que nous posons dans Pièces du puzzle 4 : qui garde les clés ?. Elle recoupe les soupçons dont nous avons déjà parlé sur le recours à des technologies israéliennes et étrangères dans la collecte et le traitement des données. Quand ces outils viennent d’ailleurs, qui garde la main sur les chiffres ?
Unanimité, mais sans débat
Selon les sources de jisr.media, ce vote n’a pas été précédé d’un débat sérieux. Les lois existent désormais. Pourtant, selon ces mêmes sources, des experts proches du dossier relèvent des limites. Elles touchent la transparence, mais aussi le droit d’accès à l’information. Ce droit devrait être ouvert à tout moment à tous les utilisateurs, personnes physiques comme morales. Il devrait porter sur des données à jour, de qualité, produites selon les normes internationales.
Un texte voté sans discussion se corrige rarement après coup.
Espagne : le modèle atteint ses limites
Le Roi reconnaît que le modèle actuel de coopération migratoire a atteint ses limites, comme le montrent les crises récurrentes. Il vise ensuite l’Espagne, un partenaire dont la coopération se heurte, dit-il, à des dispositions légales dépassées et à des décisions judiciaires éloignées de la réalité. Selon lui, cet attelage entrave le rapatriement des mineurs et des personnes qui usurpent le statut de réfugié, et profite aux réseaux criminels.
Il affirme aussi que le partenariat est un choix souverain, sans place pour la pression ni le chantage. Le Maroc présentera à ses partenaires un document stratégique centré sur le co-développement, la compétitivité et la stabilité régionale.
Et les Marocains du Monde ?
Le discours ne les mentionne pas. Pourtant, les mineurs, les familles et le climat politique en Espagne les touchent directement. Le document stratégique annoncé s’adresse aux partenaires. Quelle place y aura-t-il pour la diplomatie citoyenne ? Les Marocains du Monde et la société civile, déjà actifs dans les pays d’accueil, pourraient-ils y contribuer ? Les partis et les nouveaux députés auront-ils le réflexe de les associer ?
Et maintenant ?
Le cap est tracé. Les nouveaux députés légiféreront-ils pour de vrai, ou seulement pour la forme ?
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Sources : discours royal d'ouverture de la première session de la 12e législature, 9 octobre 2026 ; sources de jisr.media sur les lois 46.26 et 47.26.







